Alice T., Duelles, Gloria Bell… : nos coups de cœur ciné du 1er mai 

C'est une belle semaine pour le cinéma avec quelques coups de cœur de plus que d'habitude. "Alice T.", "Duelles", "Gloria Bell", "Dieu existe, son nom est Petrunya" et "Coming Out" sont nos conseils ciné de la semaine !

Alice T., Duelles, Gloria Bell… : nos coups de cœur ciné du 1er mai 
© Bac Films

Alice T. de Radu Muntean

Là où une colonie de cinéaste aurait répondu aux sirènes du pathos, Radu Muntean surprend par sa sobriété avec Alice T., le portrait tourmenté d'une adolescente adoptée, qui tombe enceinte. Cet événement, loin d'être heureux comme le veut l'expression, plonge bientôt sa mère dans le désarroi, elle qui n'a d'ailleurs jamais réussi à avoir d'enfant biologique. S'appuyant sur une réalisation simple en apparence, mais extrêmement chiadée sur les choix des plans, le cinéaste roumain investit les crevasses et les blessures qui séparent la mère et la fille pour brosser un drame familial tout en tension, en détresse retenue, en colère (dé)rangée. Ce faisant, il transforme le spectateur en témoin à part entière d'un véritable tsunami domestique. Dans Alice T., le plus important se joue toujours dans le secret, à l'abri de l'évidence. Quelque part entre les quatre murs des foyers. Une manière de titiller l'épicentre des sentiments. A ce jeu, Muntean vise toujours juste et fort. Mention spéciale à la formidable jeune comédienne Andra Guţi qui traverse le film comme une étoile incandescente. Son prix d'interprétation à Locarno n'est clairement pas volé !

Avec Andra Guţi, Mihaela Sîrbu, Cristine Hambaseanu (1h45)

"ALICE T. // VF"

Duelles d’Olivier Masset-Depasse

En 2010, il signait l’intense Illégal, récit glaçant d'une mère russe placée dans un centre de rétention en Belgique, après un contrôle de police. Le metteur en scène belge Olivier Masset-Depasse y dénonçait avec rage le sort réservé aux clandestins. Neuf ans plus tard, il retrouve son actrice fétiche, Anne Coesens, à l’occasion d’un changement radical de genre. Cette fois, l'intéressé troque le réalisme et l’approche documentaire pour embrasser les codes du thriller en adaptant le roman Derrière la haine de Barbara Abel. L'histoire ? Nous sommes au début des années 1960. Alice et Céline vivent avec leurs familles dans la banlieue de Bruxelles. Elles s'adorent, mais leur amitié s’assombrit quand l’enfant unique de la seconde meurt accidentellement. La mère éplorée se rapproche dès lors du fils de la première, comme pour remplacer son défunt garçon. C'est le début d'une spirale infernale dans laquelle Anne Coesens et Veerle Baetens -la formidable interprète d’Alabama Monroe est impeccable en figure hitchcockienne- donnent le meilleur d’elles-mêmes. C’est aussi l’occasion pour le cinéaste d’explorer une face très sombre de la maternité. Vous êtes prévenus.

Avec Veerle Baetens, Anne Coesens, Mehdi Nebbou (1h33)

"Duelles // VF"

Dieu existe, son nom est Petrunya de Teona Strugar Mitevska

Chaque épiphanie, dans de nombreux pays d'Europe de l'Est, des lancers de croix sont organisés par la communauté orthodoxe. La règle : être un homme, plonger et rapporter le précieux pour se voir garantir le bonheur et la prospérité. En 2014, dans la ville de Stipe, en Macédoine, une femme surprend tout le monde en participant aux festivités et en faisant main basse sur la croix, provoquant un tollé. Ce fait divers a donné naissance à Dieu existe, son nom est Petrunya, le cinquième long-métrage de Teona Strugar Mitevska, lequel a été présenté en compétition à la dernière Berlinale, où il a remporté le prix du jury œcuménique. A l'écran, la cinéaste révèle une primo-actrice extraordinaire, découverte dans une troupe de théâtre comique : Zorica Nusheva. La qualité de son incarnation de Petrunya, proprement géniale, permet d'épaissir tous les propos sociétaux qui gravitent autour d'elle. Ici, il est question surtout de dénoncer le patriarcat, l'archaïsme religieux et ces sociétés qui continuent à croire que la femme ne doit pas déroger à des règles (pseudo) préétablies. En cela, cet opus s'avère aussi salutaire qu'important.     

Avec Zorica Nusheva, Labina Mitevska, Simeon Moni Damevski (1h40)

"Dieu existe, son nom est Petrunya // VOST"

Coming Out de Denis Parrot

A l'origine monteur et infographiste, Denis Parrot a commencé sa carrière en tant que stagiaire sur le film La Fille sur le pont de Patrice Leconte. Cette année, il signe avec Coming out son premier long-métrage : un opus d'une petite heure dont l'utilité publique est immense. En effet, dans une société où l'homophobie continue de prospérer, blesser et tuer, l'intéressé a eu la très belle idée de livrer un bien précieux en rassemblant plusieurs témoignages vidéo de jeunes gens ayant dévoilé leur orientation sexuelle sur internet. Il a ainsi visionné plus de 1 200 vidéos de coming out sur les réseaux sociaux, lesquelles ont été mises en ligne entre 2012 et 2018, pour n'en garder que quelques-unes, venant des quatre coins du monde (du Japon à la France en passant par le Kenya). Tour à tour déchirants, émouvants, glaçants ou drôles, selon la réaction des proches, ces moments offrent une peinture sociétale actuelle, un instantané éclairant qui permettra peut-être à d'autres parents de te tendre l'oreille et à d'autres enfants de rompre le silence. Pour qu'il n'y ait plus de souffrance. Jamais.   

Avec de véritables témoignages (1h03)

"COMING OUT // VOST"

Gloria Bell de Sebastián Lelio

Depuis Loin du paradis de Todd Haynes, la grande Julianne Moore n’avait pas été à ce point sidérante. En lui offrant le rôle principal du remake de son propre film -pour lequel la comédienne Paulina García avait gagné l'Ours d'argent de la meilleure actrice à en 2013-, le cinéaste chilien Sebastián Lelio la met au pinacle de sa beauté, de son talent et de sa cinégénie. Gloria Bell est une œuvre sous forme de déclaration d’amour à son interprète principale, ici impériale sous les traits d’une quinquagénaire à la liberté et à l’indépendance inspirantes. Il suffit d’un premier plan où on la voit apparaître au milieu d’une boite de nuit, dansant autour de célibataires, pour comprendre qu’on ne la quittera plus des yeux. L’entreprise toute entière pèse d’ailleurs sur ses solides épaules. Et c’est avec passion et émotion qu’on l’accompagne dans ses aventures, ses petites et grandes révolutions, ses erreurs et ses éclats. Qu’il fait bon également de la voir croiser de nouveau la route de l’excellent (et trop rare) John Turturro, plus de vingt ans après The Big Lebowski.

Avec Julianne Moore, John Turturro, Caren Pistorius (1h41)

"GLORIA BELL // VOST"