Voir SEULES LES BÊTES, c'est s'amuser en suspense

En salles le 4 décembre, "Seules les Bêtes", le nouveau long-métrage de Dominik Moll, montre comment la disparition d'une jeune femme, au cœur des Cévennes, bouleverse la vie de plusieurs personnages. Un thriller d'une maîtrise total et d'une générosité jubilatoire. La preuve par trois.

Voir SEULES LES BÊTES, c'est s'amuser en suspense
© Haut et Court

Seules les Bêtes : un récit puzzle

A l'origine est le roman de Colin Niel, Seules les Bêtes, publié en janvier 2017 aux Editions du Rouergue. Dominik Moll et son fidèle scénariste Gilles Marchand, avec lequel il a collaboré à l'écriture de Harry, un ami qui vous veut du bien et Lemming, s'en sont ainsi emparés pour une transposition fort réussie sur grand écran. Et pourtant, c'est rien de dire que la tâche n'était pas simple tant la construction du récit imposait une rigueur scénaristique et cinématographique de tous les instants. Pour info, chaque chapitre du livre en question correspondait au point de vue spécifique d'un personnage lié, de près ou de loin, à la disparition d'une femme dans les Causses. Cette adaptation ciné adopte par conséquent cette fonction narrative et s'intéresse tour à tour à chacun des héros –un couple de fermiers, un homme esseulé et borderline, une jeune serveuse…–, en reconstituant, par couches successives, un puzzle immense et passionnant.   

Seules les Bêtes : l'opposition de deux mondes

Il y a d'un côté les Causses et ses éleveurs complètement coupés du monde et, de l'autre, Abidjan, son bruit, sa furie, et ses nombreux jeunes brouteurs qui passent leur temps devant leurs écrans pour arnaquer des internautes. Parmi leurs victimes : Michel Farange (Denis Ménochet), un fermier marié à une jeune femme fragile (Laure Calamy). Lequel va tomber littéralement amoureux d'un faux profil à l'effigie d'une ravissante serveuse dont l'identité a été usurpée. L'épatant Seules les Bêtes met ainsi en opposition deux univers : la campagne française et le sentiment de solipsisme qu'elle impose à ceux qui y habitent et le tourbillonnement d'une métropole africaine drainant sa horde de jeunes rêvant à de l'argent facile. Dominik Moll joue de ses extrêmes pour les relier, en rappelant que chaque trajectoire scrutée ici n'a finalement qu'une seule et même destination : la recherche d'un idéal.    

Seules les Bêtes : un casting impressionnant

Sa direction d'acteurs –tout comme sa diabolique précision du cadre– est parfaite. Dominik Moll dirige son casting comme un chef-d'orchestre superviserait une symphonie. Chaque mouvement, chaque partition, chaque mot compte. Et, dans cette volonté de suspense et de thriller-ballet, les comédiens sont complètement au diapason. A commencer par Denis Ménochet, mémorable en fermier manipulé et transi d'amour. Laure Calamy étincelle en endossant le rôle de son épouse naïve qui le trompe avec un habitant triste comme les pierres (excellent et désormais incontournable Damien Bonnard). Que dire de Valerie Bruni-Tedeschi, tout en efficace étrangeté drolatique dans la peau de la femme disparue ? On salue aussi les recrues enthousiasmantes : Nadia Tereszkiewicz et Guy Rober N'Drin, superbes dans les peaux respectives d'une serveuse et d'un brouteur ivoirien. En somme : une troupe qui livre une mélodie inquiétante, amusante et ludique. Et vous savez quoi ? On en redemande.  

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Seules les Bêtes : un récit puzzle A l'origine est le roman de Colin Niel, Seules les Bêtes , publié en janvier 2017 aux Editions du Rouergue. Dominik Moll et son fidèle scénariste Gilles Marchand, avec lequel il a collaboré à l'écriture de...