Des milliers de mots incompréhensibles, des plantes inconnues et des dessins de femmes plongées dans d'étranges bassins. Le manuscrit de Voynich a de quoi donner du fil à retordre aux historiens. Depuis plus de cent ans, les spécialistes essaient de comprendre ce que racontent ses 240 pages, sans succès. Même l'intelligence artificielle a fait chou blanc... Pourtant, deux chercheurs viennent de repérer un détail qui avait échappé à leurs prédécesseurs.

Pour comprendre leur découverte, il faut remonter au début du XVe siècle, époque à laquelle remonte le parchemin utilisé pour fabriquer cet ouvrage. Son écriture, dite le "voynichais", ne correspond à aucune langue connue. "Il pourrait s'agir d'un code, d'une langue disparue, de charabia ou de quelque chose de complètement différent", explique Lisa Fagin Davis, directrice générale de la Medieval Academy of America, au site Gizmodo, dans des propos rapportés par le Smithsonian Magazine. En attendant, personne ne peut dire ce que raconte ce document, conservé depuis 1969 à l'université Yale.

Et si le problème ne venait pas seulement du texte ? C'est la question qui a germé dans l'esprit de Lisa Fagin Davis et Colin Layfield, chercheur à l'université de Malte. Dans une récente étude, ils avancent une explication : les pages du manuscrit auraient été reliées dans le mauvais ordre. À l'origine, l'ouvrage aurait été constitué de feuilles pliées individuellement, mais une personne incapable de comprendre leur contenu les aurait ensuite assemblées incorrectement. Autrement dit, les chercheurs essaieraient depuis tout ce temps de lire un livre dont les pages sont mélangées.

Cette hypothèse repose sur plusieurs indices. En 2020, Lisa Fagin Davis avait déjà identifié cinq écritures différentes dans le manuscrit. Or, comme le souligne Colin Layfield à Gizmodo, "normalement, un seul scribe écrit dans un cahier". Ici, plusieurs écritures se mélangent. Plus étrange encore, "il existe plusieurs exemples où l'image déborde de la page au milieu et réapparaît de l'autre côté, malgré la présence de nombreuses pages intermédiaires", précise Lisa Fagin Davis à Live Science. Une grande tache d'eau présente également des contours qui ne correspondent pas d'une feuille à l'autre.

Pour vérifier leur hypothèse, les chercheurs ont comparé les ressemblances entre les différentes parties du texte. "Nous l'analysons comme un texte et partons du principe qu'il contient un message", explique Colin Layfield. Certaines pages aujourd'hui éloignées présentent ainsi de fortes similitudes.

"Tous ces problèmes s'éclaircissent", souligne Lisa Fagin Davis. Le texte reste toutefois indéchiffrable. Et, ironie de l'histoire, cette mauvaise reliure a peut-être sauvé le manuscrit : sans elle, les feuilles seraient restées séparées et auraient eu bien plus de risques de se perdre au fil des siècles.