BLACKBIRD : pourquoi ce film bouleversant va vous toucher en plein cœur

En salles le 23 septembre, "Blackbird" de Roger Michell évolue avec grâce et élégance dans le genre périlleux du mélodrame. Susan Sarandon y incarne une mère de famille qui réunit ses proches pour ses derniers jours. Le Journal des Femmes vous donne trois bonnes raisons de vous inviter à ces beaux adieux.

BLACKBIRD : pourquoi ce film bouleversant va vous toucher en plein cœur
© Metropolitan FilmExport

Une écriture sensible

Tout a commencé par une rencontre fortuite, dans le cadre d'un dîner. La productrice Sherryl Clark (Plush, Père et Fils…) croise la route du scénariste danois Christian Torpe, connu notamment pour avoir écrit Still Heart de Bille Auguste (2014). Le second propose à la première de lui faire lire un script original pour lequel il a des visées Outre-Atlantique. Elle accepte par politesse et, eurêka, se fait balayer par une lame de fond émotionnelle. On la comprend. La précision de l'écriture, la sensibilité qui l'orne et l'émotion qu'elle renferme la poussent, séance tenante, à lancer le projet Blackbird.

L'histoire ? Sur une temporalité resserrée –un week-end–, Lily et son époux Paul, médecin à la ville, réunissent leurs enfants et leurs petits-enfants dans leur magnifique maison de campagne ; trois générations vont alors cohabiter en attendant l'inéluctable. Car oui, l'objet de ces retrouvailles est douloureux : la matriarche, atteinte d'une maladie dégénérative incurable, a choisi d'éviter de souffrir, préférant (contre vents et marées) mettre un terme à sa vie après un dernier adieu aux proches.

La thématique, franchement casse-gueule, est ici abordée avec une rare maîtrise narrative, laquelle place le résultat dans le haut du panier du mélo familial.   

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""Blackbird" : Bande annonce"


Un casting merveilleux

Pour porter à l'écran ce rassemblement, le cinéaste Roger Michell (Coup de Foudre à Notting Hill, The Mother, Morning Glory, My Cousin Rachel) a articulé sa direction d'acteurs autour d'une véritable Rolls Royce : Susan Sarandon. La comédienne, immense dans la rétention d'émotion et maniant superbement l'humour noir par la voix de son personnage, est véritablement impériale. C'est son aura, tel un phare dans une nuit de famille, qui va galvaniser ses partenaires à l'écran : élégant Sam Neil dans la peau du mari ; Kate Winslet, impeccable en fille aînée et obéissante ; Mia Wasikowska, idéale sous les traits de la cadette rebelle…

Ces protagonistes, superbement construits et riches de répliques au cordeau, deviennent les instruments précieux d'une orchestration qui ne laisse rien au hasard et dont la symphonie, triste et pleine d'espoir, ricoche entre les murs d'une demeure qui en deviendrait presque nôtre. Et c'est là une des forces de Blackbird : nous faire entrer dans les arcanes d'une famille dont les pourtours (et les sinuosités) ont cette faculté de nous parler à toutes et à tous. Dans cette universalité se cache précisément l'émotion brute et constante qui irrigue le long-métrage.   

Susan Sarandon et Sam Neill dans "Blackbird". © Metropolitan FilmExport

Un refus constant du pathos

Ceux qui voudraient freiner des quatre fers ou prendre la poudre d'escampette, ravisez-vous. Blackbird n'est pas un film plombant, bien au contraire. Ici, le sujet de la fin de vie est traité avec clarté, lumière et intelligence. Le scénario et le mise en scène de Roger Michell, d'un classicisme précieux, évitent en effet que ne se referme sur ce projet le piège, pourtant béant et gourmand, du pathos et des saillies tire-larmes.

Le personnage de la mère a ce qu'il faut de recul et d'humour pour repousser jusqu'à la douleur de ses enfants. Il y a quelque chose de bouleversant, comme un vent d'espérance, dans sa façon très sage d'épouser son choix et de trouver les mots justes pour contenir les incompréhensions des uns et des autres. Evidemment, l'imminence des au-revoir, qui impose nervosité et peur, soulève son lot de mots et de moments en crève-cœur.

Mais, dans Blackbird, la force de la vie l'emporte toujours, à l'instar de ce Noël organisé avant l'heure, en plein Thanksgiving. Lily choisit, Lily contrôle, Lily décide. Et chacune de ses phrases ou de ses silences interpellent, font réfléchir. Plus que tout, son calme saisit aux tripes et souffle sur nous un parfum de Carpe Diem.

Les thèmes abordés ont beau être en apparence complexes et plombants, on ressort pourtant de ce beau portrait de famille avec une énergie inattendue.