TROIS ETES ou "le portrait de la réalité brésilienne" pour Katia Adler

En salles le 22 juin, "Trois Étés" de Sandra Kogut ausculte habilement les disparités et les fractures sociales au Brésil. Une oeuvre dans la lignée d'un cinéma ancré dans le réel, comme nous le confirme Katia Adler, la présidente du Festival du Film Brésilien de Paris.

TROIS ETES ou "le portrait de la réalité brésilienne" pour Katia Adler
© Paname Distribution

Après Mutum (2007) et Campo Grande (2015), la cinéaste Sandra Kogut dégaine avec Trois Étés  un instantané sociétal de son pays d'origine : le Brésil. Elle y adopte le point de vue de son héroïne -la gouvernante d'une maison cossue dont les propriétaires sont aspirés par des scandales financiers-, laquelle devient un des dommages collatéraux d'un monde néo-libéral en putréfaction. Le film s'inscrit à cet effet dans une tradition d'un cinéma brésilien du réel, qui n'hésite jamais à s'engouffrer dans les gerçures des disparités entre riches et pauvres, Noirs et blancs, etc... Katia Adler, la présidente du Festival du Film Brésilien de Paris, qui se déroulera du 21 au 28 avril à l'Arlequin, partage ce sentiment. Nous l'avons rencontrée.  

En quoi Trois Étés traduit-il la réalité de la situation économico-sociale au Brésil ?
Katia Adler : Trois Étés est vraiment un portrait de la réalité brésilienne. Sandra Kogut a eu le courage de faire un film très actuel et en même temps particulièrement sensible parce qu'elle a choisi de mettre des employés au premier plan. On est extrêmement proche des personnages tout en gardant en toile de fond les politiciens, les scandales de corruption... 

Comme Bacurau ou Les Bonnes Manières, il s'appuie sur les clivages qui déchirent le pays. D'où vient cette tendance à témoigner ?
Katia Adler :
Le cinéma est un miroir de la société. Je crois que nos réalisateur.rice.s parlent de leurs inquiétudes. C'est très important aussi d'alerter, de dénoncer... Et oui, nous devons être honnêtes et dire que le Brésil est un pays injuste et raciste. D'ailleurs, notre long-métrage d'ouverture au Festival du Film Brésilien raconte justement l'histoire d'un jeune Noir étudiant en médecine et il a été tourné par un réalisateur Noir ; deux faits très rares dans notre pays.

Depuis une dizaine d'années, le cinéma brésilien semble s'épanouir...
Katia Adler :
Le pays dispose d'une grande diversité cinématographique. On y trouve tous les genres : des grandes comédies qui sont au Brésil des succès au box-office, des films primés dans de grands festivals internationaux, des œuvres d'animation qui voyagent aussi beaucoup ou encore des documentaires, souvent primés aussi. La production brésilienne est allée crescendo depuis des années : en 2018 par exemple, 160 films ont été produits.

L'élection de Jaïr Bolsonaro va-t-elle donner lieu à un nouveau type de cinéma ou, au contraire, les coupes économiques qui sont faites dans la culture auront-elles raison de son développement ?
Katia Adler : C'est un moment délicat. Très clairement, ce nouveau gouvernement ne veut plus de diversité. Il préfère choisir les thématiques des films, parler des "bonnes choses" du Brésil. C'est dommage parce qu'on revient en arrière… Je crois que la culture bénéficiera de moins en moins de subventions dans les années à venir. On va souffrir, des films ne se feront pas... Mais, malgré tout, on n'arrêtera pas d'en réaliser. Le cinéma est plus fort que tout. Les gouvernements passent, l'art reste. 

Vous êtes la directrice du festival du cinéma brésilien. Un mot sur cette manifestation ? 
Katia Adler :
Pour cette 22ème édition, nous proposons 26 films et un thème fort : le Brésil Vert. Et, comme toujours, beaucoup de débats entre public et invités.

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"Trois étés // VOST"