Laure Calamy : "Je voulais devenir vétérinaire ou… Diane Fossey"

Pour son premier grand rôle au cinéma, Laure Calamy scintille sous les traits d'une amoureuse transie dans la comédie "Antoinette dans les Cévennes" de Caroline Vignal, en salles le 16 septembre. Simple et chaleureuse, la comédienne revient sur ce voyage introspectif (avec un âne) pour le Journal des Femmes.

Laure Calamy : "Je voulais devenir vétérinaire ou… Diane Fossey"
© Jean Michel Nossant/SIPA

Merveilleuse actrice de théâtre, Laure Calamy, 45 ans, continue par ailleurs de semer le bonheur dans les yeux des cinéphiles. Longtemps cantonnée à des seconds rôles, notamment chez Alain Guiraudie (Rester Vertical), Emmanuel Mouret (Mademoiselle de Joncquières) ou Dominik Mol (Seules les Bêtes), l'irrésistible Noémie Leclerc de la série à succès Dix pour Cent trouve cette année -alléluia !- un premier premier rôle à la hauteur de son talent.
Dans Antoinette dans les Cévennes, le nouveau long-métrage de Caroline Vignal, labellisé Cannes 2020, elle se glisse sous les traits d'une prof des écoles traquant en pleine Lozère son amant (Benjamin Lavernhe), qui l'a plantée. Sur place, elle ne trouve qu'un âne, avec qui elle va cheminer, aussi bien à travers des décors magnifiques qu'entre les herbes folles de sa propre vie. Entretien.   

Après le confinement, Antoinette dans les Cévennes fait office de panacée, non ?
Laure Calamy :
Oui, c'est ce que je dis souvent. Je pense que c'est un film idéal pour l'époque. Il permet de voyager et de s'évader dans les Cévennes avec une empreinte carbone zéro ! Il y a de la drôlerie, quelque chose de joyeux et d'aérien, et une vraie profondeur de sentiments qui résonne en nous. Les réactions des premiers spectateurs sont enthousiasmantes. Ils sont transportés et en ressortent avec le sourire, jusqu'en haut du crâne ! J'ai vraiment entendu des choses touchantes lors des débats. Et nous sommes ravis que le film figure dans la sélection officielle du Festival de Cannes !

"Antoinette fait partie de ces personnages qui ont envie d'écrire leur vie"

Antoinette est folle de Vladimir. C'est ce qui la pousse vers ce voyage. Qu'est-ce qui vous touche chez ces personnages prêts à tout par amour ?
Laure Calamy :
En réalité, comme eux, nous sommes tous capables de ça dans nos vies. Moi, en tout cas, je l'ai fait. A 17 ans, j'ai fantasmé sur un mec qui prenait souvent le train Paris-Orléans. Je me suis dit : "Tu es vivante, il est vivant, fonce !" Et j'ai pris ce train, on a parlé… J'ai fait plein de trucs comme ça dans ma vie. Du coup, la décision d'Antoinette a eu un écho en moi. Elle fait partie de ces personnages qui ont envie d'écrire leur vie, d'avoir une ascendance sur ce qui va se passer, qui ne veulent pas être passifs… Celles et ceux qui explorent leur pouvoir d'imagination… Un pouvoir qu'ils actionnent dans le réel, qu'ils rendent concret…

Patrick, l'âne avec lequel Antoinette chemine, s'apparente à un ami, à une famille, à un psy… C'est un peu un miroir sur lequel tout peut être projeté. Comment le percevez-vous ?
Laure Calamy :
Patrick me renvoie des choses à sa manière parce qu'il a une écoute fabuleuse, qui fait l'effet du psy. Face à l'âne, Antoinette octroie une place à sa parole, à son discours, qu'elle développe de manière inédite. Tout ça va la changer, la déplacer légèrement ; elle fait finalement un chemin vers elle-même et c'est très beau. Cela est permis par cet âne que je vois comme un compagnon, comme une personne. Il y a une histoire d'amour et d'amitié entre elle et lui. Et dans la vie aussi d'ailleurs (rires). J'adore les ânes. Je ne les connaissais pas particulièrement même s'il m'est arrivé d'en côtoyer quand je vais à la montage. Je les trouve étonnants, ils ont des amitiés fortes, ils sont intelligents contrairement à leur réputation. Ils sont également très indépendants et ne font rien qu'ils n'ont pas envie de faire. L'être humain a décidé que c'est de la bêtise, parce qu'il lui résiste !

