Comme UN DIVAN A TUNIS, 3 pépites du cinéma tunisien à découvrir !

En salles le 12 février, "Un Divan à Tunis" marque les premiers pas de réalisatrice de Manele Labidi. Ce récit solaire d'une psy parisienne qui s'établit en banlieue de Tunis témoigne de la vitalité du cinéma tunisien. La preuve par trois.

Comme UN DIVAN A TUNIS, 3 pépites du cinéma tunisien à découvrir !
© Diaphana Distribution

Couronné d'un prix du public à Venise, passé par les cases Toronto et Saint-Jean-de-Luz, Un Divan à Tunis, première réalisation de la talentueuse franco-tunisienne Manele Labidi, soulève un véritable vent de fraîcheur. Cette comédie met en scène la sublime Golshifteh Farahani sous les traits d'une psychologue parisienne qui rentre dans son pays natal pour installer, en banlieue de Tunis, un cabinet de psychanalyse. Il faut dire que toute la nation, qui vient de sortir d'une révolution bouillonnante, a besoin de vider son sac. Véritable instantané sociétal, intelligemment dénué de saillies démagogiques, cette oeuvre s'inscrit dans une lignée de longs métrages tunisiens qui ont su capter, chacun à leur manière, le pouls d'une population tiraillée entre la tradition et la modernité. Et, avide de liberté. Au même titre qu'Un Divan à Tunis, le Journal des Femmes vous conseille ces trois films.   

A Peine J'ouvre les Yeux de Leyla Bouzid (2015)

Prix du public à Venise en 2015, A peine j'ouvre les yeux de la tunisienne Leyla Bouzid nous emmène à la rencontre de Farah. Le bac en poche –mention très bien s'il vous plait –, cette jeune fille prometteuse (incarnée par la fiévreuse Baya Medhaffar) aspire à autre chose que cette carrière médicale vers laquelle ses parents la pressent. Pourtant, pas question de courber l'échine. Mais plutôt de galoper, crinière au vent, tel un mustang, vers les ondes de la musique. Dans des bars underground de Tunis, elle accompagne son groupe avec panache, sur des airs rock, tournant le dos aux convenances sociales. Située à l'été 2010, juste avant l'avènement du Printemps Arabe, A peine j'ouvre les yeux regarde l'ère Ben Ali par le truchement de la jeunesse, expulse un vibrant cri libertaire et dézingue, plutôt subtilement, sans agressivité, un quotidien sans promesse. La résonnance universelle de son propos, sur lequel on peut faire le décalque de toutes les jeunesses étouffées, n'en est que plus forte.

Noura Rêve de Hinde Boujemaa (2019)

C'est un portrait de femme sensible. Noura Rêve de la tunisienne Hinde Boujemaa nous plonge dans le quotidien de Noura, une habitante des quartiers populaires de Tunisie. Il ne reste que cinq jours avant que son divorce d'avec son mari délinquant soit enfin prononcé. L'impatience de tomber dans les bras de son amant Lassad, qu'elle voit en cachette, la dévore et l'enivre... En prenant comme point de départ la loi nationale condamnant sévèrement l'adultère -elle fait ici office d'élément déclencheur-, la réalisatrice témoigne, avec une rage contenue, de l'oppression faite aux femmes au sein d'une société répressive, corrompue et toujours encline à fourrer son nez dans la vie des autres. Fort de son passé dans le documentaire, Boujemaa propose une œuvre aux portées réaliste et fictive, jonglant entre gros plans sur son trio principal –le mari, la femme et l'amant–, caractérisant l'enfermement, et plans plus larges dans des lieux clos : maisons, commissariats, bureaux… Dépossédée de tout apparat, l'actrice Hend Sabri étincelle dans le rôle principal.

Mon Cher Enfant de Mohamed Ben Attia (2018)

Co-produit par les frères Dardenne, Mon Cher Enfant marque la seconde réalisation du cinéaste Mohamed Ben Attia, après Hedi, un vent de liberté. Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en 2018, ce drame place le spectateur dans les yeux de Riadh, un homme plein de sagesse qui s'apprête à prendre sa retraite de cariste au port de Tunis. Son fils, Sami, va passer le baccalauréat sous peu. Très vite, les migraines de l'enfant, de plus en plus répétées, inquiètent les parents. Mais le problème est ailleurs, plus pernicieux, plus terrible, plus violent. Sami est en réalité tombé dans le trou noir de la radicalisation, répondant aux sirènes de la Syrie. En se débarrassant subtilement de toute forme de didactisme, Ben Attia fait le choix d'une mise en scène parfaitement épurée, à l'os, pour faire jaillir son propos politique dans les fissures de l'intime. Ici, il ne cherche jamais à expliquer les faits mais à les observer, sans jugement, sans donner de leçon. Une manière d'universaliser le propos en le rendant audible par le plus grand nombre. Marquant !