Lolita Chammah : "J'ai vécu un délire amoureux avec mon fils"

Lolita Chammah nous estomaque dans un monologue puissant sur les difficultés de la maternité, dans la pièce de théâtre "La Visite", au théâtre du Rond-Point, à Paris. L'actrice s'est confiée sur son anxiété, son fils, et son rapport avec sa mère, Isabelle Huppert.

Lolita Chammah : "J'ai vécu un délire amoureux avec mon fils"
© Aurore Marechal/ABACAPRESS.COM

Lolita Chammah campe une jeune mère extenuée, éreintée, voire même accablée, par la maternité, dans La Visite, une pièce de théâtre écrite et mise en scène par Anne Berest, au théâtre du Rond-Point, à Paris, jusqu'au 17 octobre. Un spectacle époustouflant durant lequel le public devient un personnage à part entière. Chaque spectateur est pris à parti dans ce monologue saisissant que déclame l'actrice de 37 ans.
La fille d'Isabelle Huppert et Ronald Chammah, mère d'un petit Gabriel, 7 ans, nous a reçu chez elle, dans son petit appartement haussmanien, pour évoquer la "douleur" de son métier, sa relation avec sa mère et son lien particulier avec son fils.

Il paraît que c'est vous qui avez proposé à Anne Berest de créer ce spectacle...
Lolita Chammah :
J'avais envie de jouer un monologue depuis longtemps et j'admirais le travail d'Anne Berest. Je n'étais pas sûre qu'elle veuille se lancer dans cet exercice très spécial d'écrire pour une actrice un seule-en-scène, mais cela l'a tout de suite intéressée. Lorsque je l'ai rencontrée dans un café pour en parler avec elle, elle m'a vue en tant que jeune mère, et elle m'a imaginée recouverte de mon propre lait… C'est à partir de ce "fantasme" qu'est née l'idée d'une femme qui vient d'avoir un bébé et qui vit une véritable révolution. 

Le fait de déclamer ce monologue devant une salle comble, lumières allumées, est un exercice périlleux… 
Lolita Chammah :
Je me suis préparée psychologiquement à cette chose difficile, de savoir que j'allais être comme dans une arène, en face des gens, et affronter leur regard brutal. C'est quelque chose d'assez jouissif, mais c'est fatigant. Au moment où je vous parle, je suis exténuée, si je pouvais dormir trois jours, ce serait génial (rires). J'ai toujours considéré le théâtre comme une épreuve, quelque chose de violent et douloureux. Je n'ai pas beaucoup confiance en moi, alors, quand je joue devant un public, je dépasse mes limites, encore plus avec un spectacle comme celui-ci. Mais j'y trouve une liberté que je n'ai ressentie nulle part ailleurs.

"J'ai vécu un délire amoureux avec mon fils"

Il y a cette phrase qui résonne, dans la salle et dans l'esprit, de votre personnage : "Les mères sont des assassins"...
Lolita Chammah :
Le texte a une violence, une colère. Mais cette sorte de Médée, qui n'en n'est pas vraiment une, raconte aussi une histoire d'amour entre une mère et sa fille. C'est cette histoire d'une mère envahie par toutes sortes d'émotions, en guerre contre elle-même et qui va trouver sa façon à elle de vivre la maternité. Je sais à quel point toutes les mères sont différentes…

Lolita Chammah et Isabelle Huppert © Aurore Maréchal/Abaca

En tant que mère d'un petit garçon, vous reconnaissez-vous dans ce personnage ? 
Lolita Chammah :
Les questions de la maternité me concernent depuis 7 ans, mais je ne peux pas dire que je me reconnais dans ce personnage. J'ai vécu certains états qu'il a traversés. Je reconnais mon intensité, mon anxiété… Mais cette pièce ne reflète pas mon rapport à la maternité. Quand mon enfant est né, j'ai eu l'impression que je le connaissais depuis toujours et que c'était la personne qui me comprenait le plus au monde… dès la première seconde où je l'ai vu ! J'ai plutôt vécu un épisode inverse, une forme de délire amoureux.  

Comment avez-vous vécu l'accouchement ?
Lolita Chammah :
C'est un traumatisme pour le corps, c'est éprouvant, mais c'était l'un des plus beaux jours de ma vie, même si mon personnage ne dirait pas ça (rires). Voir apparaître pour la première fois cette petite chose que j'ai créé dans mon ventre, c'était intense, fascinant. Ce que je trouve incroyable, c'est cette altérité qu'il y a chez mon fils, je vois quelqu'un d'autre, je ne me reconnais pas énormément. Cela m'émeut beaucoup.  

"Ma mère n'est pas ma muse"

Comment parvenez-vous à allier votre carrière d'actrice et votre vie de mère ?
Lolita Chammah :
C'est une vraie question… Lorsque l'on est actrice, on vit tellement hors de la réalité… C'est un quotidien de chaos et d'émotion. C'est dur pour soi, pour les proches. Mais s'il y a une chose qui me ramène au réel, c'est mon enfant ! Mon fils me comble… Beaucoup de choses ont commencé grâce à lui. Je suis même devenue plus libre depuis qu'il est là.

Est-ce votre mère qui vous a inspiré à devenir l'actrice que vous êtes ?
Lolita Chammah : 
La transmission, c'est un peu mystérieux. Je ne sais pas bien pourquoi je suis devenue actrice. J'ai toujours baignée dans cet univers grâce à elle, mais elle n'a jamais été ma muse. Je l'aime comme ma mère, je n'ai pas un rapport de fascination avec elle.

Si vous pouviez être n'importe où en ce moment, où seriez-vous ?
Lolita Chammah :
Je serais dans une cabane, dans une forêt... avec mon fils (rires) !

Découvrez La Visite, mis en scène par Anne Berest, Avec Lolita Chammah - jusqu'au 17 octobre au Théâtre du Rond Point à Paris