LA BONNE EPOUSE, TROIS ETES... : nos coups de cœur ciné du 11 mars

Prenez la direction d'une école ménagère en compagnie de Juliette Binoche. Investissez la fracture de la société brésilienne. Tremblez devant une satire du capitalisme. "La Bonne Épouse", "Trois Étés" et "Vivarium" sont nos conseils ciné de la semaine.

LA BONNE EPOUSE, TROIS ETES... : nos coups de cœur ciné du 11 mars
© Memento Films

La Bonne Épouse de Martin Provost

Après Séraphine, César du Meilleur Film en 2009, ou plus récemment Sage-Femme, le cinéaste Martin Provost persiste et signe dans sa mise à l'honneur des femmes avec un nouvel opus coloré et enlevé : La Bonne Epouse. Juliette Binoche y incarne l'opiniâtre directrice d'une école ménagère qui apprend à ses étudiantes à être de parfaites fées du logis. Mais à la mort de son époux (François Berléand), et alors qu'un amour du passé (Edouard Baer) ressurgit soudainement, ses certitudes s'effondrent. D'un coup, les croyances dans ses convictions s'étiolent comme des pétales sous le cagnard et la voilà qui épouse inexorablement, en compagnie des autres femmes de l'établissement, un mouvement de libération et d'émancipation dont l'acmé correspond à mai 68. Véritable comédie populaire, dans le sens le plus noble du terme, ce long-métrage, esthétiquement soigné, se démarque par des interprètes au diapason de sa force féministe et rappelle ô combien le patriarcat a cadenassé des destins (et continue de le faire). Salutairement divertissant.   

Avec Juliette Binoche, Yolande Moreau, Noémie Lvovsky (1h49)

Trois Étés de Sandra Kogut

La cinéaste Sandra Kogut, formée à l'école du documentaire et notamment remarquée pour ses longs-métrages Mutum (2007) et Campo Grande (2015), se prête pour Trois Etés, son nouvel opus, à une habile peinture sociétale de son pays : le Brésil. Et pour donner encore plus de force à son constat, tour à tour édifiant et préoccupant, elle adopte le point de vue de Mada, la gouvernante d'une maison cossue où les propriétaires organisent chaque été une grande fête en prenant soin d'inviter tout le gratin alentour. Mais quand ces derniers sont rattrapés par des scandales financiers, la vie des domestiques devient un dommage collatéral de ce monde néo-libéral, toxique et en putréfaction que la cinéaste houspille de son regard tout en rage contenue.  En maniant avec adresse ses unités de temps et de lieu –le film se déroule sur trois étés et au même endroit–, le scénario use de la répétition et des ellipses pour mieux nous donner à vivre le naufrage de tout un système, à l'instar de son cousin coréen, Parasite.  

Avec Regina Casé, Otávio Müller, Gisele Fróes (1h34)

Vivarium de Lorcan Finnegan

Remarquable découverte de la Semaine de la Critique du dernier Festival de Cannes, passé en début d'année par le Festival de Gérardmer, Vivarium marque la seconde réalisation du talentueux et jeune réalisateur irlandais Lorcan Finnegan. Jesse Eisenberg et Imogene Poots y forment un couple à la recherche d'une maison pour fonder une famille. Un jour,  un inquiétant agent immobilier disparaît lors d'une de leur visite, les laissant brusquement enfermés, à ciel ouvert, dans un lotissement d'où il est strictement impossible de s'extraire. En jouant la carte de l'humour noir et de l'horreur, par le prisme de l'efficace ressort de l'enfermement dans la boucle, le scénario crie haro sur nos sociétés capitalistes, transformant la vie rêvée qu'il a à offrir en cauchemar absolu pour quiconque tombe dans le piège. Car c'est bien de ça dont il s'agit : ce thriller est une trappe dans laquelle on tombe et d'où aucun retour n'est possible. Une expérience clinique, visuellement probante, qui se révèle aussi flippante que jubilatoire !   

Avec Jesse Eisenberg, Imogen Poots, Jonathan Aris (1h38)