Virginie Efira : "Je n'ai pas de mystère"

Virginie Efira prête sa voix à Maggie dans "Croc-Blanc", le nouveau film d'animation d'Alexandre Espigares en salles le 28 mars. Un exercice auquel se prête avec plaisir l'actrice à l'intonation douce mais assurée. Nous l'avons rencontrée pour parler cinéma, féminisme et pédagogie.

Virginie Efira : "Je n'ai pas de mystère"
© Frederic Sierakowski / Is/SIPA

C'est les yeux pétillants et le sourire aux lèvres que Virginie Efira pénètre dans la chambre du luxueux hôtel parisien où nous l'attendons. Volubile, l'actrice répond sans tabou et avec finesse à nos questions sur Croc-Blanc, le nouveau film d'animation d'Alexandre Espigares, dans lequel elle prête sa voix à Maggie, femme de shérif douce et bienveillante. Un personnage à son image. 

Qu'est-ce qui vous a motivée à intégrer l'aventure Croc-Blanc ?
J'avais déjà fait quelques films d'animation et c'est un exercice que j'aime beaucoup. Comme on n'est pas en train de jouer dans les paysages, on doit restituer une réalité qui n'existe pas et on doit donc convoquer notre imaginaire. J'avais également déjà travaillé avec le producteur et j'aimais beaucoup la figure mythique de Croc-Blanc. Je connais extrêmement bien les films d'animation. J'ai une fille et j'adore partager avec elle des choses qui peuvent nous plaire à toutes les deux.

Aviez-vous lu Croc-Blanc ?
Non. Si un jour je lis du Jack London, ça sera d'abord Martin Eden. En revanche, je connaissais l'histoire de Croc-Blanc et je savais ce que cela signifiait. Ce qui me plaît c'est que c'est un livre qui peut être lu par des enfants, par des adolescents, mais qu'il n'est pas catégorisé comme tel. Croc-Blanc a une puissance d'émotion très forte qui montre la sauvagerie, la dureté, l'injustice. On ne peut pas raconter le bien si on ne veut pas raconter le mal. Tout cela je le dis à ma fille, je n'ai pas de mystère. J'aime montrer ce qu'est le monde.

Quels sont les avantages du film d'animation ?
Il n'y a aucune limite : pour faire naître une émotion, un univers, cela peut se faire dans le minimalisme du dessin. Pour l'acteur qui arrive dans ce processus, il n'y a à l'inverse presque que des contraintes. En même temps, c'est là que cela devient intéressant. Avec une multitude de contraintes, on fait surgir quelque chose de vivant et de personnalisé, qui trouve une harmonie avec tout ce qui existe déjà sur l'écran.

En quoi les méthodes de travail sont-elles différentes d'un film classique ?
Tout est différent. Il n'y a pas de préparation. Tout se passe sur des nuances d'interprétation, des toutes petites choses. Quand je prépare un film, sur certains rôles, il y a des choses que je fais très en amont. Pour l'animation, ce n'est pas ce travail-là. Dans Croc-Blanc, je joue une humaine, une femme assez douce. Ma tessiture vocale devait convenir à ce qu'ils imaginaient du personnage.

En quoi vous sentez-vous proche du personnage de Maggie ?
Ce que j'aime chez elle, c'est l'idée du non-jugement de l'autre, de la compréhension, d'aimer sans vouloir posséder. Elle sait que la place de Croc-Blanc est une place de liberté, de terre sauvage. Elle lui fait confiance, elle le regarde en ne voulant pas contraindre sa nature propre. Elle le responsabilise. Ce sont des valeurs qui me parlent, qui me guident. Est-ce que je suis capable de ça tout le temps ? Peut-être pas, mais c'est vers cela que je tends.

On dit que l'homme est un loup pour l'homme : c'est un peu le cas ici dans Croc-Blanc, où les hommes font parfois preuve d'une grande cruauté entre eux : en quoi cela reflète-t-il notre société actuelle ?
Cela dépeint des strates d'une société très existante. L'homme blanc prend le pas sur l'homme indien. On a une idée de possession, de supériorité et de rapport de force. Le mal est inhérent à l'homme, mais n'existe pas chez l'animal. On le voit au début du film : il y a la loi de la nature. Soit on est un prédateur soit une proie, mais cela correspond à des besoins naturels. Croc-Blanc découvre avec Beauty Smith des choses d'une grande laideur. 

