Avec LES ENVOÛTÉS, Pascal Bonitzer dévoile ses fantômes

En salles le 11 décembre, "Les Envoûtés", le huitième long-métrage de Pascal Bonitzer, raconte l'histoire d'amour entre une jeune pigiste et l'homme sur lequel elle enquête suite à un aveu paranormal ; il aurait en effet vu le spectre de sa mère avant la mort de celle-ci. Pour Le Journal des Femmes, le réalisateur et scénariste commente trois aspects de ce projet singulier.

Avec LES ENVOÛTÉS, Pascal Bonitzer dévoile ses fantômes
© DAVID SILPA/NEWSCOM/SIPA

Les Envoûtés : rendre le récit plus concret

La très prenante nouvelle Les amis des amis de Henry James (dont est librement inspiré Les Envoûtés, ndlr) m'a hanté. Dès que je l'ai lue, j'ai eu envie de la raconter à tout le monde. Et je le faisais chaque fois avec une émotion communicative. Néanmoins, je ne savais pas comment l'adapter à l'écran. Je ne voulais pas de transposition littérale à l'époque victorienne car je savais qu'elle pouvait convenir à notre époque contemporaine. Pour cela, il fallait que les personnages soient très concrets. C'était d'ailleurs la plus grande violation faite à la nouvelle : celle de caractériser les personnages, de leur donner un nom, un métier… Le récit de James est en effet extrêmement allusif avec des contours vagues, peu fournis en détails. Je voulais en conserver l'atmosphère, le mystère, ainsi que son caractère de logique implacable.
A travers cette histoire, ma volonté était de parler d'amour et de mort avec un ancrage psychologique réaliste.
Cette liaison intime me séduisait. Un peu comme tout le monde, je crois aux fantômes, mais pas au-delà d'un certain point. Je pense toute qu'il y a, pour paraphraser Hamlet, plus de choses dans le ciel et sur la Terre qu'il y en a dans notre philosophie. La réalité s'avère plus profonde et complexe qu'on peut la percevoir.

Sara Giraudeau et Nicolas Duvauchelle dans "Les Envoûtés". © SBS Dsitribution

Les Envoûtés : miser sur le sensoriel

L'histoire est conjecturale. On est obligés de se poser des questions à chaque instant de l'intrigue. Les réponses ne sont jamais complètement univoques. Et ce, jusqu'à la toute fin. Le cinéma rend les choses objectives. Comme on est très proche de Coline, l'héroïne, c'est par elle qu'on rentre dans le paysage, les événements… 
Je voulais aussi passer par la suggestion : c'est ce que j'aime chez James. Le récit est très souvent indirect ; c'est une forme qu'il a découverte et qu'il adorait. Son équivalent au cinéma est le hors champ : son œuvre littéraire est très cinématographique. L'un de mes cinéastes préférés est d'ailleurs Jacques Tourneur qui, justement, soutenait que pour que le fantastique fonctionne, il faut suggérer plus que montrer.
Telles étaient mes intentions de mise en scène. Je voulais une approche relativement simple et classique, sans effets exagérés, sans surenchérir sur les ombres et le clair-obscur. J'ai travaillé à la lumière avec Pierre Milon, qui a collaboré sur la plupart des films de Robert Guédiguian. Le paysage est un personnage-clé des Envoûtés avec la montagne, la rivière, la brume, le crépuscule… Tout ça est primordial dans le récit. Mon approche a donc été sensorielle et organique. Nous avons tourné rapidement, en 25 jours.

Les Envoûtés ou l'évidence du duo d'acteurs

D'une certaine manière, j'ai réussi à concevoir le personnage de Coline un peu à partir moi. Elle est par exemple journaliste-pigiste dans un journal. Moi aussi, au début de ma carrière, j'ai été pigiste dans un média de cinéma au sein duquel j'ai essayé de briller autant que possible. C'est à partir de ce point de départ que j'ai commencé à élaborer ce personnage animée par un mélange de désir et de jalousie à l'endroit de l'homme sur lequel elle enquête. Je l'aime avec ses faiblesses, notamment cette fragilité chevillée au corps. Elle tombe très vite amoureuse et se sent mise en danger…
Dès que le scénario était fini, mon producteur Saïd Ben Saïd –qui a soutenu ce projet mordicus bien qu'on ait essuyé des refus de toute part– m'a parlé de la comédienne Sara Giraudeau. Il m'a dit de voir Petit Paysan (pour lequel elle a reçu un César en 2018, ndlr) et elle m'a paru être l'actrice idéale. Elle a adoré le personnage autant que l'intrigue.
Nicolas Duvauchelle, je l'ai choisi en voyant Un beau soleil intérieur de Claire Denis. J'ai su que c'était lui. Il a ce côté ténébreux nécessaire au personnage, cette énergie sombre qu'il a en lui. Et il peut exprimer une gravité et une intériorité auxquelles on ne l'associe pas forcément, lui qui est souvent renvoyé aux petites frappes.