Natacha Henry : "La Journée de la Femme, ce n'est pas la journée de la galanterie !"

A l'occasion de la Journée de la Femme, la journaliste Natacha Henry, auteur de "Les filles faciles n'existent pas" revient sur la place des femmes dans la société actuelle et sur les évolutions en matière d'égalité des sexes.

 

Ce samedi a lieu la Journée Internationale de la femme. Que pensez-vous de cette journée ? Représente-t-elle quelque chose pour vous ? 

Elle a le mérite de mettre sur le devant de la scène des thématiques qui sont rarement abordées le reste de l'année. Alors, bien sûr, cela fait un peu gadget mais je crois que les associations féministes qui travaillent toute l'année dans l'ombre tiennent beaucoup à cette journée. Elles peuvent bénéficier de subventions pour organiser des rencontres et des manifestions. Je pense notamment au planning familial qui agit au quotidien pour la protection et la santé de femmes. En tout cas, ce ne n'est pas la journée de la galanterie. C'est complètement idiot d'offrir une rose à sa femme ce jour-là par exemple !

Si vous deviez choisir un événement majeur dans la lutte pour l'égalité entre homme et femme, lequel serait-il ?

Je vous en citerais quatre : la pilule du lendemain dans les lycées, la parité inscrite dans la constitution française, le viol retenu comme statut de crime et la législation sur le harcèlement sexuel aux Etats-Unis. Non pas que je sois pour la culture du procès mais je pense que ce genre de loi a un effet sur certains comportements masculins vulgaires et inadmissibles.

"Mettre en avant les associations qui aident les femmes au quotidien"


D'après vous, la situation des femmes dans le monde s'est-elle améliorée ou détériorée ces derniers années ?

Une chose vraiment positive : le travail que fait l'Unicef pour l'accès à l'éducation des femmes dans les pays pauvres. J'ai pu m'en rendre compte lors du reportage que j'ai réalisé en Ethiopie sur les mariages de petites filles. Malheureusement,  beaucoup de choses se sont aussi dégradées. Je pense notamment à la prostitution, aux trafics d'êtres humains, et à l'utilisation du viol comme arme de guerre.

Ce week-end ont également lieu les Municipales. La proportion des femmes en politique reste très faible. Pensez-vous que les hommes politiques et les partis politiques font suffisamment pour promouvoir les femmes ?

Au niveau gouvernemental, les femmes ont enfin trouvé leur place. C'est essentiel et cela permet aux jeunes filles de pouvoir s'identifier. Mais le plus gros du problème reste au niveau local. Il y a encore trop peu de femmes députés et maires. Pour s'impliquer politiquement dans une ville ou une circonscription, les femmes doivent mener de front plusieurs activités. Comment voulez-vous qu'elles s'en sortent si les réunions du conseil municipal se déroulent à 20 h ? Si elles ne sont pas soutenues par leur conjoint, c'est presque impossible. Je constate aussi que certaines femmes n'osent pas franchir le pas car elles ne se sentent pas légitimes et qu'elles ont peur de parler en public.

Dans votre dernier livre "Les filles faciles n'existent pas", vous lancez un message fort contre le moralisme ambiant et le sexisme. Qu'est-ce qui vous a le plus interpelé en écrivant ce livre ?

J'ai été frappée de constater à quel point les femmes d'aujourd'hui ont intégré cette notion de "fille facile". "Il ne faut pas s'habiller trop court", "il faut faire attention à sa réputation"... C'est fou toute cette pression sociale qui pèse sur les femmes. Prenez l'exemple de Carla Bruni ou même de Monica Lewinsky. La façon dont ont les a traitées à cause de leurs aventures amoureuses est vraiment injuste ! Cela fait preuve d'un certain conservatisme.
Encore aujourd'hui, il y a cette théorie qui dit que les hommes ont des pulsions et que ce sont aux femmes de faire attention à ne pas les réveiller en s'habillant de telle ou telle manière. C'est un discours moralisateur et extrêmement culpabilisant. Je tiens à dire qu'il y a aussi des femmes, habillées en jean, victimes de viol !

Avez-vous un dernier message à transmettre aux hommes et aux femmes qui souhaitent agir pour l'égalité entre homme et femme ?

Ayez des relations apaisées et libres. Et ne croyez plus que les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus. C'est complètement faux !

Natacha Henry : "La Journée de la Femme, ce n'est pas la journée de la galanterie !"
Natacha Henry : "La Journée de la Femme, ce n'est pas la journée de la galanterie !"

  Ce samedi a lieu la Journée Internationale de la femme. Que pensez-vous de cette journée ? Représente-t-elle quelque chose pour vous ?  Appel à témoins Que pensez-vous de la Journée de la Femme ? : Témoignez ! Elle a le mérite...