Laura Smet : "Je ne sais pas tricher"

Vibrante, authentique et enjouée, heureux mélange de franchise, de générosité et de spiritualité, Laura Smet nous subjugue par sa sincérité... Confidences.

Laura Smet : "Je ne sais pas tricher"
© VILLARD/NIVIERE/SIPA

C'est à quelques jours du Réveillon de Noël que Laura Smet se livre à nous. Elle affectionne cette période car elle "adore offrir des cadeaux et faire des surprises". A l'heure "des fêtes, de la tradition et du dîner à la maison avec la dinde aux marrons", Laura Smet est à l'affiche de La Sainte Famille de Louis-Do de Lencquesaing, en salles le 25 décembre. Elle incarne la cousine rebelle, la seule qui s'est construite loin des bonnes mœurs et des manières affectées…

Pouvez-vous nous présenter votre personnage ?
Laura Smet :
 Je joue Marie-Laure, une femme énigmatique et séduisante qui est là sans l'être. Elle a fui ses origines pour vivre, librement, en solitaire. C'est quelqu'un de sérieux, de studieux, de mystérieux, loin des convenances et du paraître.

"Je choisis des personnages qui me ressemblent"

Marie-Laure est issue de l'aristocratie, du vouvoiement en famille, des allures guindées… N'est-ce pas aux antipodes de vous ?
Laura Smet : C'est à l'opposé de moi, mais comme elle, j'ai essayé de me défaire de mon milieu, de ne plus être la "fille de". Je faisais le voyou, le caïd au collège. Je me donnais un genre qui m'éloignait au maximum de l'image qu'on voulait me coller. Généralement, je choisis des personnages qui me ressemblent.

Rejoindre le casting d'un film sur la famille, était-ce un défi ou de l'ironie ?
Laura Smet : Louis-Do de Lencquesaing m'a proposé le scénario bien avant la polémique. C'est de l'humour sur soi et je trouve que cela dédramatise l'histoire sordide que je traverse. La Sainte Famille a été tournée avec très peu de moyens, en cinq semaines. C'est ce genre de cinéma, sensible et simple, à la Claude Sautet, que j'aime et que je veux défendre. Une belle aventure. 

Partir, couper le cordon, forcer la séparation d'avec ses proches peut-il sauver un individu ?
Laura Smet : La famille est le socle des névroses. Nos parents sont des êtres humains, avec leurs failles... Comme les autres, ils font des erreurs. Enfant, nous prenons exemple sur eux en pensant bien faire. On ne naît pas avec des névroses… Cela peut venir d'une accumulation de petites choses ou d'un choc violent. C'est un sujet psycho-philosophique ! (rires)

© Pyramide Films

Louis-Do de Lencquesaing dit vous avoir choisie, en partie, pour votre "regard de loup". Avez-vous conscience de votre part animale ?
Laura Smet : Je le ressens et c'est un compliment. Je travaille mon interprétation en écoutant mon instinct et sans l'aide d'un coach. Entre "action" et "coupez", je suis en totale liberté, sans aucune peur, cette impression accentue mon côté sauvage… 

Paradoxale, vous dégagez douceur et énergie physique, puissance et délicatesse…
Laura Smet : C'est une posture contradictoire que j'adopte inconsciemment. Je fais beaucoup de yoga et de sport pour me canaliser.

"Physiquement, je ne me plais pas"

Vous mettez parfois votre corps à nu dans les magazines, à l'écran, où placez-vous le curseur de la pudeur ?
Laura Smet : La nudité ne m'effraie pas tant qu'elle n'est pas gratuite. J'accepte les clichés dénudés et les scènes d'amour quand c'est artistique. Physiquement, je ne me plais pas, mais une séance photo peut me redonner confiance. Face à l'objectif, je ne suis pas moi-même. Il y a un lâcher-prise salvateur. 

Vous faites une belle carrière, dans des films exigeants. Est-ce la comédie qui donne du sens à votre vie ou votre identité marquée qui vous permet ces choix osés ?
Laura Smet : Avant, la comédie me faisait exister, rythmait ma vie et je menais une course contre la montre. Aujourd'hui, j'ai assez de force en moi pour gérer mes envies, les tournages et séparer les sphères personnelle et professionnelle. Je ne pourrai pas vivre sans le cinéma, mais ma vie privée est aussi importante que ma carrière. 

