Elisabeth et Jean-Claude George "Plus nous découvrions les Coelogynes, plus nous les aimions"

Elisabeth et Jean-Claude George viennent de faire paraître aux éditions Belin, un ouvrage dédié aux Coelogynes, des orchidées tropicales. Rencontre avec ces deux passionnés qui depuis près de 30 ans consacrent tout leur temps libre à l'observation de ces plantes.

Pourriez-vous tout d'abord vous présenter à nos lecteurs en quelques mots ?
Elisabeth George : Nous avons 59 ans. Jean-Claude est médecin généraliste rural avec des activités de recherche au sein du Réseau Écologie des Interactions Durables ; j'ai quitté mon métier de professeur d'anglais pour assurer la permanence, le secrétariat et la comptabilité du cabinet médical. Nous habitons un petit village du nord-est de la France où depuis près de 30 ans, nous cultivons des orchidées dans des pièces que nous avons aménagées en serre, à l'intérieur de notre maison.

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Coelogyne nervosa © Elisabeth et Jean-Claude George / Les Coelogynes / Belin

Comment vous êtes-vous retrouvés à étudier les orchidées ? Pourquoi cette plante plutôt qu'une autre ?
Elisabeth et Jean-Claude George : Passionnés de nature mais confinés par les contraintes professionnelles dans une maison-cabinet médical sans terrain, nous nous sommes très vite tournés vers la culture "hors-sol". Notre première orchidée a été un coup de cœur de 14 février pour un Cymbidium hybride rose, qui refleurit depuis à chaque printemps. Le livre de Brian Williams et Jack Kramer "Les orchidées" nous a ouvert le monde des orchidées botaniques : la culture de ces plantes exotiques nous paraissait un défi compatible avec nos possibilités ; la diversité des formes, des couleurs et des provenances des espèces qui composent la famille aiguisait notre curiosité. Ce premier livre, suivi de très nombreux autres, nous a permis de voyager dans le monde entier sans sortir de chez nous, au travers de la découverte des espèces et de leur environnement. Depuis nous passons nos vacances à écumer les bibliothèques et les jardins botaniques européens pour enrichir nos connaissances dans le domaine. L'ère d'Internet et de la photographie numérique nous a ouvert les portes des muséums et des bibliothèques du reste du monde, a facilité les échanges de données avec des naturalistes aussi passionnés que passionnants.

Pourquoi les Coelogynes en particulier ?
Nous avons immédiatement été séduits par la délicatesse de leurs fleurs, la richesse et la variété des couleurs, la diversité des formes et des parfums. Moins exigeantes en chaleur que les autres orchidées tropicales asiatiques, elles correspondaient mieux à nos conditions de culture. Leur floraison souvent hivernale comblait un vide à une période où le besoin de fleurs se fait le plus ressentir. Nous nous sentions aussi plus d'affinités pour leur continent d'origine l'Asie, ses paysages, sa végétation, sa culture et sa population, que pour les autres continents. Le peu de données accessibles sur le genre nous a poussés à vouloir en savoir plus, plus nous les découvrions plus nous les aimions. Progressivement nous avons restreint le nombre de genres que nous cultivions pour nous spécialiser dans la famille des Coelogyninae à laquelle appartient le genre Coelogyne, afin d'adapter au mieux nos conditions de culture à leurs besoins.

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Coelogyne pandurata © Elisabeth et Jean-Claude George / Les Coelogynes / Belin

