Affaire Grégory : le corbeau identifié, qui est l'auteur des menaces ?

Plus de 36 ans se sont écoulés depuis la mort du petit Grégory, mais une nouvelle révélation pourrait enfin résoudre le mystère. Le probable auteur des lettres de revendications du meurtre a été désigné... De qui s'agit-il ?

Affaire Grégory : le corbeau identifié, qui est l'auteur des menaces ?
© Capture d'écran - BFM TV

[Mis à jour le vendredi 23 avril à 16h06] On croyait l'enquête au point mort... et pourtant les investigations autour de l'affaire Grégory Villemin, ce petit garçon retrouvé tué dans la Vologne le 16 octobre 1984, ont mis en lumière un élément qui pourrait tout changer. Selon 20 Minutes, grâce à une expertise en stylométrie, qui avait été commandée en 2017, Jacqueline Jacob, la grande-tante de Grégory, a été désignée comme l'auteure probable des lettres anonymes de menaces, qui avait été envoyées aux parents du petit garçon. 
Des missives qu'ils avaient reçues entre 1983 et 1985. L'une d'entre elles avait d'ailleurs été rédigée le terrible soir de la disparition et son auteur revendiquait l'assassinat du petit garçon de quatre ans.

Les résultats de cette expertise ont été reçus en mars dernier. 

L'expertise en stylométrie a permis de comparer les écritures avec celles d'éventuels suspects. Le rapport stylométrique a été versé au dossier d'instruction, a indiqué à 20 Minutes Thierry Pocquet du Haut-Jussé, procureur général.

L'enquête relancée

De nouveaux témoins, habitants des Vosges et qui étaient proches de l'entourage de la famille de Grégory, avaient été auditionnés, en 2020. Une initiative lancée par Dominique Brault, le nouveau magistrat qui a repris le dossier, après que la présidente de la chambre d'instruction de la cour d'appel de Dijon a pris sa retraite.

Quelques années plus tôt, cette dernière avait secrètement demandé des actes d'enquête en 2017. En l'occurence, elle avait requis la fameuse expertise en stylométrie.

Expertise en stylométrie : et après ?

Une procédure confiée à une entreprise suisse spécialisée dans l'analyse de textes et qui aurait d'ores et déjà incriminé un suspect. "Le rapport technique de cette expertise, qui a coûté au total plus de 30 000 €, a été remis à la justice et doit encore faire l'objet d'une traduction en langage judiciaire", a précisé Le Parisien.

Toutefois, cette initiative avait été fustigée par Frédéric Berna, l'avocat de Jacqueline Jacob, qui avait été mise en examen avec son époux pour le meurtre de Grégory Villemin. L'homme de loi avait exprimé ses doutes au sujet du sérieux de la procédure il y a quelques mois déjà.

"La stylographie consiste en réalité, quand vous découvrez un manuscrit et que vous voulez l'attribuer à un auteur célèbre, à comparer les œuvres d'un auteur avec le style du manuscrit découvert (...) Mais là, on va travailler sur quelques cartes postales et les courriers du ou des corbeaux qui ne comportent que quelques lignes, avec un style qui est extrêmement primaire et injurieux. Ça va nous donner tout et n'importe quoi", avait-il déploré sur BFM TV.

Affaire Gregory : pourquoi Murielle Bolle a-t-elle changé de version ? 

Le 19 février 2019, la Cour de cassation de Paris avait déclaré que "la garde à vue de Mme Bolle a été effectuée en application des dispositions déclarées inconstitutionnelles".

Murielle Bolle © CHESNOT/SIPA

Si Murielle Bolle fait figure de personnage-clé dans l'Affaire Grégory, c'est grâce à sa première déclaration, dans laquelle elle affirme que son beau-frère, Bernard Laroche, a enlevé le petit garçon sous ses yeux. Un témoignage qu'elle modifie : elle s'est trompée et Bernard Laroche n'est pas venu la chercher au collège.

