Wolinski, le provocateur grivois
Ses amis l’appelaient "Wolin". Toute une génération a grandi avec son espièglerie. Chaque ado s'est frotté à ses dessins acerbes et lubriques. Georges Wolinski, 80 ans, machiste plein de tendresse, était une légende du dessin de presse, une force de la nature animée par les désirs de faire "rire, bander et réfléchir", une institution depuis ses passages à l’émission "Droit de réponse" dans les années 1980 où avec ses confrères Siné, Plantu et Wiaz, il promenait son regard amusé sur l’actualité et dégainait ses blagues misogynes.
Jamais avare d’un bon mot, volontiers scato et vulgaire, mais dandy chic dans ses manières, Wolinski avait une prédilection les situations coquines, les personnages égrillards et les propos de café du commerce.
Auteur d’une centaine d’albums, collaborateur de 40 titres de presse, Wolinski a affuté son trait à Action et L’Enragé, dans les années 1960, puis à Hara-Kiri. Fidèle du professeur Choron, rédac’chef de Charlie Hebdo de 1970 à 1981, ce "roi des cons" avait accepté la Légion d’Honneur.
Côté privé, Georges Wolinski, fils d’une mère franco-italienne et d’un père juif polonais, est élevé par ses grands-parents à Tunis avant de débarquer à l’adolescence à Briançon, où il convole très jeune avec sa première femme, Jacqueline, qui disparaît tragiquement dans un accident de voiture. La foudre tombe sur ce veuf lorsqu'il rencontre en 1968 au Journal du Dimanche, sa seconde épouse, Maryse, journaliste, écrivain… et féministe convaincue. L’une de ses trois filles Elsa-Angela, reporter à Point de Vue, a témoigné sur Europe 1 de la perte de son père, regretté "monstre sacré". "C’était le plus phallocrate des féministes cet homme-là. Ce n’était pas qu’un homme qui faisait des dessins de cul, il racontait des histoires et se battait pour une liberté d’expression(…) Il était mélancolique et pessimiste (…) J’ai été élevée dans l’idée qu’il faisait un métier à risque car il se battait pour ses idées (…) Nous avons la chance d’être autant soutenus, par le monde entier. J’ai été surprise par cet élan de générosité et d’émotion", a-t-elle ajouté, courageuse.
Amoureuse éprise, épouse meurtrie et dépitée, Maryse Wolinski a perdu son mari, mais elle ne baisse pas les bras : "Il est mort avec ses camarades, avec ses frères, comme il disait de Cabu, au service de sa chère liberté pour laquelle il s'est toujours toujours battu, et je peux estimer qu'il est tombé au champ d'honneur de sa profession", a-t-elle déclaré. "Ce qui s'est passé hier pour moi, c'est une guerre contre la liberté, et cette guerre nous devons la gagner".