Vous venez de publier une monographie sur "Les Coelogynes" aux Editions Belin. Quelles sont les particularités des orchidées de ce genre ?
Les Coelogynes sont des orchidées tropicales, montagnardes pour la plupart, originaires du sud-est asiatique. Sur un plan botanique strict, le genre se caractérise par son gynostème, organe reproducteur qui se dresse au centre de la fleur ; les pollinies sont placées au sommet de cette colonne, la cavité stigmatique destinée à recevoir le pollen d'une autre fleur se trouve juste en-dessous, sa forme en creux est à l'origine du nom Coelogyne (du grec "creux" et "femelle"). Le genre regroupe des espèces aux caractéristiques très variées : les inflorescences peuvent apparaître en même temps que la nouvelle pousse et sont retombantes (C. aff. kaliana) ou érigées (C. corymbosa), d'autres se dressent au sommet du pseudobulbe adulte (C. sanderae) ; certaines espèces ne produisent que quelques fleurs par inflorescence, qui s'ouvrent en succession l'une après l'autre (C. beccarii), ou simultanément (C. zahlbrucknerae), d'autres fleuriront en succession, une à 3 fleurs à la fois parfois plusieurs années de suite (C. kinabaluensis), pour d'autres encore jusqu'à une centaine de fleurs seront ouvertes simultanément (C. multiflora) ; la taille de ces fleurs varie de moins de 1 cm de diamètre pour la plus petite décrite à ce jour, à plus de 10 cm pour les plus grandes (C. lawrenceana), le plus souvent elles mesurent entre 4 et 5 cm (C. aff; vanoverberghii). Elles sont souvent de couleur blanche avec un labelle maculé de jaune ou d'orangé (C. nervosa) mais on en rencontre aussi des vertes (C. pandurata), des rouges, des jaunes (C. pallens) ou des brunes (C. buennemeyeri) ... 

22 sections ont donc été créées à l'intérieur du genre, pour regrouper les espèces qui présentent des caractéristiques florales ou végétatives communes. D'un point de vue pratique, les espèces se distinguent principalement par la forme de leur labelle, qui est un pétale transformé dont la fonction est d'attirer le pollinisateur. Ce labelle qui possède une forme propre à chaque espèce est généralement doté d'ornementations tout aussi caractéristiques : des lignes de projections longitudinales contrastant souvent avec la couleur du reste du labelle, des projections arrondies, découpées, poilues ou verruqueuses. C'est pourquoi nous avons choisi de regrouper les labelles des espèces de chaque section sur une même planche, pour en faire une sorte de clé visuelle des espèces, destinée à en faciliter l'identification.

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Coelogyne lawrenceana © Elisabeth et Jean-Claude George / Les Coelogynes / Belin

Parmi les 197 espèces du genre Coelogyne, y en a-t-il une que vous affectionnez plus particulièrement ? Pour quelles raisons ?

Difficile de faire un choix, chaque espèce a son charme propre, que ce soit son parfum, sa couleur, sa floraison abondante, de longue durée, ou son histoire. Celle qui capte toute notre attention au moment où vous nous posez la question est Coelogyne pachystachya, que nous venons tout juste de décrire et qui ne figure donc pas dans notre livre paru en juillet. La découverte d'une espèce jusqu'alors inconnue de la science et sa description est une expérience particulièrement enrichissante. Dans ce cas précis, tout a commencé en 2006, quand nous avons remarqué sur un site internet de trekkeurs en Thaïlande la photo d'une espèce qui nous était inconnue. Le photographe contacté ne nous répondant pas, nous avons dû patienter deux ans avant que des photos de fleurs similaires ne réapparaissent, sur un autre site thaï. Cette fois, le photographe a accepté de nous envoyer une fleur séchée, les lois de protection des espèces ne nous permettant pas d'obtenir un exemplaire vivant. Ce n'est qu'en 2010 que des plantes importées légalement de Thaïlande par un producteur allemand nous ont permis d'examiner enfin un spécimen vivant de l'espèce en question. Il nous a fallu attendre encore une année pour qu'une floraison confirme que nous étions bien en présence d'une espèce non encore décrite. II nous fallait encore rédiger la description, déposer un échantillon-type à l'Herbarium de l'Université de Leyde (Hollande) et attendre la publication de l'article dans la revue allemande "OrchideenJournal", parue mi-novembre, pour que l'espèce Coelogyne pachystachya soit enfin reconnue.

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Coelogyne beccarii © Elisabeth et Jean-Claude George / Les Coelogynes / Belin

On en trouve peu dans les expositions et les catalogues des horticulteurs. Comment expliquer cela ?
Une bonne vingtaine d'espèces figure quand même régulièrement au catalogue des principaux producteurs d'orchidées ! Le nombre relativement limité d'espèces disponibles à la vente s'explique probablement par les lois de protection des espèces (CITES) destinées à éviter le pillage et la destruction de leur habitat naturel ; les importations de nombreuses espèces, plantes et animaux, sont strictement règlementées, même lorsqu'il s'agit de reproduction artificielle dans le pays d'origine. Le volume occupé par le feuillage des Coelogynes et leur multiplication végétative rapide peuvent aussi être un frein pour certains collectionneurs d'orchidées qui préfèrent cultiver un plus grand nombre de plantes de plus petite taille pour bénéficier de floraisons plus variées. Mais la principale cause de leur méconnaissance siège probablement dans la production de masse de Phalaenopsis, Paphiopedilums, Cattleyas et Dendrobiums hybrides, qui sont proposés en fleurs au même prix qu'un Coelogyne botanique à fleurir dans quelques années, quand ce n'est pas moins cher... 