Est-il l'un des meilleurs partenaires que vous ayez eu à l'écran ?
Laure Calamy :
Ah oui, il fait partie des meilleurs ! Il a fait preuve de beaucoup de patience. Il était très endurant car c'était physiquement dur de monter et descendre en permanence, de faire dix bornes par jour. Il y a eu des moments où il était vraiment crevé. Et puis, il est d'une douceur et d'une écoute incroyables. Il était réellement inquiet pour moi. On a noué un lien fort.

"Les animaux sont sensibles et intelligents"

Etes-vous du genre à vous confier aux animaux ?
Laure Calamy :
Quand j'étais plus jeune, j'avais une chatte qui s'appelait Grisou. Je l'avais recueillie quand j'avais 4 ans. Avec mes parents, on vivait dans un grand immeuble d'Orléans. Je l'ai entendue miauler plusieurs nuits d'affilée et j'ai farfouillé jusqu'à la trouver. Au départ, mes parents ne voulaient pas d'animaux car notre appartement était petit. Mais ils ont fini par craquer pour elle. Quand j'avais des chagrins et que je pleurais, elle venait me voir et essayait, En me caressant avec sa tête et en ronronnant de me consoler. Les animaux sont sensibles et intelligents. A l'époque, je voulais devenir vétérinaire ou… Diane Fossey.

C'est votre fibre d'aventurière et d'exploratrice qui parle ?
Laure Calamy :
J'ai moins le temps d'explorer mais j'arpente quand même régulièrement les montagnes avec mon ami. Je l'ai rencontré il y a dix ans ; c'est à ce moment que j'ai eu un choc : celui d'une randonnée entre Cadaquès et Collioure. C'était une enfance retrouvée, une liberté nouvelle, une renaissance. La marche, c'est extraordinaire. Elle nous permet de nous dépouiller, de ne pas être interrompue dans nos pensées là où on l'est en permanence en ville. 

"J'ai du mal à être connectée"

Avez-vous du mal à vous déconnecter ?
Laure Calamy :
Non, au contraire, j'ai plus de mal à être connectée. Tout ça m'emmerde… Je parle des réseaux sociaux. Il y a des moments où ça me plait comme un jeu, où j'y trouve des articles intéressants, mais ça a globalement tendance à m'oppresser. Je m'en détache sans difficulté. Quand je n'y vais plus, j'oublie d'y aller. En plus, ça prend du temps pour assez peu de choses et ça assassine une certaine temporalité de soi et du monde. Je crois que c'est ça qui m'obsède. Aujourd'hui, si on ne rappelle pas quelqu'un à l'instant, on est impoli.e… J'ai Whatsapp pour l'étranger mais je ne regarde pas souvent… Résultat ? 100 à 200 messages non lus… Encore une fois, je n'ai aucun problème à couper mon téléphone pendant une ou deux journées, même quand je suis à Paris. Mon sas de décompression, c'est aller voir mon ami dans les Cévennes. 

Une vraie simplicité émane de vous. Vous n'êtes pas du genre à prendre la grosse tête… Je me trompe ?
Laure Calamy :
Ce n'est pas très répandu chez les acteurs et les actrices que je rencontre…  J'ai croisé en tournée un mec qui était assistant sur un de mes spectacles il y a 4 ans et il me disait sans arrêt : "Mais t'as pas changé !!!" Il le répétait. Mais pourquoi aurais-je changé ? Pourquoi changerait-on ? On reste les mêmes, avec nos bonnes vieilles névroses !

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"Antoinette dans les Cévennes // VF"