Vanessa Springora, frappée par la mort de son père après avoir livré l'amour pédophile de Gabriel Matzneff

Est-on réellement consentante lorsque l'on est séduite à 14 ans par un adulte ? Dans "Le Consentement", Vanessa Springora dépeint ses jeunes années d'adolescence assombries par sa relation avec l'écrivain Gabriel Matzneff, de 36 ans son aîné. L'autrice doit désormais faire face au drame de la mort de son père, décédé le 8 janvier, et qui a longtemps été absent de sa vie.

Vanessa Springora, frappée par la mort de son père après avoir livré l'amour pédophile de Gabriel Matzneff
© De Russe Axelle/ABACA

Vanessa Springora, autrice de l'ouvrage qui accule Gabriel Matzneff, Le Consentement, est frappée par un drame. Son père, avec lequel elle n'a pas grandi, est décédé, nous apprend Le Parisien. La directrice des éditions Julliard, qui devait parler de son livre sur le plateau de l'émission La Grande Librairie sur France 5, le 8 janvier, a dû annuler sa venue. "Une terrible et triste nouvelle de dernière minute. (...) Nous venons d'apprendre il y a quelques instants la mort du père de Vanessa Springora. Il n'est donc évidemment pas possible qu'elle soit en direct ce soir sur ce plateau. Nous comprenons très bien et il nous faut annuler et/ou je l'espère reporter l'émission initialement prévue", a expliqué l'animateur François Brusnel sur le compte Twitter de l'émission. 

Vanessa Springora : l'œuvre qui suscite la polémique

Le livre qui déchaîne les passions, Le Consentement, de Vanessa Springora, est désormais disponible en librairies. Dans cet ouvrage, la directrice des éditions Julliard, âgée de 47 ans, relate sa relation ambiguë avec l'écrivain Gabriel Matzneff, réputé pour ses déclarations choc et son penchant (très) prononcé pour les mineurs. La jeune femme décrit avec effroi sa rencontre passionnée et l'emprise qu'a exercée sur elle l'auteur, de 36 ans son aîné.
Vanessa Springora dénonce l'inaction de la société face aux préférences pour les jeunes garçons et filles de Gabriel Matzneff qu'il a toujours affichées fièrement, dans une époque éblouie par un vent de libération sexuelle. "Je l'ai rencontré en 1986. On le connaissait. Il y a eu un dysfonctionnement de toutes les institutions : scolaire, policière, hospitalière... C'est ça qui est sidérant face à un militant de la cause pédophile qui a publié des textes en ce sens et qui s'en glorifie. La loi aurait pu et dû s'en mêler (...) C'est l'hypocrisie de toute une époque qui doit être remise en question", déclare l'autrice au Parisien
Après avoir longuement étudié le contenu de l'ouvrage de l'autrice, le parquet de Paris a ouvert une enquête pour viols sur mineur de 15 ans, en dépit de l'absence de plainte. L'affaire est confiée à l'Office central de répression des violences faites aux personnes (OCRVP). Il est précisé dans le communiqué que tout sera mis en œuvre pour "identifier toutes autres victimes éventuelles ayant pu subir des infractions de même nature sur le territoire national ou à l'étrange".

Vanessa Springora : comment elle a "mordu à l'hameçon"

En 1986, alors qu'elle n'a que 13 ans, elle rencontre l'écrivain lors d'un dîner professionnel auquel elle assiste au côté de sa mère, attachée de presse dans l'édition. L'adolescente, qui grandit avec une mère divorcée et un père absent, est immédiatement captivée par l'aura de Gabriel Matzneff. Évidemment, à cette époque, elle ignore que l'écrivain a publié plusieurs essais qui indiquent indubitablement la nature de ses désirs. En effet, en 1974, dans son livre Les Moins de Seize Ans, il écrit : "Lorsque vous avez tenu dans vos bras, baisé, caressé, possédé un garçon de 13 ans, une fille de 15 ans, tout le reste vous paraît fade, lourd, insipide". Des "citations terrifiantes", commente aujourd'hui la directrice des éditions Julliard.

Gabriel Matzneff, qui fait tout pour séduire la jeune fille, commence à faire de lourdes approches en lui écrivant des lettres dans lesquelles il souligne son besoin de la revoir ou en l'attendant à la sortie de l'école. Il la surnomme "ma belle écolière". Vanessa Springora craque. Commence alors une relation sexuelle entre l'adolescente et l'adulte. "Dès que j'ai mordu à l'hameçon, G. ne perd pas une minute. Il me guette dans la rue, quadrille mon quartier. ( ..) Nous échangeons quelques mots et je repars transie d'amour", explique-t-elle dans son ouvrage.

Vanessa Springora, face à "une époque complaisante"

Lorsque sa mère est mise au courant de leur histoire, celle-ci montre les signes d'une légère inquiétude. Mais elle ne s'alarme pas assez, constate Vanessa Springora avec le recul. "Passés la surprise, le choc, elle consulte ses amis, prend conseil autour d'elle. Il faut croire que personne ne se montre particulièrement inquiet. (...) Il faudrait aussi un environnement culturel et une époque moins complaisants", se souvient la directrice des éditions Julliard.

De surcroît, sa mère, amoureuse de lettres, continue à inviter Gabriel Matzneff à dîner. Comment ne pas être impressionnée par son indéniable talent d'écrivain ? Elle considère "comme beaucoup de gens qui ont eu 18 ans en 1968, qu'il ne faut rien interdire à sa fille", explique Vanessa Springora dans ELLE.

L'illusion de la passion avec Gabriel Matzneff

L'adolescente est prise dans le tourbillon malsain de ce qu'elle croit être un "grand amour" : "À 14 ans, on n'est pas censée être attendue par un homme de 50 ans à la sortie de son collège, on n'est pas supposée vivre à l'hôtel avec lui, ni se retrouver dans son lit, sa verge dans la bouche à l'heure du goûter", lit-on dans l'ouvrage de Vanessa Springora.

Vanessa Springora se considérait "comme une complice"

Ce n'est qu'un peu plus tard que la toute  jeune femme commence à prendre conscience des travers du personnage. Elle apprend qu'il entretient d'autres aventures en parallèle et que ses "partenaires" sont des filles et garçons de moins de 16 ans. Vanessa Springora, qui se sent trahie, prend alors son courage à deux mains et rédige une lettre de rupture à celui qu'elle croit aimer. Lui, ose relater leur histoire en la rebâtissant à sa sauce dans ses écrits et utilise les initiales de la jeune femme, Vanessa S. ou V.S. Cette dernière est brisée. Elle ne trouve aucun échappatoire. 

Ce n'est qu'au fil d'une longue psychanalyse et d'une pénible remise en question que la jeune femme commence à prendre conscience de son manque de discernement à l'époque et du fait que l'écrivain ait pu profiter de sa vulnérabilité.

Pendant des années, elle se sent coupable, se dénigre, regrette, mais n'ose pas dénoncer le comportement de celui qu'elle croyait aimer. "Je m'étais d'emblée considérée comme une complice. Il m'a fallu du temps et un certain nombre de thérapies pour identifier que plusieurs de mes problèmes découlaient directement de cette histoire. Troubles de l'identité, de la sexualité, de la socialisation, difficultés à trouver une place dans la vie... Le début de mon existence était très mal parti", détaille-t-elle auprès de ELLE.

Vanessa Springora aura mis des décennies à se défaire de l'emprise de Gabriel Matzneff.