Croc-Blanc sera diffusé dans les écoles : qu'apporte la pédagogie par les films selon vous ?
Énormément de choses. Le cinéma est un outil philosophique extrêmement important. Cela permet, par l'histoire et par l'image, de passer par l'émotion avant la théorisation. J'ai toujours aimé les travaux d'analyse de films, de livres, parce qu'on sent les choses et après on essaie de mettre des mots dessus. De plus, Croc-Blanc est de mère chienne et de père loup. Cette espèce de double identité lui donne une force supérieure, mais le met aussi en difficulté. Le film peut être une manière de parler de toute cela : de l'immigration, de savoir à quoi on appartient quand on est multiple et de savoir comment cela peut être une richesse.

Dans un film d'animation, l'acteur ne se montre pas. Accordez-vous de l'importance à l'image que vous renvoyez ?
Avec l'image, on n'est pas dans l'être, mais dans la représentation. C'est quelque chose qui nous échappe et qu'il faut renoncer à contrôler. C'est comme si ça n'existait pas vraiment. La manière dont les gens interprètent notre image ne nous regarde pas. Mais si je lis des critiques ou des trucs négatifs, j'aurais le défaut de penser que la personne en face a raison. C'est mon côté maso.

Êtes-vous engagée dans la cause animale ? 
Oui, mais je ne suis pas Bardot.

Une cause vous tient également particulièrement à cœur : celle des femmes. Vous avez rejoint #MaintenantOnAgit, en quoi était-ce important pour vous de soutenir ce mouvement ?
Ce que j'ai bien aimé dans le #MaintenantOnAgit, c'est l'idée de l'action concrète. Tout le monde dit qu'il y a une parole qui s'est libérée et c'est amusant qu'on ne puisse pas dire que ce sont les femmes qui ont pris cette parole. Il y a eu une déferlante de prises de position, où tous les concepts me semblaient un peu mélangés, pas toujours très audibles. J'ai l'impression qu'on peut être militant tout en ayant de l'ironie. Chaque chose forte peut être nuancée ou interrogée. C'est intéressant de voir ce que cela a dégagé dans l'intime et lors de discussions. C'est devenu un sujet, on en fait quelque chose. Maintenant il faut se dire : "Il y a des inégalités là, il faut des moyens pour telle ou telle association."

D'où vous vient votre engagement féministe ?
J'ai eu conscience de cela il y a longtemps. Quand on est acteur, on vous propose des personnages et forcément ça raconte quelque chose de vous et de votre vision du monde. J'ai fait quelques films grand public où l'on m'a dit : "Ce n'est pas politique". Mais justement les films qui sont vus par le plus grand nombre sont politiques. Comme je dois faire des choix dans mes rôles, je me demande toujours : "Qu'est ce que j'ai envie de raconter du rapport hommes-femmes ?". Aujourd'hui, le mot "féminisme" est martelé, chacun a sa notion du féminisme, mais ça crée des débats et c'est cela qui est intéressant.

En tant qu'actrice et personnalité, a-t-on le devoir de faire entendre les voix de ceux ou celles qui ne peuvent pas parler ?
Je ne crois pas. Cela voudrait dire que tous les acteurs, parce qu'ils sont sur le devant de la scène, auraient un devoir. Est-ce qu'un acteur est forcément un représentant politique ? Est-ce que tout le monde est obligé de donner son petit avis sur tout dans cette société ? Je pense qu'il s'agit toujours d'une conscience propre et que les devoirs qu'on a n'engagent que soi-même. 

Quel film d'animation montrez-vous à votre fille ?
Mon voisin Totoro.

Le livre que vous adoriez enfant ?
Tout Roald Dahl.

Comme Maggie, seriez-vous prête à tout quitter pour vivre en forêt ? 
Pas du tout.

L'aventure que vous aimeriez vivre ? 
J'ai le fantasme d'une chose que je ne ferai jamais : les gens qui partent en bateau avec leurs enfants pendant 1 an.

Votre plus grande peur ?
La vitesse et l'avion.

Si vous deviez vous réincarner en animal, lequel serait-ce ? 
En oiseau.

Qu'est-ce qui vous fait montrer les crocs ?
L'acceptation globale d'un discours rabaissé. 

Croc Blanc d'Alexandre Espigares avec les voix de Virginie Efira et Raphaël Personnaz (1h20).

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