Yann Arthus-Bertrand se confie sur les 4 femmes de sa vie

Cinq ans après "Human", le photographe, reporter, réalisateur et écologiste français Yann Arthus-Bertrand nous revient, épaulé à la réalisation par Anastasia Mikova, avec le documentaire "Woman", en salles le 4 mars. Une oeuvre dans laquelle il donne la voix aux femmes du monde entier. Le Journal des Femmes l'a interrogé sur celles qui ont ponctué sa vie.

Yann Arthus-Bertrand se confie sur les 4 femmes de sa vie
© ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Installé dans un salon de sa fondation Goodplanet, il lance : "Je suis obsédé par le sens que je donne à mon travail ; je fais des films pour apprendre." Cinq ans après la sortie de Human, dans lequel il interrogeait l'humanité à travers ses éclats et ses ténèbres, le photographe et écologiste Yann Arthus-Bertrand, auteur du best-seller Le Terre vue du Ciel, nous revient avec Woman, un nouveau docu coréalisé avec Anastasia Mikova, dans lequel il donne la parole à 2000 femmes du monde entier. Lesquelles s'expriment sur des sujets variés, allant du sexe à l'éducation en passant par les violences conjugales ou les guerres. "On a mis trois ans pour le faire, avec une grosse équipe et sur la base d'une grande documentation", ajoute l'intéressé. A 73 ans, pleinement conscient de ses atouts et de ses points faibles, il poursuit avec un aveu : "Je n'étais pas du tout un féministe mais plutôt quelqu'un de l'ancienne génération. Je ne m'intéressais pas vraiment aux problématiques intimes des femmes. En faisant ce film, j'ai compris qu'être une femme, ce n'est pas être un homme", rappelant par exemple que 75% des illettrés et des pauvres sont des femmes ou que ces dernières font 50% du travail de l'humanité en ne possédant qu'1% des propriétés du monde. "Le mal est du côté des hommes : la guerre, la violence… Il faut transformer ce monde-là." En attendant de faire bouger les lignes, le Journal des Femmes lui a demandé quelles étaient les femmes de sa vie. Réponses !

Ma mère : "Je ne l'ai pas respectée pour ce qu'elle était"

Ma mère… (Il s'interrompt, essuie ses larmes et reprend) Ma mère, issue d'une bonne famille, avait 7 enfants. C'était une femme très simple. Mes parents faisaient attention à tout, à l'argent, il ne fallait pas dépenser, on sortait de la guerre, de la faim, de la mort… Elle était très catholique, inquiète, effacée, à l'ancienne, c'est-à-dire terrorisée par ce qu'on n'avait pas le droit de faire. En fin de compte, je ne l'ai pas respectée pour ce qu'elle était.

Je me souviens de la façon dont elle nous a éduqués, de la maison de campagne toujours chauffée quand on arrivait le week-end, des distances parcourues pour nous acheter des fruits... Des petits gestes qui traduisaient un sacrifice quotidien. Je ne l'ai pas assez aimée pour ça. Je ne le dis pas avec plaisir. J'étais en plus le pire gosse qu'on peut imaginer : viré de 15 écoles, sans scrupule… Quand j'ai quitté la maison à 17 ans, sans donner signe de vie, elle a pleuré pendant 6 mois. Quel salaud j'ai été ! Un jour, j'ai été la voir, en pleurant, pour m'excuser. Elle m'a répondu : 'On pardonne tout à ses enfant'. Elle aurait pourtant pu m'en vouloir.

Ma femme : "Il faut que je sois un meilleur mari avec elle"

Anne est malade, elle souffre de Parkinson. Anne se bat au quotidien contre cette maladie, qui n'est pas facile (elle en est atteinte depuis une vingtaine d'années, ndlr). Je ne suis pas forcément le bon aide-soignant. Il faut que je sois un meilleur mari avec elle, que je m'occupe davantage d'elle. On ne fait d'ailleurs jamais assez.

A notre rencontre, je me souviens qu'elle a pris ses enfants sous le bras et qu'elle est partie avec moi en Afrique, au Kenya. Elle ne s'est posé aucune question, elle a littéralement tout abandonné pour me suivre. Vraiment tout. Il n'y a que les femmes qui font ça. Je ne sais pas si des mecs peuvent tout sacrifier comme ça pour suivre une femme, au point de changer de métier, de vie... Elle était styliste et elle a tout arrêté pour moi. Depuis toutes ces années, elle est à mes côtés et elle a été très critique vis-à-vis de mon travail.     

Greta Thunberg : "Les gens qui la critiquent sont de vieux cons"

A 16 ans, elle a réussi ce que personne n'a fait avant. C'est inouï. Cette petite fille est reliée au ciel, elle a une espèce d'intelligence tellement radicale. Les gens parlent de la fin du monde comme si elle était actée tandis que Greta ne veut pas s'y résoudre, nous priant d'abandonner les énergies fossiles, d'éviter de manger de la viande… Ce n'est pas une femme politique qui cherche à être élue ou une patronne de société. Elle veut vraiment changer le monde. Elle apporte une fraîcheur dans laquelle tout le monde devrait s'engouffrer.

Tous les gens qui la critiquent sont de vieux cons. J'ai reçu des mails du type 'Comment défendez-vous cette gogole en moon boot ?' et des injures car je suis de son côté. Vous avez vu ce qu'elle a soulevé depuis son premier sit-in avec sa pancarte ! Sa force, tous les écolos comme Hulot, Cohn-Bendit ou moi, on ne l'aura jamais. J'aime les personnes qui dédient leurs vies aux autres, à l'instar également de Marie-Jo, une bonne sœur que je connais et qui reçoit des réfugiés dans le sous-sol d'une église à la Porte de la Chapelle.  

Anastasia Mikova : "On se complète"

Ça fait environ douze ans que nous travaillons ensemble, que nous faisons des films ensemble… Anastasia Mikova (réalisatrice, scénariste et journaliste franco-ukrainienne née en 1982 à Kiev) me respecte beaucoup. C'est pareil de mon côté. Elle est dure, elle a un côté femme indépendante, sans enfants… Je la trouve très souvent autoritaire, bien plus que moi, et en même temps très intelligente.

Elle est professionnelle, brillante dans tout ce qu'elle entreprend… Elle a été entièrement formée par sa mère, qui l'a portée en lui rappelant combien elle a confiance en elle, en son talent… C'est d'ailleurs elle qui l'a envoyée très tôt travailler en France. Anastasia, à son tour, a toujours pensé que sa mère était la plus belle, la plus intéressante. Elle fait en tout cas partie des femmes de ma vie pour la simple et bonne raison qu'elle est là au quotidien. On se parle tous les jours au téléphone. Et on se complète car je suis quelqu'un d'instinctif alors qu'elle est plus réfléchie et organisée. On fait les choses ensemble.