Joséphine Japy : "J'aurais adoré être chef, la cuisine s'apparente au cinéma"

Elle est actrice depuis l'âge de 10 ans. A 24 ans, Joséphine Japy s'impose comme l'une des plus belles promesses du cinéma français. Preuve en est avec la comédie romantique "Mon Inconnue", dont elle partage l'affiche avec François Civil. Tout sourire, pleine de délicatesse et d'érudition, elle nous parle d'amour, d'art, de nourriture, mais aussi de sa vision du couple et de ses rêves d'avenir. Confidences.

Joséphine Japy : "J'aurais adoré être chef, la cuisine s'apparente au cinéma"
© Jacques BENAROCH/SIPA

Son sourire rallumerait le cœur des ténèbres. Enjouée et alerte, Joséphine Japy mène sa carrière fulgurante avec un mélange d'intelligence et de maturité. Aperçue à l'âge de 10 ans dans Les âmes grises d'Yves Angelo, elle incarne quatre ans plus tard la petite amie de Samy dans Neuilly sa mère !. Mais c'est Le Moine de Dominik Moll et surtout Respire de Mélanie Laurent qui l'ont propulsée sur le devant de la scène et en ont fait une révélation aux yeux du public et de la profession. Cette année, dans l'enthousiasmant Mon Inconnue de Hugo Gelin, elle incarne avec pétillement l'amoureuse d'un jeune écrivain à succès (François Civil) qui, du jour au lendemain, se retrouve plongé dans un monde parallèle où sa bien-aimée, devenue grande pianiste, ne le reconnaît plus. Rencontre avec une actrice aux passions multiples.  

Qu'est-ce qui vous a immédiatement séduit à la lecture du scénario de Mon Inconnue ?
Joséphine Japy :
Je me souviens que, d'une page à l'autre, j'avais la larme à l'œil et j'éclatais de rire. C'est un sentiment rare et agréable. J'ai été touchée par l'histoire et par le message véhiculé autour de la question des gens qu'on aime, que ce soit nos amoureux, nos amis ou nos familles… Souvent, dans la vie, on a tendance à moins bien les regarder, à les délaisser, car ils sont acquis, là, présents. Hugo Gelin nous tape du coup sur les doigts pour nous dire de les aimer et de nous occuper d'eux. Le personnage d'Olivia est par ailleurs super car il est deux en un.

Il paraît que vous êtes une grande fan de comédies romantiques…
Joséphine Japy :
Mais oui ! C'est vieux comme le cinéma. Il y en a des géniales même à l'époque du muet. J'adorais, gamine, regarder les films d'Astaire et Rogers, de Lubitsch, de Wilder, mais aussi les comédies british façon Coup de foudre à Notting Hill… Ils ont en commun d'être un pied sur Terre et la tête dans les étoiles. Ils ont cette faculté de réenchanter l'univers.

Vous avez des rituels quand vous en regardez ?
Joséphine Japy :
C'est une cérémonie, vous voulez dire ! (rires) J'adore ça : regarder une bonne romcom, avec une glace, des pop-corn, des copines ou des copains. Ce ne sont pas que des films de gonzesses. J'ai plein de potes qui adorent Love Actually ! Mon père aussi en est dingue ! Ce sont de vrais films de divertissement avec une belle profondeur. Je trouve ça génial qu'Hugo se frotte à ce genre. Ses films sont d'ailleurs emplis d'émotion, d'amour et d'amitié. Et il parvient toujours à y ajouter quelque chose de l'ordre du merveilleux.

Vous êtes un pied sur Terre et la tête dans les étoiles, vous aussi ?
Joséphine Japy :
Aujourd'hui, quand on dit de quelqu'un qu'il est romantique, on a l'impression que c'est péjoratif, qu'on l'insulte, qu'il est fragile pour ce monde.... Sous l'ère Tinder ou Instagram, il y a beaucoup moins de place pour le romantisme. Etre romantique, c'est être courageux dans son rapport aux autres. C'est une grande qualité. J'espère l'avoir… Cette manière de regarder le monde et de laisser le cynisme s'effacer, sans non plus être fleur bleue.

"Faire tourner un couple, c'est une entreprise."

