LINGUI : 5 bonnes raisons de s'engager à aller le voir

"LINGUI : 5 bonnes raisons de s'engager à aller le voir"

Avec "Lingui, les liens sacrés", au cinéma le 8 décembre, Mahamat-Saleh Haroun réalise un film résolument féministe, tourné vers une relation mère-fille puissante. On vous dit pourquoi il ne faut pas le manquer.

Lingui : une histoire de solidarité, d'amour et de colère

Lingui raconte comment Amina et Maria, une mère et sa fille, vont devoir faire front pour franchir les obstacles qui entravent leurs libertés. En donnant naissance à Maria, Amina a été bannie de sa famille, sur l'idée qu'au Tchad, les naissances hors-mariage sont taboues et déshonorantes. Quand son adolescente de 15 ans lui lâche qu'elle attend un enfant, Maria ne peut se résoudre à offrir à sa fille le même destin qu'elle. De confession musulmane, elle ne peut pas non plus trahir ses croyances et accepter de la faire avorter... alors même que cette intervention est interdite dans le pays. C'était sans compter sur la détermination de la jeune fille pour arriver à ses fins et faire voler en éclats les barrières morales de sa mère.

Un lien sacré

Le titre du film reprend le nom d'un concept tchadien. Le lingui est ce "lien sacré" qui unit la communauté, la famille ou encore l'amitié. C'est la loyauté en même temps que la solidarité. Quand deux personnes partagent quelque chose, elles se retrouvent reliées par ce lingui. Il leur est alors moralement impossible de trahir l'autre et dans l'obligation de l'aider s'il en a besoin. Via son cheminement personnel pour aider Maria, Amina retrouve le lingui et lui rend hommage. Un précepte inspirant.

Lingui : état des lieux de la condition féminine

En abordant les sujets de l'avortement, de l'excision, du viol, des mariages et des divorces, la réalisation de Mahamat-Saleh Haroun montre le chemin à parcourir au Tchad pour une meilleure équité et un traitement des femmes plus juste. D'ailleurs, le film a fait parler de lui lors de ses présentations dans le pays. Une association pour la légalisation de l'IVG a demandé à l'actrice Achouackh Abakar Souleymane de devenir sa porte-parole. Depuis quelques semaines, les autorités communiquent sur les viols et les violences faites aux femmes. Un cinéma politique qui fait réellement bouger les choses.

Le féminisme à l'œuvre

Même si Lingui se déroule au Tchad, les sujets qu'il soulève sont universels et peuvent s'appliquer à bien d'autres pays. A mi-chemin entre le thème du lingui et celui des droits des femmes, il y a le féminisme. Dans le film, il prend la forme de dialogues pour s'entraider, de mains tendues, de risques pris au nom de la liberté et de l'égalité. Jamais il n'est un combat mené de front, mais plutôt une solidarité tacite sur laquelle on peut se reposer. Le réalisateur l'appelle "le féminisme pragmatique, du quotidien". On valide.

Mahamat-Saleh Haroun, cinéaste engagé

Avec ce film, Mahamat-Saleh Haroun touche à un sujet complexe et met pour la première fois en scène des personnages principaux féminins. Le cinéaste déjà acclamé pour Un homme qui crie, Abouna ou encore Bye bye Africa y voit la volonté de rendre hommage aux femmes tchadiennes, de révéler son féminisme et de pointer du doigt des dysfonctionnement dus au poids de la religion et des traditions. Il nous a même confié vouloir continuer sur cette voie et pense à traiter "une intimité encore plus complexe des femmes" pour un éventuel futur projet.