Keep Smiling : interview de Rusudan Chkonia

Le film "Keep Smiling", en salles le 14 août, détourne les codes rose bonbon des élections de miss et nous emmène à Tbilissi pour le concours de la "Meilleure Mère de l'année". Entretien avec Rusudan Chkonia, réalisatrice de cette comédie dramatique, cruelle, géniale.

Keep Smiling : interview de Rusudan Chkonia
© ZED

La télévision géorgienne organise un concours pour élire la "Meilleure Mère de l'année". A la clé, un appartement et 25 000 dollars qui pourraient permettre à ces dix mères de sortir de leur quotidien. Ces dix femmes vont alors s'affronter et tout faire pour ne pas laisser passer cette chance d'accéder à €une vie meilleure. Tous les coups sont permis. Une seule règle, garder le sourire.
Keep Smiling est une comédie féroce qui pointe du doigt l'exploitation de la misère en Géorgie et qui met en relief l'importance de la solidarité. Ce film est également un hommage aux femmes, à ces battantes qui tiennent le rôle parfois difficile de mère.

Le JournalDesFemmes.com :  Qu'avez-vous voulu montrer à travers ce film ?
Rusudan Chkonia : J'ai voulu parler de la société géorgienne d'un point de vue très satirique. Ce film est avant tout comique, il n'est pas à prendre au premier degré. J'ai choisi de parler d'un concours de beauté dans mon film parce que je voulais mettre en avant les différents types de filles que l'on peut trouver, en Géorgie ou à travers le monde.
Ce concours les réunit, mais il est très rabaissant pour la femme, qui les réduit au seul rôle de mère et de femme-objet. Le film est comique est prend une tournure tragique à la fin et j'ai voulu associer les deux .

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Keep Smiling, un film de Rusudan Chkonia © ZED
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Keep Smiling, un film de Rusudan Chkonia.  © ZED

JDF : Les femmes ont des caractères très différents dans le film :
R C :  Oui, ces femmes ont toutes le même but : gagner ce concours mais elles ont des motivations différentes. Baya, par exemple, la "bimbo" du groupe n'a, en évidence, rien à faire dans ce concours qui élit la "meilleure mère de Géorgie". Elle vit dans un somptueux appartement et est chouchoutée en permanence. Cependant, elle souhaite entreprendre des choses par elle-même et se détacher de la protection étouffante de son mari. Tamuna participe à ce concours pour montrer qu'elle peut encore faire jeune. Pour Gvantsa, c'est l'occasion de remonter sur scène et de se remettre au violon. Pour la plupart, c'est l'occasion d'échapper à une vie malheureuse et d'élever leurs enfants dans de meilleures conditions.

JDF : Quelle est la place des femmes dans la société géorgienne ?
R C :  En Géorgie, comme en France, les hommes et les femmes sont sur le même pied d'égalité. Il n'y a pas de différences de genre dans la vie professionnelle ou dans les ménages. Cependant, comme dans tout pays, il existe quelques cas de sexisme. Dans Keep Smiling, il est difficile pour les femmes de s'affirmer. C'est pour cela qu'elles participent à ce concours. Elles ont une grande responsabilité pour subvenir aux besoins de leur famille ; les hommes ne mettant pas forcément la main à la pâte. Il est important pour ces femmes d'atteindre un but précis, par elles-mêmes et sans l'aide de personne.

JDF : En France, on dit que l'union fait la force. C'est ce que vous avez aussi voulu montrer ?
R C: Exactement. Une vie ne peut pas se faire en solitaire. Il faut se serrer les coudes en permanence de manière à avancer dans la vie. L'égoïsme est à bannir si l'on veut réussir. Il ne faut jamais fermer la porte à ses ennemis. C'est comme Inga et Gvantsa, qui se détestaient au début. Grâce à ce concours, elles ont appris à mieux s'apprécier. C'était important pour moi d'insister sur ce point. Même si elles sont dans le besoin le plus profond, ces femmes savent que la solidarité est plus importante.

JDF : Est-ce qu'en Géorgie, il y a des femmes qui essaient de faire bouger les choses ? Des féministes ou des associations ?
R C : Il y a beaucoup de femmes qui se battent pour avoir plus de droits, même si je trouve que nous sommes sur le même pied d'égalité que les hommes. Cependant, dans certains foyers, elles sont parfois rabaissées et ne peuvent parfois voler de leurs propres ailes. C'est une attitude machiste que les femmes essayent de faire évoluer. Mais je trouve que, parfois, certaines féministes exagèrent. Elles aussi ont un caractère sexiste et humilient les hommes en les "castrant".

JDF :  A la sortie de ce film en Géorgie, avez-vous été la cible d'attaques machistes ?
R C : Absolument. Mon film m'a valu de nombreuses critiques de la part des hommes. Certains l'ont pris à la rigolade, et à la légère. D'autres ont été agressifs dans leur propos. Ils n'ont pas apprécié que je touche au caractère sacré de la Géorgie et à ses traditions. Les machistes ont estimé que j'ai déshonoré mon pays en mettant en scène ce type de femmes, surtout à travers le personnage de Gvantsa, femme libérée ou alors Baya, femme à l'allure de playmate.
Ces critiques m'ont profondément choquée et blessée. Mais je ne me laisse pas démonter : si mon film fait réagir, de quelque manière que ce soit, je considère cela comme une réussite.

JDF :  Si vous devez dire une dernière chose aux femmes qui lisent Le JournalDesFemmes.com :
R C : Dans la vie, le plus important est de rester soi-même et d'avoir confiance en soi, et ce, peu importe la société dans laquelle nous vivons. Il est nécessaire d'être heureuse et indépendante, car nous ne savons pas de quoi la vie sera faite. Je conseille aux femmes de rester solidaires et d'être également déterminées.

Keep Smiling a reçu le prix de la Mostra de Venise en 2012, et 5 nominations au cinémed, Festival Méditerranéen de Montpellier en 2012.

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Keep Smiling, un film de Rusudan Chkonia © ZED

Au cinéma le 14 août 2013 dans toute la France.