YALDA, LA NUIT DU PARDON : 3 bonnes raisons d'applaudir cette pépite d'Iran

En salles le 7 octobre, "Yalda, la Nuit du Pardon", Grand Prix à Sundance, est une éclatante et indiscutable réussite. Son réalisateur Massoud Bakhshi y dresse un saisissant portrait de femme, en creux d'une peinture sociétale. Le Journal des Femmes vous en livre les points forts.

YALDA, LA NUIT DU PARDON : 3 bonnes raisons d'applaudir cette pépite d'Iran
© Pyramide Distribution

Un scénario haletant

Silence, on est en direct. Trois, deux, un. Maryam, 22 ans, est catapultée sur un plateau TV, lumières aveuglantes, devant une opinion publique toutes oreilles dehors. Cette jeune Iranienne, encagée dans une émission de télé-réalité à la manière d'une bête traquée, est condamnée à mort pour avoir tué accidentellement son mari de 43 ans son aîné.

Face à elle : un animateur énergique et, surtout, la fille du disparu, visage aussi impénétrable que les voies des ténèbres. Tapez "1" si vous pensez qu'elle mérite le pardon. Tapez "2" si, au contraire, vous lui préférez un destin funeste.

Dans Yalda, la Nuit du Pardon, le cinéaste iranien Massoud Bakhshi s'inspire de faits réels pour tracer le portrait saisissant d'une jeune femme prise dans l'étau d'une émission qui se substitue à la justice des hommes. Un point de départ hallucinant et fort qui mène le spectateur sur les sentiers d'un suspense suffoquant. 

Aux prises avec le réel

Sadaf Asgari dans "Yalda, la Nuit du Pardon". © Pyramide Distribution

Après Une Famille Respectable, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en 2012, Massoud Bakhshi se fait littéralement vilipender par le pouvoir iranien pour sa radiographie politique. Une longue période de réflexion, zébrée de menaces, s'en suit. C'est à ce moment que germe dans son esprit l'histoire d'une femme tuant son mari par mégarde. Et ce point de départ de trouver son écrin cathodique quand un ami lui suggère de jeter un œil sur une émission qui, depuis une dizaine d'années, passionne les téléspectateurs, notamment pendant le Ramadan.

A partir de là, Bakhshi utilise le motif universel du pardon pour déployer son récit. Et pas à n'importe quel moment puisque l'intrigue se déroule pendant la fête de Yalda, introduisant l'hiver et connue pour sa nuit la plus longue de l'année.

Dans l'obscurité, à tâtons, ce ciel noir devient dès lors le décor parfait pour illustrer la détresse de l'héroïne et l'attente d'un verdict avant lequel tout peut arriver.  

Une miraculeuse direction d'acteurs 

Il y a quelque chose d'hitchockien dans le travail de Massoud Bakhshi, un amour pour le cinéma de genre, pour le film noir et ce goût prononcé du suspense qui trouve dans le huis clos une efficace demeure. Yalda, la Nuit du Pardon se déroule en effet, dans sa quasi intégralité, entre les murs (reconstruits) d'un plateau de télévision qui va devenir le laboratoire d'auscultation du cinéaste. Lequel, encore une fois, se prête à une plongée sociale où il explore la quête de vérité par le prisme de personnages aussi passionnants que riches en aspérités.

Dans le rôle principal, Sadaf Asgari est éblouissante et donne le change à un casting, déconcertant de naturel, qui redit l'incroyable vivier de grands acteurs iraniens. Ecriture ciselée, interprétations millimétrées, mise en scène chiadée… Pas étonnant que cette oeuvre ait reçu le Grand Prix du Jury au dernier Festival de Sundance. Elle a dans sa besace tout ce qu'il faut pour contenter un très large public, pointu comme mainstream. Une réussite totale !