"Me voilà heureuse et apaisée"

À quel point avez-vous changé depuis vos débuts ?
Laura Smet : J'ai fait des erreurs, puis un virage à 380 degrés… J'aurais pu choisir la mauvaise direction, mais me voilà heureuse et apaisée. 

Cette sérénité est-elle compatible avec la passion ?
Laura Smet : On peut être contemplatif et dans l'intensité. J'adore observer les autres. Quand on veut réaliser, se nourrir de cette manière est primordial, tout comme l'imagination, la poésie, la folie. Je ne connais pas l'ennui. Je sais ne rien faire. Je peux être passive pendant une semaine : regarder des films, des séries, aller au cinéma, puis d'un seul coup, me mettre à écrire et cela devient une obsession. A la maison aussi, j'ai des phases compulsives… de rangement ! (rires)

"J'ai choisi ce métier. En devenant actrice, j'ai accepté de m'exposer"

© Pyramide Films

Vous êtes active sur les réseaux sociaux. Comment gérez-vous cette mise en scène et le contrôle de votre image !
Laura Smet : Avant, j'étais sur Facebook et j'ai été hackée. Cet épisode m'a vaccinée… Je ne suis pas accro à Instagram, mais j'apprécie les interactions et la contextualisation. Personne ne gère mon compte à ma place. Je laisse les commentaires, même les plus désobligeants. 

La Sainte Famille aborde aussi le thème de la séparation entre vie publique et vie privée…
Laura Smet : J'ai choisi ce métier. En devenant actrice, j'ai accepté de m'exposer, de faire la promotion des films, de parler aux journalistes, de poser dans la presse… Mais lorsqu'on touche à ma vie privée, c'est un autre registre. 

"J'ai trouvé la bonne personne et tout a changé"

Comment faites-vous respecter votre intimité ?
Laura Smet : C'est une décision doublée d'un apprentissage. J'ai épousé un homme (le chef d'entreprise Raphaël Lancrey-Javal, ndlr) qui n'est pas connu et qui n'a pas envie de se retrouver dans cette machine de guerre. J'avais besoin de quelqu'un qui me replace dans une normalité. J'ai trouvé la bonne personne et tout a changé. Cela fait sept ans que nous sommes ensemble, à bonne distance du showbiz.
D'ailleurs, si je vois un paparazzi prendre en photo mon beau-fils, je peux me transformer en pitbull. Je deviens dingue, cela me renvoie à un traumatisme insupportable. Enfant, j'ai été très protégée. En grandissant, j'ai pris conscience de la notoriété de mes parents et intériorisé leur fonctionnement. Heureusement, il y a moins d'acharnement envers les acteurs qu'envers les chanteurs pour qui c'est d'une violence inouïe.

Dans La Sainte Famille, chacun se crache des choses odieuses au visage. Préférez-vous une vérité cruelle ou un doux mensonge ?
Laura Smet : Les doux mensonges, je les ai crus… Cela fait mal et c'est long à cicatriser… Dans mon couple, j'ai la chance d'échanger beaucoup et avec honnêteté. Dans mes relations amicales comme au travail, je n'arrive plus à faire semblant, à mentir. Ne pas être vraie, mentir, m'est devenu impossible. Je ne sais pas tricher.

© Pyramide Films

Avez-vous une carapace pour les paroles blessantes ?
Laura Smet : Généralement, je ne réponds rien sur le moment. Ensuite, je passe par des phases de tristesse, puis de colère. Je ne crains pas les engueulades... 

Et la critique, l'entendez-vous ?
Laura Smet : J'essaye de la comprendre, de m'en servir pour m'améliorer... mais c'est difficile. Parfois, je m'en fiche. Il faut se tromper, échouer, faire ses propres bêtises pour apprendre et se perfectionner !

Vous évoquez souvent la nature comme une dimension importante de votre culture…
Laura Smet : Complètement. Moi qui n'ai jamais cru en dieu, je ressens une force qui me dépasse et me met les larmes aux yeux, lorsque je suis au contact des arbres, des animaux. Je peux marcher 5 heures dans la forêt, me vider la tête en faisant du cheval… C'est mon équilibre.

La Sainte Famille de Louis-Do de Lencquesaing avec Laura Smet, Léa Drucker, Marthe Keller... Le 25 décembre au cinéma