Carrière, famille, beauté : il faut choisir selon la ministre des Femmes en Angleterre

Une étude effarante commandée par la ministre des Egalités britannique, Jo Swinson, affirme que les femmes ne peuvent pas concilier carrière, vie personnelle et apparence. Scandaleux !

Combiner carrière brillante, maternité et beauté en 2014 ? Arrêtez de rêver enfin, c'est insensé ! Et attention, c'est la ministre des Femmes et des Egalités britannique, Jo Swinson qui le dit.  
Dans une étude commandée par son ministère, on apprend ainsi que de nombreuses femmes causeraient beaucoup de dommages sur leurs filles en leur "refilant" leurs propres échecs et autres ambitions "complètement irréalistes". L'étude avance par ailleurs que celles-ci transmettent à leur progéniture (et sans même s'en rendre compte) leur "anxiété handicapante" concernant l'apparence et, ce, dès la naissance, "retardant le développement de leurs perspectives de carrières en cours de route". Bref, avoir une mère ambitieuse serait mauvais pour l'estime de soi.  
"Il y a aujourd'hui une rhétorique culturelle des filles et des femmes qui "ont tout". Ces exhortations influent sur les relations entre les mères et leurs filles en créant de l'excitation et de l'anxiété, puisqu'elle donne l'impression aux femmes qu'elles peuvent tout avoir en même temps. C'est totalement irréaliste (...).", explique Jo Swinson en préambule.  


Jo Swinson, 34 ans, maman d'un petit garçon, affirme dans l'avant-propos du rapport qu'il ne s'agit en aucun cas de culpabiliser les mères qui travaillent, mais plutôt d'"éclairer d'une lumière bienvenue" les pressions que subissent certaines filles traumatisées à vie par les ambitions de ces working mums. Un processus qui priverait notamment l'économie britannique de 200.000 potentielles businesswomen. Merci pour la mise en lumière et pardon pour le préjudice causé. 
Des propos qui n'ont pas manqué de susciter des réactions de parents choqués... Et de journalistes outrés. Lisa Miller, journaliste au NY Mag, écrit ainsi que personne n'aurait l'idée de faire de tels reproches aux pères de famille décidés à réussir leur vie professionnelle. D'autant que la situation est ironique : c'est une ministre des Femmes qui critique l'ambition de celles-ci.


Ce n'est pas une première chez les Anglo-saxons. En 2012 déjà, dans un article-témoignage publié par The Atlantic et intitulé "Why women still can't have it all" ("Pourquoi les femmes ne peuvent toujours pas à tout avoir"), Anne-Marie Slaughter, ex-conseillère de Hillary Clinton, racontait comment elle avait échoué à concilier sphère professionnelle et intimité. "Les hommes ne sont pas contraints de faire ces compromis (...) Beaucoup de ceux qui occupent une position de pouvoir semblent accorder peu de valeur aux soins et à l'éducation des enfants (...). La discipline, l'organisation et l'endurance dont doit faire preuve une femme pour arriver à occuper une haute fonction tout en ayant de jeunes enfants à la maison constituent un exploit".
Dans son livre En avant toutes, Sheryl Sandberg, la big boss de Facebook, explique quant à elle : "Les femmes mettent elles-mêmes un frein à leur carrière pour préserver leur vie de famille, même lorsqu'elles n'ont pas encore d'enfant. Je crois que le monde serait meilleur si la moitié de nos entreprises et des pays étaient dirigés par des femmes et la moitié de nos foyers par des hommes." Et si l'on offrait ce livre à Jo Swinson pour Noël ?

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"Bienvenue sur la Planète Femmes - Enquête Mazars / Comité ONU"