HER ou le futur de l'amour

L'amour 3.0. Est-ce ce qui nous attend ? Dans le film "Her", en salles le 19 mars, un homme esseulé tombe amoureux d'un OS (un système d'exploitation), posant la question de l'amour virtuel. Réalité ou fiction ?

HER ou le futur de l'amour
© Wild Bunch Distribution

Dans "Her" de Spike Jonze, au cinéma cette semaine, Theodore Twombly (Joaquin Phoenix) tombe amoureux d'un programme informatique qu'il nomme Samantha (la voix de Scarlett Johansson). La scène ne se passe pas dans un futur lointain mais dans un futur bien proche : ici pas de voitures volantes, mais un quotidien qui ressemble beaucoup au nôtre à quelques exceptions près, seulement relatives aux évolutions de la technologie. Et étant donné la vitesse d'évolution dans ce domaine, la scène pourrait bien prendre place en 2029 par exemple, date à laquelle Ray Krzweil (ingénieur chez Google et théoricien du transhumanisme et de la singularité technologique) prédit que les ordinateurs seront plus intelligents que les humains. En effet, dans une interview donnée à The Observer, il expliquait que d'ici 15 ans, les ordinateurs sauront faire des blagues, raconter des histoires et même flirter. Autrement dit, exactement ce que fait le programme informatique dans le film. 
Theodore, très seul après une rupture douloureuse, découvre ainsi une alternative attrayante à la solitude. Samantha, version (très) évoluée de Siri (l'assistant personnel intelligent d'Apple), va finalement prendre de plus en plus de place dans sa vie, à l'instar d'une autre femme. On peut comprendre cet homme, puisque la voix de cet OS a tout de celle de la femme parfaite : Samantha est capable de lire des livres en une seconde, de trier tous les mails de Theodore selon ses attentes personnelles et d'accéder à toutes les informations possibles et inimaginables en ligne. Elle est également autonome, capable de de faire preuve d'empathie et même de faire des blagues. En un mot, elle est véritablement attachante. Et surtout, chaque jour, elle évolue par elle-même : comme un être humain.
Theodore tombe donc amoureux de cette femme parfaite, l'emmène partout grâce à son téléphone portable et lui fait découvrir le monde, lui-même redécouvrant ce monde à travers le regard pur d'une "femme" qui ne connait encore rien de la vie.

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Her © Wild Bunch Distribution

Est-il possible de tomber amoureux de quelqu'un que l'on n'a jamais vu ? Les créateurs de sites de rencontres en sont convaincus. D'autant plus qu'avec la technologie, on a affaire à une mise en scène de l'identité. Sur les réseaux sociaux, les images sont choisies avec soin et l'on se "détague" de celles que l'on ne préfère pas montrer. Notre image est embellie et laisse place à l'imagination. Par ailleurs, la vérité aussi peut facilement être arrangée et un message "Je sors du lit" peut se transformer en un plus voluptueux "Je sors de la douche".
Dans le film, la voix de Samantha pourrait très bien appartenir à une femme laide, mais l'intonation chaude et sensuelle de Scarlett Johansson laisse Theodore se persuader du contraire et s'imaginer une femme rêvée.

Est-ce le futur de l'amour ? Nous sera-t-il possible de combler un vide affectif et émotionnel par la présence au quotidien d'un programme informatique dans notre vie ? La question est bien réelle est mérite d'être posée. 

Selon Pascal Couderc, psychanalyste, le piège c'est que "cette relation n'est pas basée sur la réalité". L'amour pousse ceux qui le ressentent à rechercher une proximité physique, une sexualité aussi, qui est ici impossible, ou frustrée. Malgré tout, sortir avec son OS, est-ce mieux qu'être seul ? "La technologie n'est peut-être pas le meilleur moyen pour exprimer ses sentiments mais s'il est le seul, alors c'est mieux que rien", avait déclaré Spike Jonze. 

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Her © Wild Bunch Distribution

HER ou le futur de l'amour
HER ou le futur de l'amour

Dans "Her" de Spike Jonze, au cinéma cette semaine, Theodore Twombly (Joaquin Phoenix) tombe amoureux d'un programme informatique qu'il nomme Samantha (la voix de Scarlett Johansson). La scène ne se passe pas dans un futur lointain mais dans...