Fabienne Berthaud ouvre les portes d'UN MONDE PLUS GRAND

Après "Frankie", "Pieds Nus sur les Limaces" et "Sky", la réalisatrice et écrivaine Fabienne Berthaud livre un beau portrait de femme dans "Un Monde plus Grand", en salles le 30 octobre. Elle y dirige Cécile de France sous les traits de Corine Sombrun, première personne à avoir induit la transe par la seule volonté après une initiation au chamanisme en Mongolie. Pour le Journal des Femmes, elle revient sur trois aspects de son travail.

Fabienne Berthaud ouvre les portes d'UN MONDE PLUS GRAND
© Henri Collot/SIP

Un Monde plus Grand, le chamanisme par l'intime

Quand j'ai lu les livres de Corine Sombrun, j'y ai vu un trésor infini. C'est une histoire extraordinaire qui part du personnel pour aller vers l'universel. En tournant les pages, les images avaient des résonances en moi. Peut-être que parce que les personnages de mes précédents films vont mieux et sont plus heureux en connexion avec la nature. C'est quelque chose qui m'habite et que je veux transmettre, surtout aujourd'hui, alors que, dans nos villes, on se fabrique des existences qui ne nourrissent ni le corps ni l'esprit. Ce projet a donné un sens à mon métier et m'a transformée en passeuse.

Je voulais soulever des questions sans donner de leçon. Je ne connaissais rien au chamanisme. Mais j'aimais cette idée qu'un chaman se mette en transe pour accéder au monde invisible et parler aux esprits : ça veut dire, d'une certaine manière, que nos morts sont vivants, que le monde est plus grand, qu'on n'est pas seuls. Personnellement, je vis mieux en croyant à tout ça qu'en ne croyant en rien. In fine, ma volonté était de traiter le chamanisme par le prisme de l'intime en racontant une grande histoire d'amour.

Un Monde plus Grand : une mise en scène organique avant tout

La question était de savoir comment j'allais amener une équipe aussi loin, puisque nous sommes partis à la rencontre des Tsataans, des éleveurs de rennes à la frontière entre la Mongolie et la Sibérie. Il fallait s'organiser techniquement dans une zone sans eau ni électricité. Ce peuple nous a donné sa vie, ils nous ont acceptés, ça ne s'achète pas. S'ils avaient senti qu'on n'était pas sincères, ça n'aurait pas marché. Je suis allée les voir trois fois et j'ai vécu avec eux une quinzaine de jours. C'était une expérience unique, un véritable retour aux sources. C'est un peuple qui vit à son rythme, qui rit, sans patron, sans égo.

Côté réalisation, je n'ai pas besoin de beaucoup de techniques pour fabriquer mes images. Je viens d'un cinéma que j'ai appris seule, je n'ai pas de règles. Le vrai défi, ici, était de capter la transe. J'ai donc assisté à des cérémonies sur place et Corine Sombrun m'a initiée à un tel état. En tant qu'artiste, j'ai voulu tout comprendre. J'ai ainsi créé mon monde invisible, noir, que je voulais très organique contrairement à la psychédélie de Jan Kounen, par exemple. J'ai beaucoup travaillé le son. Je ne voulais pas qu'on regarde une transe mais qu'on la vive.     

Choisir l'actrice idéale : Cécile de France

Cécile de France est une actrice qui, au-delà de son talent manifeste, a un côté animal, authentique. Elle est complètement connectée à la nature, elle a les deux pieds ancrés dans la terre. Je savais qu'elle pouvait se permettre d'aller vivre ces expériences au loin. J'ai ressenti ça par instinct. C'est une fille très équilibrée. Elle n'a pas le statut de star inatteignable, c'est une actrice à laquelle on peut s'identifier. Et c'était important car elle incarne une femme normale à qui arrive une chose extraordinaire. Au premier clap, je n'avais aucun doute, je savais que je ne m'étais pas trompée. Pour construire son personnage, elle a beaucoup consulté Corine. Mais je voulais aussi qu'elle soit libre comme je l'étais, pour en faire un film romanesque et pas un documentaire. Cela permet d'ailleurs d'élargir le public.

J'ai l'habitude de mélanger les acteurs non-professionnels aux professionnels. Ce sont des réalités dans d'autres. Je tourne sur le moment, je laisse vivre les scènes et les émotions arriver. Je ne m'enferme pas dans une précision, je ne fais qu'essayer de donner la liberté pour obtenir l'émotion.

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