Premières sorties d'ado : comment le responsabiliser sans lui faire peur (ni stresser) ? Réponse d'un psy

L'âge des premières sorties entre amis est une véritable étape dans la vie d'un ado, mais surtout pour les parents qui sont au summum de l'angoisse. Voici la meilleure manière de lui laisser un peu d'autonomie sans trop s'inquiéter, selon Vincent Joly, psychologue pour enfants et adolescents.

Premières sorties d'ado : comment le responsabiliser sans lui faire peur (ni stresser) ? Réponse d'un psy
©  halfpoint

Depuis sa naissance, vous êtes fusionnels et voilà que votre enfant vous demande l'autorisation de sortir en soirée avec sa bande de "potes". Bien entendu, il ne vous veut pas dans les parages et il va falloir se faire à l'idée qu'il sera seul dans la rue face à tous les dangers du monde. Lors des premières sorties, tous les parents (même les moins anxieux) le deviennent et se posent mille questions : "Et si quelqu'un prend la voiture après avoir bu ? Et s'il se fait embêter ou voler dans la rue... ?" Alors, comment responsabiliser son ado sans trop communiquer ses craintes ? Comment lui faire confiance même si on a peur du monde qui l'entoure ?  À quel âge le laisser sortir seul ou entre amis ?

"Généralement, selon les milieux sociaux et les villes, les ados commencent à en discuter en 4e-3e, soit en milieu de collège, et c'est souvent acté au lycée", note Vincent Joly, psychologue pour enfants et adolescents, qui remarque que les ados venus de milieux aisés sortent plus tôt que les autres, contrairement à ce que l'on pourrait penser. "Ca dépend des valeurs familiales et de la confiance que l'on a en son ado, de sa maturité..." En effet, un jeune qui traverse déjà tout Paris pour se rendre en cours sera déjà un peu plus autonome qu'un autre dans ses déplacements. Mais ce qui est le plus important selon l'expert, c'est que les choses doivent être progressives. 

Tout d'abord, "on négocie les règles à tout âge : que ce soit à 12 ans, 16 ans ou 18 ans, les règles ne sont pas les mêmes et elles évoluent". S'il ne respecte pas les règles fixées, il doit comprendre qu'il sera probablement privé de sortie sur un temps donné. Tout se joue donc sur la confiance entre l'ado et son parent, mais pour y aller progressivement, Vincent Joly recommande surtout de commencer par des petites sorties : "au début, il a le droit d'aller au cinéma avec ses amis, ceux qu'on connaît (quitte à l'accompagner et venir le chercher). Une sortie d'une heure ou deux avant d'accepter une soirée plus longue qui enchaîne sur un verre ou un restau, toujours dans le même quartier. Ensuite, on autorise un autre quartier, d'autres amis ou connaissances...

Plus tard, s'il veut absolument aller à une soirée de diffusion de match de la coupe du monde, à la Fête de la musique sous la canicule, où tout le monde boit de l'alcool, et qu'on craint les pickpockets ou la foule, c'est là que ce côté "progressif" va être utile. S'il a déjà célébré des fêtes entre amis, que vous l'avez emmené en concert, qu'il a fréquenté des quartiers bondés de monde et qu'il sait déjà faire attention aux risques dans la rue, il sera plus à même d'être prudent, car habitué à ces situations. Par ailleurs, "si notre discours est un peu trop alarmiste, c'est peut-être qu'on pense que c'est déjà trop compliqué, et qu'il faut y aller par palier" (sur l'endroit, le nombre d'ami, le genre de soirée, etc). On peut aller à une soirée pyjama avec 3-4 amis avant de se rendre à une soirée avec 50 personnes par exemple. "C'est de cette manière, petit à petit, que l'on peut diminuer le plus le risque de mise en danger des adolescents", estime Vincent Joly. "D'ailleurs, la plupart d'entre eux n'ont aucune envie de se mettre en danger pour rien", ajoute-t-il et, parallèlement, "ce qui va les aider à prendre conscience du danger, c'est de prendre des risques et de se faire leur propre expérience".

Ce que les parents doivent néanmoins éviter de faire ? Localiser ou espionner son enfant sans son consentement, car ce serait lui mentir et lui montrer qu'on ne lui fait pas confiance. "Globalement, je ne suis pas trop favorable, c'est très intrusif, mieux vaut lui demander qu'il nous envoie un message pour prévenir qu'il est bien arrivé à destination." Aussi, l'enjeu de l'adolescence, c'est d'apprendre à son enfant à acquérir une capacité d'autonomie. Or, les parents ont tendance à oublier comment ils étaient à leur âge, et qu'il n'y avait pas de téléphone pour prévenir de ce qu'ils faisaient en temps réel. "C'est important de pouvoir fixer à son enfant des règles dont on se dit que nous, en étant ados, on les aurait supportées", conseille l'expert qui encourage à la discussion et à la communication.

En somme, il faut des règles qui  ne soient pas étouffantes, mais qui cadrent un peu. Autre conseil, peu importe cette fois si les règles ont été dépassées lorsque son enfant s'aventure en boîte de nuit ou en soirée à l'autre bout de la ville : lui dire qu'au moindre problème, s'il s'avère qu'il a un peu trop bu ou qu'il se sent en difficulté, il peut nous appeler à toute heure de la nuit, et qu'on viendra le chercher sans lui faire la morale.