Rebelles, McQueen, Rosie Davis : nos coups de cœur ciné du 13 mars 

Embarquez dans une comédie azimutée avec trois rebelles, entrez dans l'esprit et le souvenir d'un génie de la mode, vivez la descente aux enfers d'une famille jetée à la rue… "Rebelles", "McQueen" et "Rosie Davis" sont les films qui nous ont émus cette semaine. Trois sorties en salles à ne pas manquer.

Rebelles, McQueen, Rosie Davis : nos coups de cœur ciné du 13 mars 
© Le Pacte

Rebelles d'Allan Mauduit

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Sandra (Cécile de France), Marilyn (Audrey Lamy) et Nadine (Yolande Moreau) partagent le même emploi d'ouvrière dans une conserverie de poissons de Boulogne-sur-Mer. Leur quotidien morose bascule lors d'un terrible incident. En se défendant des avances sexuelles de leur patron libidineux, la première lui coupe en effet le pénis. Complices, les deux autres vont préférer le laisser crever et se partager le sac plein d'argent qu'il a laissé par terre. S'ouvrent alors des aventures virevoltantes et chaotiques, mafia à la clé, qui vont dynamiser, pour le meilleur (et surtout le pire), les fondements de leurs petites vies rangées. Fortement influencé par les comédies noires à l'américaine, par les films de Quentin Tarantino ou des frères Coen, Allan Mauduit, scénariste de la série Kaboul Kitchen (dont il a réalisé la première saison) et co-réalisateur de Vilaine en 2007, fait là ses tous premiers pas en solo derrière la caméra. Avec succès ! Son trio d'actrice, inspiré et libre, apporte le pep's et la folie rock nécessaires à un scénario sans baisse de régime, qui soigne les situations cocasses sans tomber dans la satire ou la caricature. Rebelles s'inscrit, l'air de rien, dans la mouvance de l'ère post #MeToo, en octroyant aux femmes tous les pouvoirs et en offrant à ses comédiennes, parfaites de drôlerie, les traits d'héroïnes jubilatoires. Pour elles, comme pour le public.   

Avec Cécile de France, Audrey Lamy, Yolande Moreau (1h27)

"REBELLES // VF"

McQueen d’Ian Bonhôte et Peter Ettedgui

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Que vous soyez féru de mode, arpète ou novice en la matière, laissez-vous tenter. Bien que McQueen revienne par le menu sur la vie tumultueuse du génie de la haute couture Alexander McQueen, ce documentaire d’Ian Bonhôte et Peter Ettedgui passionne surtout par sa volonté farouche de percer, entre les images d’archives et les témoignages en nombre (des amis et de la famille), le mystère qui gravite autour de son sujet. En cela, cette œuvre sort clairement du cercle des happy few pour interpeler le plus grand nombre. Car oui, il est très difficile de ne pas être fasciné par la manière dont les humeurs, les failles et les fêlures de cet artiste ont infusé, éclaté et émerveillé au fil de ses créations, aussi originales que provocatrices –ses collections Highland Rape ou Jack l’éventreur n’ont clairement pas laissé indifférents. Brodé avec sensibilité et intelligence, cet hommage à l’enfant terrible de la mode qu’était McQueen ne néglige aucun aspect de sa vie –de ses débuts à Saint Martin's School de Londres jusqu’à l’intégration de la maison Givenchy en passant par le lancement de sa propre marque. Ses deux réalisateurs nous font passer par le chas de leur caméra pour nous convier, avec une délicate force, dans une vie de fracas et de succès, et dont la triste issue (un suicide à 40 ans) laissera le spectateur ému et sonné. 

Avec Alexander McQueen (1h51)

"MCQUEEN // VOST"

Rosie Davis de Paddy Breathnach

Tout part d’un témoignage à la radio. Le scénariste Roddy Doyle est bouleversé par les mots chargés de douleur d’une sans-abri en quête d’un logement pour sa famille. Séance tenante, ce dernier prend alors sa plume et donne vie à son héroïne, Rosie Davis. Avec quatre enfants dans les bras et un mari qui tente d’essuyer des plâtres qui tombent comme une pluie drue, cette héroïne loachienne –éblouissante Sarah Greene– se bat comme une lionne pour que les siens aient un toit chaque soir. Depuis que leur propriétaire a décidé de vendre la maison dans laquelle ils vivaient, les membres de la famille vivent au jour le jour, à l’article de l’épuisement total. Sans tomber dans le misérabilisme, le cinéaste Paddy Breathnach célèbre la combativité de Rosie, sa force, son abnégation, tout en retraçant, grâce à une mise en scène naturaliste, son inexorable descente aux enfers. Ce drame social prend de fait à la gorge et asphyxie le spectateur, littéralement plongé dans la précarité des personnages, souvent prisonniers d’une voiture qui slalome dans les rues de l’incertitude, telle un radeau de la méduse. Les séquences en question, filmées depuis l’habitacle, donnent à comprendre et à vivre, viscéralement, le sentiment de promiscuité et d’étouffement qui envahit ceux que la vie a pris de court, a bousculé et broyé. On en ressort hagards et blessés par les crocs de l’injustice

Avec Sarah Greene, Moe Dunford, Ellie O'Halloran (1h26)

"ROSIE DAVIS // VOST"