Matthieu Delormeau : "La drogue abîme très vite le corps, j'ai presque perdu 50% de vision de l'œil droit" - EXCLU

De retour à la télévision dans l'émission "Tout Beau Tout N9uf", Matthieu Delormeau a connu une véritable descente aux enfers après avoir plongé dans la drogue. Il raconte cette période sombre dont il est ressorti plus fort dans un livre vérité. Interview exclu pour le "Journal des Femmes".

Matthieu Delormeau : "La drogue abîme très vite le corps, j'ai presque perdu 50% de vision de l'œil droit" - EXCLU
© Franck Derouda/SIPA

Analyste financier avant de devenir animateur, Matthieu Delormeau a présenté sur NRJ12 l'émission Tellement vrai puis Le Mag, qu'il a produit pendant 8 ans. En 2015, il rejoint l'équipe de Touche pas à mon poste ! sur C8 et prend ensuite la tête de TPMP People jusqu'en 2023. Aujourd'hui chroniqueur dans Tout Beau Tout N9uf, il se livre dans l'ouvrage Addictions (Ed. Leduc) où il évoque sans filtre sa dépendance à la drogue et aux médicaments et alerte sur leurs dangers. Interview exclusive pour Le Journal des Femmes.

La mort de Loana a provoqué une immense vague d’émotion et vous avez déclaré qu’il n’y avait que deux options quand on est dépendant : "l’abstinence ou la mort”. C’est très fort !

Matthieu Delormeau. Quand on est dépendant, on finit par avoir le déclic soit parce qu’on veut s’arrêter pour sa santé, soit parce qu’on a un projet. Mais cette fenêtre de tir, Loana ne l'a jamais eue... Cela fait longtemps que je n’étais plus en contact avec elle mais je pense qu’elle n’avait pas le bon entourage. Sa maman l'aimait beaucoup mais leurs rapports étaient compliqués. Et puis ses amis parlons-en... Depuis sa mort, j’ai entendu au moins 9 personnes se présentant comme le ou la meilleure amie de Loana. C’est quand même fascinant parce qu'elle était en réalité complètement seule.

Addictions © Editions Leduc

Dans votre livre, vous expliquez que vous avez plongé dans les addictions à 48 ans alors que tout allait bien dans votre vie. Vous faisiez de la télévision, vous aviez votre société de production et un compagnon depuis trois ans. Avec du recul était-ce la fameuse crise de la cinquantaine avec un peu d’avance ?

Effectivement je ressentais une forme de lassitude. J'ai le sentiment qu'à l'approche des 50 ans, cela fait 25 ans qu'on travaille et on n'a plus forcément beaucoup de motivation pour son métier. On n'ose pas lancer de nouveaux projets et on stagne. Le couple, c'est pareil. Le soir on regarde les mêmes séries, on a les mêmes week-ends et les mêmes vacances. Et un jour on se dit : "Mais ce n'est pas la vie que je veux." C’est un peu ce qui m’est arrivé et qui m’a poussé à tout envoyer valser. C’était en fait un début de dépression mais je ne l’ai pas vu venir du tout.

C’est un couple de médecins qui vous a fait découvrir cocaïne et GHB. Un paradoxe non ?

Je me suis dit que si deux médecins me proposaient de la drogue, c’est que cela ne pouvait pas être si dangereux et que dans tous les cas, je ne risquais rien. Et pourtant…

Le cœur tape vraiment très fort lors d'un premier rail 

La cocaïne est désormais plus pure et donc très différente de celle que vous aviez consommé à petites doses quand vous étiez plus jeune. Que contient-elle et quelles sont les conséquences de cette forme plus "pure" ?

Elle est beaucoup plus puissante et a des effets beaucoup plus intenses. Le cœur tape vraiment très fort lors d’un premier rail et, surtout, la dépendance est beaucoup plus rapide. Même pure à 90 %, elle contient aussi du paracétamol, du mercure, de l’essence etc. Un médecin m’avait dit que si on en prenait tous les jours, au bout d’un an c’était fini : la pieuvre avait attrapé tes deux jambes et t'avait tiré au fond.

Quelles ont été les conséquences physiques de votre consommation de drogue ?

La drogue abîme très vite le corps. Je tremblais en permanence, mon œsophage était entièrement brûlé et j’ai presque perdu 50% de vision de l’œil droit, à présent à moitié fermé. Le cartilage de mon nez se délitait totalement et au fond de ma bouche, deux de mes dents commençaient à noircir.

Et les conséquences psychologiques ?

C’est encore pire. Je suis devenu complètement parano. Agressif, je surinterprétais chaque regard, chaque mot et je suis devenu encore plus dépressif. 

© Lionel Antoni

Vous avez été arrêté par la police plusieurs fois et vous dites dans votre livre à quel point justice comme police ignorent le fait que les personnes dépendantes sont avant tout malades. Leur réponse est-elle adéquate ?

Pas du tout ! Quand vous êtes interpellé et placé en garde à vue, c’est extrêmement violent. Vous en ressortez seulement avec une amende de 800 euros, une leçon de morale et l’injonction de ne plus recommencer. Le monde judiciaire et médical est complètement à côté de la plaque. Un toxicomane est un malade et cela ne sert à rien de l’enfermer en cellule pendant des heures, puis de le renvoyer chez lui sans médicaments, sans suivi, en lui disant juste : 'Si tu recommences, gare à toi.' Parce qu’il va recommencer, pas par vice, mais parce qu’il est malade.

Quel est le message que vous aimeriez passer aux jeunes concernant les dangers de la drogue ?

Les gens que je croise dans la rue me disent souvent que je suis courageux. Or c’est de ne pas commencer qui est courageux. Il ne faut pas aller vers la facilité en prenant de la drogue ou de l’alcool quand on ne va pas bien. Il faut toujours s’informer avant de plonger et c’est la raison pour laquelle j’ai écrit ce livre !