Vous pourriez sacrifier le cinéma par amour ?
Joséphine Japy :
J'aurais du mal. Ça fait trop partie de ma vie. Je ne pourrai pas tomber amoureuse de quelqu'un qui me demande ça. Dans le couple, à certains moments, l'un réussit mieux que l'autre et ce n'est pas grave. Ce n'est pas se sacrifier que de regarder l'autre évoluer, progresser. Il y a une histoire que j'adore entre Michelle et Barack Obama. Un jour, ils entrent dans un resto. Elle dit : "C'est fou, le proprio est un de mes ex !". Barack répond : "Incroyable, tu aurais pu devenir femme de restaurateur" Et là, elle lâche : "Non, chéri, si je l'avais épousé, c'est lui qui serait devenu président des Etats-Unis" (rires) La vraie star, c'est celui qui accepte d'être dans l'ombre. Faire tourner un couple, c'est une entreprise. Il est peut-être là notre vrai boulot. On se pose les questions aux mauvais endroits, en fait… On se met des pressions inutiles. On stresse pour le boulot alors que ce sont nos relations personnelles qui comptent.

Joséphine Japy dans "Mon Inconnue". © Mars Films

Si votre vie était une partition de musique, quelle serait-elle ?
Joséphine Japy :
J'adorerais Sonate au clair de lune de Debussy : c'est rêveur et ça s'emballe… Et pour la musique en général, une BO de Michel Berger. Petite, j'étais fan de Starmania, j'écoutais les morceaux en boucle.

Qui vous a fait aimer l'art ?
Joséphine Japy :
Ma grand-mère m'a sensibilisée à la musique classique... Ma mère aussi. Mon père m'a montré beaucoup de films. Vous savez, ma famille n'est pas dans le cinéma. Mon père a fait de la logistique et il a désormais une marque de légumes… Ma mère a travaillé dans la communication et le marketing. Ma famille était étonnée au départ quant à mon choix artistique mais elle m'a beaucoup épaulée et soutenue.

Vous avez terminé Sciences Po l'an dernier. C'est au cas où ?
Joséphine Japy :
Pas vraiment au cas où… Je savais que le cinéma allait être une partie de ma vie. Ça l'est aujourd'hui. Mais je ne sais pas combien de temps ça durera. J'ai commencé toute petite et j'ai conscience que les carrières sont décousues, jamais acquises. Avec Sciences Po, je voulais m'enrichir, rencontrer du monde, j'ai adoré ça… Pour tout vous dire, si j'avais choisi un autre métier, j'aurais été chef. J'adore la bouffe.

Il parait que vous cuisinez super bien… Quelles sont vos spécialités ?
Joséphine Japy :
Les desserts… Je regarde d'ailleurs toutes les émissions culinaires possibles. Je deviens folle devant ça, surtout Chef's Table sur Netflix. Cet amour vient de mon père et de mon grand-mère : des malades de cuisine ! Je me réveillais le matin avec les odeurs de mets. Mon père a mis des années à réussir la blanquette comme mon grand-père. Je me souviens : un jour, j'ai demandé à mon papy un rouleau de pâte feuilletée au supermarché et je me suis fait engueuler comme jamais (rires). C'était un sacrilège. La cuisine s'apparente au cinéma : il y a ce même amour du partage et de la création pour le plaisir des autres.

Si on rebootait votre vie comme ce qui arrive au héros de Mon Inconnue, quelle serait votre réaction ?
Joséphine Japy :
Je réagirais mal… J'aime ma vie. Si les personnes qui me sont chères ne me reconnaissaient plus, ça serait la cata. Je me sens à ma place aujourd'hui, ce qui n'a pas toujours été le cas. En tant qu'ado, il y a eu des périodes houleuses. Là, je suis arrivée à un équilibre. Je crois au karma : on envoie des choses dans l'univers et on les récupère. J'espère que le mien est bon ! (rires) Je ne veux pas me mettre de pression mais être une aventurière de la vie.

Joséphine Japy : "J'aurais adoré être chef, la cuisine s'apparente au cinéma"
Joséphine Japy : "J'aurais adoré être chef, la cuisine s'apparente au cinéma"

Son sourire rallumerait le cœur des ténèbres. Enjouée et alerte, Joséphine Japy mène sa carrière fulgurante avec un mélange d'intelligence et de maturité. Aperçue à l'âge de 10 ans dans Les âmes grises d'Yves Angelo, elle incarne quatre...