Maïwenn, de POLISSE à ADN : un parcours passionnel

En 15 ans et 5 films, dont deux qui ont été récompensés à Cannes, Maïwenn est devenue l'une des cinéastes majeures de la scène française. A l'image de son dernier-né, le magnifique "ADN", en salles le 28 octobre, ses films sont toujours vibrants et volcaniques. Tour d'horizon.

Maïwenn, de POLISSE à ADN : un parcours passionnel
© Le Pacte

Pardonnez-moi (2006)

Film séminal, dans lequel elle déploie des thématiques qui la suivront, Maïwenn fait ses premiers pas de réalisatrice avec Pardonnez-moi, pour lequel elle sera nommée deux fois aux César : celui du meilleur premier film et du meilleur espoir féminin.
Tournée à la façon d'un documentaire autobiographique, cette œuvre détonne par son audace et la volonté de l'intéressée d'en découdre avec son histoire à travers le medium cinéma. Également à l'écriture et à la production, elle y campe une femme qui attend son premier enfant et qui règle ses comptes avec son entourage. L'occasion d'égrener avec énergie et force des chapitres lourds de sa propre trajectoire familiale : les maltraitances infligées par son père, la nymphomanie de sa mère ou encore la perversion narcissique de son conjoint.

Le Bal des Actrices (2009)

En voilà un film qui porte bien son titre. Le Bal des Actrices réunit en effet -allez, vous avez même le droit de respirer un bon coup- Jean Balibar, Romane Bohringer, Julie Depardieu, Mélanie Doutey, Marina Foïs, Estelle Lefébure, Linh-Dan Pham, Charlotte Rampling, Karole Rocher, Karin Viard et… Maïwenn ! Cette dernière y incarne une réalisatrice qui veut faire un documentaire sur un large panel de comédiennes et les dépeindre dans leur pluralité, leur fragilité, en investissant les manipulations qui les déchirent. Encore une fois, la cinéaste brouille les frontières et pose un regard original et pétillant sur le milieu du cinéma. Aidée par un casting au diapason de ses intentions artistiques, elle propose un film à la dérision louable et revigorante. C'est malin et toujours jubilatoire !

Polisse (2011)

Avec près de 2,5 millions d'entrées en salles, un large succès critique et un prix du jury à Cannes, Polisse (titre faisant référence à la faute souvent faite par les enfants) est à ce jour le triomphe de la carrière de Maïwenn. Là encore, elle est au centre de l'intrigue, mais son personnage agit dans la discrétion.
Elle joue précisément le rôle de témoin, cachée derrière l'objectif de son appareil de photographe dépêchée au sein de la BPM (Brigade de Protection des Mineurs) pour en immortaliser le difficile quotidien. Sous ses yeux se succèdent gardes à vue de pédophiles, arrestations de pickpockets mineurs, auditions de parents maltraitants, dépositions déchirantes des enfants… Un univers douloureux porté par un casting en état de grâce : Karin Viard, Marina Foïs, JoeyStarr, Nicolas Duvauchelle, Emmanuelle Bercot ou Karole Rocher…

Mon Roi (2015)

Nouvelle tornade avec Mon Roi, pour lequel la comédienne Emmanuelle Bercot repartira du Festival de Cannes 2015 avec un prix d'interprétation féminine mérité. Elle y campe Tony, une jeune femme prisonnière d'un centre de rééducation après une chute au ski. C'est à ce moment de sa vie que va rejaillir le déchirant souvenir de son ex -époustouflant Vincent Cassel-, avec lequel elle a vécu un grand huit émotionnel qui l'a laissée sur le bas-côté de la route, les plaies béantes. A mesure qu'elle apprend à reprendre le contrôle de son corps brisé, elle tente également de colmater les rifts de son âme. Un double combat que Maïwenn peint avec un mélange de justesse, de férocité, d'humour parfois et de panache surtout. Là encore, le motif de la perversion narcissique revient. Et il est exploité avec un brio tel que beaucoup pourront s'identifier à la terrible emprise qui y est mise en lumière.  

ADN (2020)

C'est sûrement son film le plus intime même si elle réfute le terme "autobiographie". ADN, labellisée Cannes 2020, fait de Maïwenn la pierre angulaire de la trame. Elle est Neige, une mère divorcée qui fait face à la disparition subite de son grand-père algérien. Avec cette mort, c'est tout un pan d'interrogations qui la gagne. Elle va ainsi devoir éluder et/ou affronter une famille dysfonctionnelle pour trouver son chemin, celui qui la mènera peut-être vers ses origines profondes et lui permettra de mieux se connaître.
Fanny Ardant brille en mère toxique, Dylan Robert séduit en petit-fils affectueux, Louis Garrel est la caution légère et drôle du récit… En bref : un film choral d'une maîtrise constante, tant dans la direction d'acteurs que dans la réalisation, qui conduira le spectateur vers une conclusion en lumière, qui donne tout son sens et sa sincérité à ce projet artistiquement personnel.