Dans cette grande ville du Sud, 200 000 nouveaux moustiques tigres apparaissent chaque semaine

Dans la métropole de Lyon, les moustiques tigres se multiplient à un rythme vertigineux. Chaque semaine, 200 000 spécimens supplémentaires viennent grossir les rangs. Mais ce n'est pas forcément une mauvaise nouvelle...

Dans cette grande ville du Sud, 200 000 nouveaux moustiques tigres apparaissent chaque semaine
© 123RF

Le chiffre a de quoi faire frémir. Sur l'ensemble de la saison, ce sont près de 5 millions d'Aedes albopictus qui vont s'envoler au-dessus de cette commune du sud-est de Lyon, dispersés depuis 30 points de lâcher répartis dans toute la ville. De quoi alimenter, à première vue, le pire cauchemar des riverains déjà excédés par les piqûres estivales. Sauf que derrière cette opération massive se cache une stratégie bien précise, validée par la mairie elle-même.

Car ces moustiques-là ne sont pas tout à fait comme les autres. Élevés en laboratoire par la start-up montpelliéraine Terratis, ils sont exclusivement mâles, donc incapables de piquer, et surtout totalement stériles. Le principe peut sembler déroutant : pour faire disparaître les moustiques, on en relâche encore plus. Mais l'objectif est bien d'écraser la population locale en saturant la zone de prétendants inoffensifs.

Le maire LR Mickaël Paccaud a signé le 24 avril dernier un contrat de trois ans avec Terratis, pour un coût de 60 000 euros par an. L'objectif est ambitieux : diviser par deux la population locale de moustiques tigres dès la première saison, puis atteindre 90 % de réduction au bout de deux ans. Florian Vernichon, responsable terrain chez Terratis, expliquait en juillet 2025 dans Sud Ouest le mode opératoire : les insectes sont élevés dans de grands bacs d'eau, triés à l'état de nymphe grâce à un filtre, puis stérilisés par rayons X. Une fois lâchés, ils s'accouplent avec les femelles sauvages, mais celles-ci pondent des œufs vides toute leur vie durant.

Mions devient ainsi le troisième territoire français à expérimenter cette technique à grande échelle, après Brive-la-Gaillarde et Montpellier en 2025. Une réponse jugée nécessaire face à l'avancée fulgurante du moustique tigre, désormais implanté dans les 12 départements d'Auvergne-Rhône-Alpes, selon le bilan dressé le 23 avril par l'ARS. Près de 80 % des habitants de la région vivent aujourd'hui dans une zone colonisée, et les cas de dengue ou de chikungunya y progressent.

Le pari de Mions s'inscrit dans un mouvement bien plus large. À l'échelle mondiale, le moustique reste l'animal qui tue le plus, avec 750 000 décès chaque année liés aux maladies qu'il transmet. De quoi attirer même les géants de la tech : Google, via sa maison-mère Alphabet, a lancé le projet "Debug", qui prévoit de relâcher 30 millions de moustiques mâles stériles en Californie et en Floride, dès que le gouvernement américain donnera son feu vert.

La technique employée est légèrement différente : les mâles sont contaminés par la bactérie Wolbachia, qui les rend stériles sans rayons X. Les premiers tests grandeur nature, menés à Singapour, ont permis de réduire de 80 à 90 % la population de moustiques et de faire chuter de 70 % les cas de dengue en un an, selon le ministère local de l'Environnement. Bref, à Mions comme à Miami, le futur de la lutte anti-moustiques tient en une phrase : combattre le mal par le mal.