Sur le papier, on sait assez bien ce qu'on cherche chez quelqu'un. Il y a les critères vraiment importants, ceux sur lesquels on pense pouvoir faire quelques concessions et les fameux "rédhibitoires". Puis il y a la vraie vie, où la personne rencontrée ne correspond pas forcément au portrait-robot imaginé. Elle peut avoir beaucoup de qualités, mais aussi des défauts qui nous agacent, des habitudes qui nous dérangent ou des réactions qui nous déçoivent. Faut-il y voir le signe qu'on n'est pas avec la bonne personne ? Non et c'est peut-être même un bon signe pour la suite. Flavie Taisne, sexothérapeute et autrice de "Les Portes du désir" et "Aimer de tout son corps" (Éditions Eyrolles), a expliqué pourquoi au Journal des Femmes.

Car aimer quelqu'un ne signifie pas qu'il répondra toujours à nos attentes. Pour la sexothérapeute, accepter cette réalité constitue même une étape importante dans une relation. "Quand nous faisons l'expérience que l'autre peut nous décevoir et que nous pouvons quand même l'aimer, c'est la preuve que nous nous aimons vraiment", nous explique-t-elle. Autrement dit, ce n'est pas parce que notre partenaire ne réagit pas comme on l'espérait, ne partage pas tous nos goûts ou possède des défauts que nos sentiments sont moins solides. Cela signifie aussi que nous commençons à le voir tel qu'il est, et non plus seulement tel que nous voudrions qu'il soit.

Il y a d'ailleurs une attente que Flavie Taisne retrouve régulièrement dans son cabinet : celle d'une relation qui devrait être naturellement facile. "Ce que j'observe souvent en consultation, c'est la surestimation de la spontanéité dans le couple. Beaucoup de personnes semblent penser que quand ce n'est pas évident, quand ce n'est pas facile, c'est peut-être qu'il y a un problème." Or, devoir parler d'un sujet qui fâche, traverser une période de doute ou constater que l'autre ne réagit pas comme on l'aurait souhaité ne signifie pas automatiquement que l'histoire est mauvaise.

Cette attente vient aussi de l'idée qu'il existerait quelque part une personne parfaitement faite pour nous. Or "l'une des premières prises de conscience que j'invite les personnes à faire lorsqu'elles arrivent en thérapie, c'est que le partenaire parfait n'existe pas". Pour la sexothérapeute, "il existe beaucoup de personnes avec qui il est possible de construire une belle relation". L'enjeu serait donc moins de dénicher quelqu'un qui répond à tous nos besoins que de choisir une personne avec laquelle une relation satisfaisante peut réellement se construire. Flavie Taisne estime d'ailleurs que "pour que la relation perdure dans le temps, le deuil du partenaire idéal ou du partenaire parfait est nécessaire". Le respect, la liberté dans le couple et la capacité à discuter sont les vrais repères à avoir en tête. Au fond, mieux vaut peut-être chercher quelqu'un avec qui les désaccords peuvent se régler, les différences se vivre et la relation évoluer, plutôt qu'une personne imaginaire qui adore les mêmes films, range parfaitement ses chaussettes et devine nos besoins avant même qu'on ouvre la bouche.