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Coelogyne corymbosa © Elisabeth et Jean-Claude George / Les Coelogynes / Belin


Ce genre d'orchidées tropicales est-il réservé à des spécialistes ?
Une bonne moitié des espèces qui composent le genre peut être cultivée par tout un chacun à condition d'en respecter les besoins spécifiques. Les plus gros problèmes que nous ayons rencontrés en culture sont dus à la mauvaise identification des espèces, souvent dès leur pays d'origine, qui ne permet pas toujours de leur apporter les soins qu'elles requièrent. Une fois les espèces correctement identifiées, la plupart d'entre elles ne demandent guère plus de soins qu'une banale plante verte : de la lumière sans soleil direct et une bonne humidité ambiante, une légère baisse des températures la nuit et un repos plus frais et plus sec en hiver, conditions qui peuvent être facilement respectées, même en appartement. Ce sont principalement les espèces tropicales des basses terres, comme C. pandurata ou C. mayeriana qui prospèrent en climat chaud et humide toute l'année, qui demandent des soins plus particuliers et seront à cultiver de préférence en serre.
 

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Coelogyne flaccida © Elisabeth et Jean-Claude George / Les Coelogynes / Belin

Y en a-t-il certaines plus faciles que d'autres à cultiver ?
Tout dépend du climat de la région où on les cultive ! Les nombreuses espèces originaires des zones montagneuses du nord-est de l'Inde, de la Thaïlande, du Vietnam et du sud de la Chine (Yunnan) ne demandent que peu de chaleur en hiver (autour de 10-13 °C dans la journée), température relativement facile à maintenir en véranda dans la plupart des régions de France. Elles peuvent d'ailleurs passer toute la belle saison en extérieur, balcon ou jardin, dès que les gelées ne sont plus à craindre, à condition de les tenir suffisamment humides. Elles seront rentrées et mises au repos avant les premiers froids. Coelogyne cristata qui illumine invariablement toutes les expositions d'orchidées de janvier à mars, C. flaccida, C. punctulata, C. nitida ou C. mooreana entrent dans cette catégorie, elles font d'ailleurs partie de la plupart des collections. D'autres comme Coelogyne speciosa, C. lawrenceana, C. trinervis, C. viscosa ou C. tomentosa, originaires de régions tempérées, demandent un peu plus de chaleur en hiver, mais elles aussi se multiplient et fleurissent sans poser de problème particulier ; ces espèces mériteraient d'être plus souvent cultivées !

A qui s'adresse votre ouvrage sur les Coelogynes ?
Notre idée de départ était d'écrire un livre pour les amateurs. Nous souhaitions faire mieux connaitre les Coelogynes, partager notre intérêt pour ce genre magnifique encore trop méconnu en illustrant la diversité en taille, forme et couleur de ses espèces, en faciliter la culture par une approche de leur habitat d'origine. Au vu des données scientifiques que nous avions accumulées Aline Raynal-Roques et Albert Roguenant, qui dirigent la collection Botanique de Belin, nous ont incités à en faire un ouvrage plus technique qui intéresserait également les horticulteurs et les botanistes. Au final, notre livre est un mélange des deux approches, nous espérons que les amateurs y prendront du plaisir et que les botanistes y trouveront leur compte.

livre
Elisabeth et Jean-Claude George © Editions Belin

Les Coelogynes

Auteurs : Elisabeth et Jean-Claude George

Date de parution : 08/06/2011

Nombre de pages : 608

Editions : Belin

Prix : 65 euros

 Découvrez quelques photos et extraits du livre

"Plus nous découvrions les Coelogynes, plus nous les aimions"
"Plus nous découvrions les Coelogynes, plus nous les aimions"

Pourriez-vous tout d'abord vous présenter à nos lecteurs en quelques mots ? Elisabeth George : Nous avons 59 ans. Jean-Claude est médecin généraliste rural avec des activités de recherche au sein du Réseau Écologie des Interactions Durables ; ...