Guillaume Canet : "L'assiette est notre santé, je suis assez inquiet..."

Dans "Au Nom de la Terre" d'Edouard Bergeon, en salles le 25 septembre, Guillaume Canet donne vie à l'histoire vraie d'un agriculteur en souffrance. Un rôle qu'il a endossé corps et âme et duquel il parle avec émotion et sincérité.

Guillaume Canet : "L'assiette est notre santé, je suis assez inquiet..."
© SYSPEO/SIPA

Guillaume Canet est souriant malgré la fatigue. Il a enchaîné les interviews tout l'après-midi dans un jardin privatif du 9e arrondissement de Paris. Pour la bonne cause. Car il adore ce nouveau film dont il tient la tête d'affiche, Au Nom de la Terre, d'après le récit autobiographique d'Edouard Bergeon. Dans ce premier long-métrage, il campe le père du cinéaste, lequel s'est suicidé en raison des difficultés liées au monde agricole. Aux côtés de Veerle Baetens, Rufus et Anthony Bajon, qui incarnent respectivement  l'épouse, le père et le fils, Guillaume Canet séduit par une interprétation habitée. "J'adore parler de ce film", dit-il d'emblée, en s'asseyant, pieds nus, investi et engagé. Entretien. 

Est-ce vrai que vous auriez pu réaliser ce film ?
Guillaume Canet :
J'en avais en tout cas l'envie après avoir vu le documentaire Les Fils de la Terre d'Edouard Bergeon (sorti en DVD en 2013, ndlr), qui m'a bouleversé. A l'époque, je tournais dans Mon Garçon de Christian Carion. Je me souviens d'en avoir parlé à Christophe Rossignon, le producteur, lui-même fils et frère de paysan. Je lui ai dit que ça m'avait retourné et que je voulais en faire un film. Il a souri et m'a annoncé que le scénario était déjà écrit et qu'Edouard réaliserait. J'ai été appelé quelques semaines plus tard en me voyant proposer le rôle du papa. Ça m'a fait très plaisir qu'ils pensent à moi.

Guillaume Canet dans "Au Nom de la Terre". © Diaphana Distribution

On vous sent totalement investi. Qu'est-ce qui vous a parlé à ce point dans ce projet ?
Guillaume Canet :
Ça me révolte que les gens ne prennent pas conscience –et j'en n'avais pas conscience moi-même– de la gravité de ce qu'on mange. On est ce qu'on mange. Les agriculteurs nous remplissent l'assiette et l'assiette est notre santé. Je suis assez inquiet en entendant les scientifiques nous expliquer qu'une personne sur trois aura un cancer. On sait bien d'où ça vient, avec ces pesticides et tout ce qu'on fout dans notre nourriture. Et je trouve ça agaçant qu'on mette toute la responsabilité sur les agriculteurs, en les accusant d'être des empoisonneurs. Ce sont eux les premiers empoisonnés ! Pendant des années, on leur a dit qu'il fallait produire, faire du rendement… Nous, les consommateurs, avons aussi une part de responsabilité et ça me trouble. J'ai participé à ce film pour témoigner de leur quotidien face à cette mascarade. On leur dit "Faites ci, faites ça, agrandissez-vous, endettez-vous et vous allez vous en sortir…" alors que c'est une aberration. Je voulais réveiller les consciences. Si les gens changent leurs habitudes alimentaires, les industriels produiront peut-être autre chose et imposeront moins aux agriculteurs. Lesquels ont envie de faire de la qualité. Mais, pour ça, il faut qu'ils payent de leur poche.

N'était-ce pas trop périlleux d'entrer dans la peau d'un homme qui s'est suicidé sans remuer le couteau dans la plaie des vivants ?
Guillaume Canet :
Ce qui est compliqué, c'est que je joue devant le fils, sous ses yeux. Du coup, ce n'est pas évident d'aller lui poser des questions intimes sur la manière dont les choses se sont passées. J'ai eu énormément de chance parce que c'est un réalisateur extrêmement fort psychologiquement, bien construit et qui a fait preuve de la générosité, de la force et du courage nécessaires pour me diriger et me donner le plus de détails possibles. Il m'a même prêté les bottes de son père dès le premier jour de tournage. Elles ont une véritable âme et sont lourdes de sens, surtout quand on sait qu'un homme s'est tué à la tâche avec.

Après avoir figuré dans un tel film, que vous évoquent les statistiques liées aux suicides chez les agriculteurs ?
Guillaume Canet :
Quand on a commencé le film, les chiffres n'étaient pas les mêmes. Nous étions à un suicide tous les deux jours. Aujourd'hui, un agriculteur se suicide quotidiennement. Impossible de ne pas y être sensible. De même qu'il est douloureux de savoir que les exploitations agricoles diminuent, avec des faillites, des clés sous la porte… Et certains grossissent à côté, en pratiquant une agriculture pas très vertueuses, avec des lobbies derrière eux.

