Qui est l'épatante Carolina Sanín dans UNE MERE INCROYABLE ?

Elle brille dans le rôle-titre d'"Une Mère Incroyable", en salles le 19 février. A 46 ans, l'écrivaine colombienne Carolina Sanín joue pour la première fois à l'actrice devant la caméra de son cousin, le cinéaste Franco Lolli. Elle incarne une femme dos au mur qui, face à l'adversité, décide de reprendre sa vie en main. Portrait.

Qui est l'épatante Carolina Sanín dans UNE MERE INCROYABLE ?
© Ad Vitam

En mai dernier, avec son regard évoquant celui de Diane Kruger et son intensité de jeu, Carolina Sanín électrisait la Semaine de la Critique au Festival de Cannes pour sa première apparition à l'écran. Dans Une Mère Incroyable de son cousin Franco Lolli, l'écrivaine colombienne de 46 ans incarne précisément une maman célibataire au bout du rouleau, avocate à la ville. Rattrapée par un scandale de corruption, fragilisée par le foudroyant cancer qui décharne sa maman et happée par une histoire d'amour comme elle n'en avait plus connue depuis des lustres, cette dernière embarque le spectateur dans un tourbillon d'émotions au terme duquel, peut-être, elle embrassera enfin toutes ses aspirations originelles.

Carolina Sanín, actrice par accident ?

Née le 28 avril 1973 à Bogotá de parents avocats, Sanín passe son enfance entre la capitale colombienne, Carthagène et Medellín. Elle se décrit volontiers comme une petite fille solitaire qui aimait tromper l'ennui en lisant, en écrivant et en pratiquant la natation. D'ailleurs, sous le préau de l'école catholique pour filles qu'elle fréquentait, elle savait intimement qu'elle finirait par devenir écrivaine. L'avenir lui donnera raison. "J'ai étudié la philosophie et les lettres à l'Université de Los Andes, à Bogotá, puis j'ai suivi par la suite un doctorat en littérature espagnole à l'Université de Yale", explique-t-elle. Naturellement, elle s'oriente vers un métier de transmission. "J'ai enseigné la littérature médiévale, baroque et de la Renaissance, mais aussi quelques classiques, notamment du côté de la tragédie grecque. J'ai également enseigné la traduction et l'écriture créative."

Une trajectoire de savoir et d'érudition qui va la mener tout droit vers le cinéma. "J'ai accepté le rôle d'Une mère Incroyable parce que je voulais savoir comment se fait le cinéma, commment il se fabrique de l'intérieur", confie-t-elle, l'esprit curieux et si enjoué quand il est question d'arts créatifs. "J'aime le cinéma émotionnel de Franco Lolli, la puissance avec laquelle il observe les sentiments et leurs nuances."  Sanín accepte ainsi d'endosser le rôle de Silvia, "une héroïne forte et désolée" dont elle apprécie particulièrement "la tension constante" qu'elle exhale et "la réactivité" dont elle fait preuve. Mais pas que. L'intéressée loue aussi les qualités thématiques dudit long-métrage qui, selon elle, évoquent très justement l'état de la société colombienne actuelle.  

La mort en filigrane

"Ce film est important parce qu'il dit des choses sur la société colombienne –ou latino-américaine– que je pourrais dire sur n'importe quelle autre société. Les relations entre mère et fille ou les tensions que soulève le spectre de la mort, etc… ne sont pas des problématiques locales mais typiques de la culture humaine", insiste-t-elle, précisant que Franco Lolli y traite de notre nature profonde avec un regard latino-américain, politique et social. Et ce, sans jamais folkloriser son environnement culturel pour l'adapter aux fantasmes pittoresques du public occidental. En substance ? Si vous vous attendez à voir surgir Escobar ou des cartels, passez votre chemin.

Mais pour Sanin, la véritable universalité du propos réside surtout dans le rapport à la mort : "La relation qu'il a avec elle définit l'être humain, quelles que soient sa culture et son pays d'origine. La mort est la loi à laquelle nous nous savons tous soumis. Tout ce que nous faisons dans la vie, ou presque, c'est d'en échapper ou de vivre un rêve d'immortalité", conclut-elle, avant de retourner peaufiner un nouveau roman. Une carrière au cinéma ? Oui, si les rôles en valent la peine. En tout cas, l'art pour ligne de mire, c'est certain.