Marche ou Crève : Jeanne Cohendy, comédienne à suivre

Habituée au théâtre, Jeanne Cohendy s'offre un premier rôle d'envergure au cinéma. Celui de Manon, jeune fille handicapée, soutenue par sa sœur et son père. "Marche ou Crève" de Margaux Bonhomme, au cinéma, est un film sur une famille liée par la maladie, dans lequel la comédienne livre une performance bluffante. Rencontre.

Marche ou Crève : Jeanne Cohendy, comédienne à suivre
© Nour Films

Le Journal des Femmes : Comment décrivez-vous votre personnage ?
Jeanne Cohendy : J'ai envie de pousser un cri (rire) ! Je n'ai pas mis en avant quelqu'un qui va beaucoup vers les autres. Manon a des réactions très fortes, mais elle ne donne pas beaucoup. J'ai pensé à des enfants en très bas âge plus qu'à des personnes en situation de handicap. C'était important qu'on ne puisse pas vraiment la cerner, qu'on puisse l'interpréter de diverses manières.

Comment vous êtes-vous préparée à ce rôle ?
Pendant que le film cherchait des subventions, j'ai eu le temps de rencontrer la sœur handicapée de Margaux (Bonhomme, la réalisatrice, ndlr) et ses accompagnateurs. On s'est attelé au plus concert quand le tournage a débuté. Je n'arrivais pas à embrayer un travail de composition sur le corps alors une coach d'acteur m'a aidée. Ensemble, on a esquissé une silhouette, pour la gestuelle, la démarche. Le souci de vraisemblance et de réalisme est très compliqué et n'est jamais vraiment atteint.

Au moment du "action", y avait-il beaucoup d'improvisation ou tout était très écrit ?
Il fallait pouvoir être libre pour être disponible pour mes partenaires. Je ne peux pas concevoir de jouer autrement qu'en réaction avec les autres. Je fais beaucoup de théâtre, je ne connais pas trop le cinéma, mais je pense que des gens jouent remarquablement sans être dans l'échange. Moi j'avais besoin de ça, je me demande si ce n'était pas plus simple d'être dans la performance finalement. Toute la panique, le stress, les doutes pouvaient passer à travers mon jeu.

Qu'avez-vous appris pendant ce tournage ?
La gestion du travail n'est pas du tout la même. Au théâtre, on a l'objectif de la soirée. C'est très précis. Au cinéma, il faut se laisser traverser, comme un moule vide alors que sur les planches, on doit charger en émotion pour passer la barrière de la scène. L'attente était compliquée à gérer aussi.

Le cinéma, c'était une vieille envie ?
Je ne me suis jamais dit que je voulais jouer au cinéma, mais j'ai été très cinéphile. Ado, je voulais réaliser, mais j'ai vite déchanté. C'est à cette période que je lie mon expérience de cinéma, plus qu'au théâtre. De la personne qui regarde à celle qui veut être regardée, il y a un rapport très fort, évident.

Et maintenant ?
Je travaille très peu, même plus, maintenant. Mais je dirais oui à tout ce qui implique un jeu d'acteur, quel qu'il soit. Je garde peut-être plus de plaisir pour le théâtre, mais j'ai plus d'expérience aussi ! Le défi, c'est d'avoir cette capacité à se laisser porter.

Que représente votre nomination aux espoirs des César ?
Ça m'a fait peur. Diane (Rouxel, sa partenaire de jeu, ndlr) est nommée elle aussi, ça témoigne de quelque chose. Ce ne sont pas des performances isolées, ça se tient. Je découvre l'exposition liée au cinéma. On n'est pas juge de soi-même et ça c'est un exercice difficile. Le fait de se retrouver en promotion, c'est bizarre. L'objet , le film, est fini, il ne m'appartient plus. Et je ne veux plus qu'il m'appartienne.

Marche ou Crève, au cinéma le 5 décembre.

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