"Nous ne voulons pas d'enfants et pour nos amis, nous sommes des aliens, mais on s'en fiche" Charlotte, 40 ans
À 40 ans, Charlotte assume une vie sans enfants : "Je me lève à 10 heures le dimanche, je vais en vacances à l'île Maurice, et je fais l'amour plusieurs fois par semaine".
Mon mari et moi avons une vie aisée, comparable à celle de nos amis : un bon travail, une jolie maison en banlieue lilloise, un bouledogue français et une voiture chacun. Mais une chose nous sépare du reste du groupe : nous n'avons pas procréé. Et pire encore : ça n'a jamais été notre projet. Si cela n'avait jamais trop posé de problème jusqu'à mes 35 ans, je sens bien que les choses ont changé. Désormais, on n'ose plus m'en parler que du bout des lèvres, comme on demande sa dernière volonté à un condamné ! "Est-ce que tu es vraiment sss…ûre ?"
Oui, je suis absolument sûre ! Mais ça, je crois que personne n'y croit vraiment. Et c'est ce qui me rend folle. Il y a au-dessus de nos deux têtes, à mon mari et moi, un énorme point d'interrogation créé de toute pièce par la société : pourquoi n'en veulent-ils pas ? C'est quoi leur "problème" ? Souvent, sans même vouloir me faire du mal ou me gêner, mes amis tentent de manière pas très subtile de trouver des "causes". Ai-je peur de mal faire ? Suis-je traumatisée par mes petits frères ? La vérité est peut-être là, ou peut-être pas. Je m'en fiche totalement en fait. Est-ce que moi je tente de comprendre pourquoi les gens n'ont pas de chien, alors que moi je ne pourrais pas vivre sans ça ?
Au quotidien, je n'éprouve aucun manque. Je ne me dis jamais "ah, si j'avais eu des enfants". Mon mari et moi nous sommes rencontrés au Liban, son pays natal, et on a énormément voyagé avant qu'il ne soit nommé à Bruxelles. Ces expériences m'ont comblée, lui me comble, ma famille que j'ai retrouvée après de longues années d'absence me comble. Je ne comprends pas ces regards et sous-entendus incessants lors de nos soirées du samedi. "Regardez comme ils sont beaux ces deux-là" est une des phrases qui m'exaspère le plus : le sous-titre est clair. Pourquoi ils ne se reproduisent pas ?

"Je me lève à 10 heures le dimanche, je vais en vacances à l'île Maurice, et je fais l'amour plusieurs fois par semaine"
Souvent, j'ai envie de leur demander s'ils pensent que leur vie me fait rêver. Ils crient, ils n'ont pas une minute à eux, ils s'inquiètent, ils se font subir des horreurs, comme se lever à 8 h le dimanche pour aller se cailler dans un stade de foot gelé, ils ne partent pas loin en vacances, parce que payer quatre billets ça fait trop cher, et ils font l'amour une fois par mois. Moi je ne crie jamais, je vais me promener avec mon chien 2 heures par jour, après je vais au yoga et le soir au pilates, je me lève à 10 heures le dimanche, je vais en vacances à l'île Maurice, et je fais l'amour plusieurs fois par semaine. Est-ce que quelqu'un peut m'expliquer rationnellement en quoi je devrais envier quoi que ce soit aux parents ?
Ça ne m'empêche pourtant pas d'adorer littéralement leurs enfants. Comme je n'en subis pas moi-même, et que je ne les vois que quelques heures par semaine, je les trouve très amusants ! D'ailleurs, je suis leur "tata" préférée à tous, parce que j'adore jouer. Mais si l'aspect ludique est tout ce qui m'intéresse, le côté éducatif me rebute tout autant. Je n'aime pas donner des ordres, je préfère en recevoir… Ça, mes amis ne le savent pas, et heureusement !