Mort de Françoise Héritier, fin d'une vie de convictions

Françoise Héritier, anthropologue et féministe de renom, s'est éteinte cette nuit, à Paris, à la veille de son anniversaire. Elle allait avoir 84 ans. Retour sur le parcours exceptionnel d'une femme qui n'avait pas peur des mots.

Mort de Françoise Héritier, fin d'une vie de convictions
© BALTEL/SIPA

"L'inégalité entre les sexes n'est inscrite ni dans l'évolution de la sexuation, ni dans nos gènes, ni dans le fonctionnement cérébral", lit-on dans Hommes, femmes : la construction de la différence, ouvrage de Françoise Héritier. L'anthropologue, qui a longtemps lutté, à sa façon, pour l'égalité des genres, s'est éteinte dans la nuit du 14 au 15 novembre, le jour de ses 84 ans, à l'hôpital de la Pitié Salpêtrière, à Paris.
Née le 15 novembre 1933, Françoise Héritier fait de l'anthropologie sociale sa vocation, en s'intéressant au travail de Claude Lévi-Strauss, sur les bancs de l'École pratique des hautes études. Ce dernier l'informe qu'un institut de sciences humaines recherche un ethnologue pour partir en mission, sur le terrain. Curieuse, elle s'envole pour le Niger, puis le Burkina Faso - la Haute-Volta, à l'époque - afin d'étudier les ethnies variées du continent africain. "Nous arrivâmes à Niamey (au Niger, ndlr)  la nuit tombée. Sur le tarmac, me prirent de plein fouet la chaleur et l'odeur de ce monde. Invasive, troublante mais immédiatement familière, comme appartenant à l'ordre naturel des choses", écrit-elle dans son ouvrage Au gré des jours.
Par la suite, la féministe marche dans les pas de son mentor, en lui succédant en tant que Professeur honoraire au Collège de France. Là-bas, elle constate l'existence de quelques disparités entre hommes et femmes. "Les professeurs du Collège de France étaient des hommes intelligents et courtois. Cela n'a pas empêché certains, lors de mon élection, de barrer mon nom, par principe, du seul fait que j'étais une femme", se souvient-elle.

Femme de convictions, Françoise Héritier fait partie de l'association Femmes & Sciences, qui vise à inciter les jeunes filles à se lancer dans des carrières scientifiques, domaine longtemps réservé à la gent masculine. Dans les médias, elle éclaire régulièrement sur des sujets tels que les accouchements sous X, la prostitution ou le sida. Favorable à la PMA, elle déclare, dans Le Monde de l'éducation : "Le contrôle de la procréation entre les mains des femmes elles-mêmes est la première marche vers l'égalité". 

L'anthropologue poursuit son combat pour l'égalité entre les sexes en le transposant sur papier. Elle rédige ainsi plusieurs ouvrages : La différence des sexes, Masculin, féminin ou encore Le sel de la vie, dans lequel elle aborde les plaisirs simples de l'existence.

Quelques jours avant son décès, Françoise Héritier a eu le temps de publier son ouvrage Au Gré des jours, récompensé du prix spécial du jury Femina. Une ultime consécration avant de tirer sa révérence. 

Mort de Françoise Héritier, fin d'une vie de convictions
Mort de Françoise Héritier, fin d'une vie de convictions

"L'inégalité entre les sexes n'est inscrite ni dans l'évolution de la sexuation, ni dans nos gènes, ni dans le fonctionnement cérébral ", lit-on dans Hommes, femmes : la construction de la différence , ouvrage de Françoise Héritier....