Vous avez changé physiquement pour être au plus proche de votre personnage. Quand on pousse autant le mimétisme, est-on contaminé par le spleen ?
Guillaume Canet :
Oui… Je ne peux pas voir dire que je n'ai pas été plongé dans la déprime. Je logeais dans une caravane sur place, dans une ferme de Mayenne. Je ne voulais pas dormir à l'hôtel et sortir du personnage. Je suis resté en immersion. Quitter ce film a été assez complexe.

Pour ce rôle, avez-vous davantage pensé à votre fils ou à votre père ?
Guillaume Canet :
On pense aux deux. D'ailleurs, le film évoque très bien la traversée de génération, avec le grand-père, le père et le fils. Et ça montre à quel point on est un pays agricole. Moi, j'avais un arrière-arrière-grand-père qui était berger en Andalousie et je pense qu'on a tous des connexions, de près ou de loin, avec la terre. Il n'y a pas de pays sans paysans : c'est une réalité. La filiation est un point très important dans ce que le film raconte. Ce n'est pas un hasard s'il y a autant de suicides aujourd'hui chez les agriculteurs. C'est justement parce qu'ils sont la génération qui se retrouve face à cette conjoncture impossible, la génération qui échoue, qui doit vendre. C'est terrible puisque beaucoup ne s'en relèvent pas.

"Quand j'ai eu mes enfants, j'ai commencé à voir les choses différemment."

D'où vient votre amour de la terre ?
Guillaume Canet :
De mon enfance. J'ai grandi à la campagne. J'étais bien là-bas. Je n'y ai jamais été aussi bien que depuis que je me suis installé en ville (rires). C'est là qu'on se rend compte qu'il y a une énergie négative, toxique et terrible. Je retourne donc à la campagne le plus souvent possible.

Guillaume Canet et Anthony Bajon dans "Au Nom de la Terre". © Diaphana Distribution

Que ressentez-vous quand vous avez les mains dans la terre ?
Guillaume Canet :
Essayez de vous mettre un sac plastique sur la tête et les pieds, vous allez voir si vous avez la même énergie que les pieds sur la terre. La terre vibre, et nous avec elle. Ce n'est pas un hasard s'il y a des expressions telles que "être sur la même longueur d'onde" ou "dégager des ondes négatives"… On a tous une énergie et elle provient de la terre et du ciel. A force d'empoisonner notre planète, on s'empoisonne.

Faites-vous ce métier pour la transmission ?
Guillaume Canet :
Sûrement, oui. J'ai toujours eu un problème existentiel avec des questions comme : "Qu'est-ce que je fais là ?", "Qu'est-ce que j'ai à faire ?"… Quand j'ai eu mes enfants, j'ai commencé à voir les choses différemment. Mais au départ, à travers ce métier, je voulais m'associer à des films qui puissent faire passer des messages qu'on a du mal à transmettre au milieu de 30 infos de JT. Je voulais que ça puisse toucher les gens, leur parler… J'ai appris tellement de choses de la vie grâce au cinéma. C'est sa force.

Quel est le bien le plus précieux que vous souhaitez transmettre à vos enfants ?
Guillaume Canet :
La conscience, l'éveil et le respect de ceux et ce qui nous entourent. C'est important de respecter ce que la nature nous offre. C'est ainsi qu'on peut durer.

On vous sent très spirituel…
Guillaume Canet :
Je fais du reiki en ce moment. Ça fait vachement de bien, je conseille. Cette discipline permet d'harmoniser ses énergies. Les maladies sont souvent des blocages énergétiques, des troubles émotionnels… Ça a été une grande découverte pour moi. Gamin, j'avais un certain don de magnétisme, je soignais avec mes mains. Je n'ai jamais su vraiment bien gérer ça.

Que faisiez-vous ?
Guillaume Canet :
J'éteignais le feu, je soignais les gens qui se brûlaient, les maux de tête, les douleurs au ventre…

Sérieusement ? Et ça marche encore ?
Guillaume Canet :
Oui sauf qu'avec le reiki, j'essaye de faire en sorte que ça ne m'atteigne pas. Le problème, c'est que je prenais ce que les gens me donnaient et je ne savais pas comment m'en débarrasser. J'apprends maintenant comment donner et comment débloquer énergétiquement le corps, comme réussir à soigner en faisant un choc énergétique.   

Guillaume Canet : "L'assiette est notre santé, je suis assez inquiet..."
Guillaume Canet : "L'assiette est notre santé, je suis assez inquiet..."

Guillaume Canet est souriant malgré la fatigue. Il a enchaîné les interviews tout l'après-midi dans un jardin privatif du 9e arrondissement de Paris. Pour la bonne cause. Car il adore ce nouveau film dont il tient la tête d'affiche, Au Nom de...