Beaucoup pensent que la jeune fille, qui à l'époque n'est âgée de 15 ans seulement, aurait été victime de pressions et de maltraitance par des membres de sa famille pour l'obliger à mentir à la Justice. Cette hypothèse, c'est un enregistrement de Jacqueline Girod, l'infirmière de la mère de Murielle Bolle et le témoignage d'un cousin de la jeune femme, Patrick Faivre, qui l'alimentent.

Néanmoins, Murielle Bolle réfute ces allégations et affirme que son cousin "a toujours vécu sur le dos de cette tragédie" et que Jacqueline Girod "a peut être juste voulu se faire mousser aux yeux du monde".  

En 1985, Jean-Marie Villemin, le père de Gregory, tue son beau-frère, persuadé que celui-ci est à l'origine de la disparition de son fils.

En juin 2017, Murielle Bolle est placée en garde à vue pour "complicité d'assassinat" et "non-dénonciation de crime" puis mise en examen pour "enlèvement de mineur suivi de mort" par la présidente de la chambre de l'instruction de Dijon. Aux yeux de la Justice, Murielle Bolle "savait à l'avance que Bernard Laroche viendrait la récupérer à la sortie du collège (le jour du crime). Elle minimise sa participation, pourtant elle a vraisemblablement eu connaissance, même partielle, des intentions de son beau-frère. Elle a donc potentiellement participé à la préparation du crime".

Cette dernière entame une grève de la faim pour clamer son innocence. En novembre 2018, elle sort un livre, Briser le silence dans lequel elle relate les effets tragiques de l'affaire Gregory sur sa vie personnelle. D'après elle, son témoignage a été dénaturé par les gendarmes qui l'interrogeait.

Quelques jours après, le Conseil constitutionnel déclare que son témoignage n'a pas été fait dans les règles. Murielle Bolle et ses avocats espèrent pouvoir rendre caduques les prescriptions qu'elle a tenues il y a 35 ans et ainsi l'éloigner de cette affaire sans fin. En janvier 2020, il est finalement annoncé que ces déclarations sont retirées du dossier. Toutefois, les accusations contre son beau-frère qu'elle avait réitérées devant le juge Lambert sont maintenues. 


Affaire Gregory : le mystère reste entier 35 ans après

Disparu aux alentours de Lépanges et recherché par ses parents Jean-Marie et Christine Villemin, Gregory Villemin était âgé de 4 ans lorsqu'il a trouvé la mort. Un photographe sur place lors de la découverte du corps, prend un cliché de l'enfant dans les bras d'un pompier en pleurs. Cette photo provoque un grand bouleversement en France.

Un déferlement médiatico-judiciaire s'ensuit autour de l'affaire se déroulant dans "ce champs clos minuscule emprisonné par d'ignobles secrets" (Paris Match) où vivent "des paysans pervertis murés dans leur silence" (Le Nouvel Obs). L'affaire déchaîne les passions comme jamais durant le siècle. Plus de 3 000 articles seront écrits sur ce que de nombreux observateurs nomment "l'affaire du siècle".
Le lendemain de la découverte du corps, un corbeau revendique le meurtre de l'enfant. Le cousin du père, Bernard Laroche est suspecté. Incarcéré, il est ensuite relâché faute de preuve et sera abattu par Jean-Marie Villemin.

C'est au tour de Christine Villemin, la mère, d'être accusée et détenue 11 jours. Il faudra attendre huit ans pour la laver de tous soupçons.
La plupart des journalistes se sont passionnés pour cette affaire et se sont improvisés enquêteurs. Ils se sont scindés en deux groupes : ceux qui étaient convaincus de la culpabilité de Bernard Laroche et ceux persuadés que Christine Villemin avait commis l'infanticide.

Marguerite Duras affirmera croire en la culpabilité de la mère dans le quotidien Libération, sans l'avoir jamais rencontrée : "Dès que je vois la maison, je crie que le crime a existé".

L'affaire a été rouverte deux fois en 1999 et 2008 afin d'effectuer des tests ADN. Malheureusement aucun résultat concluant n'a abouti et le mystère reste entier.