Michel, 72 ans, est en robe de chambre, prêt à s'installer devant la télévision lorsque son téléphone sonne. Il est 21 heures. Le numéro, qui lui semble familier, est celui d'une ligne fixe. A l'autre bout du fil, un homme qui se présente comme un conseiller de son agence bancaire. "Il m'a informé que des manœuvres frauduleuses étaient en cours sur mon compte et qu'il fallait les stopper", se souvient le retraité. Son interlocuteur semble très bien informé, l'appelle par son nom de famille, connaît sa ville de résidence. "Il m'a dit qu'il y avait urgence à agir très vite", explique Michel. 

Le faux conseiller demande alors à Michel de se rendre sur son espace bancaire où deux opérations sont en attente de validation. Seule solution pour protéger son argent, autoriser ces transactions. L'escroc crée un sentiment d'urgence, parle avec assurance et maintient sa victime au téléphone. "Il était très sérieux, très convaincant. J'ai eu peur alors j'ai fait ce qu'il m'a dit", regrette aujourd'hui le septuagénaire, peu à l'aise avec les outils informatiques. Son interlocuteur le rassure, il ne reste plus qu'une seule étape : bloquer sa carte bancaire. Mais l'arnaque prend alors un tour pour le moins rocambolesque. 

"Il m'a dit que pour accélérer la procédure, il allait venir chercher ma carte directement chez moi. Je sais que cela peut sembler incroyable, mais je l'ai cru. J'étais complètement paniqué", témoigne Michel. Dix minutes plus tard, un homme se présente en bas de son immeuble : "Je n'ai pas eu à lui donner mon adresse, il la connaissait !". Michel lui remet sa carte en mains propres, et le faux conseiller l'informe que le rendez-vous est pris dans son agence bancaire pour le lendemain matin 10 heures, où il pourra récupérer sa nouvelle carte bancaire. 

Lorsqu'il se présente à son agence le lendemain matin, personne ne l'attend. Aucun rendez-vous n'a été pris. "Mon conseiller (le vrai, cette fois !) m'a reçu. Il a consulté mon compte et m'a annoncé que deux opérations de 800 euros avaient été effectuées, ainsi qu'un retrait de 200 euros la veille au soir", raconte Michel. Le retraité comprend alors qu'il a été victime d'une escroquerie particulièrement bien ficelée. "Je ne me suis pas méfié parce qu'il connaissait mon nom, mon adresse, ma banque. Son discours était bien rodé", ajoute-t-il.

Après plusieurs mois de démarches, sa banque lui rembourse un peu plus de la moitié des 1 800 euros dérobés. "Je pense que neuf fois sur dix, les gens flairent l'arnaque et raccrochent immédiatement. Mais parfois, ça marche… J'ai seulement été un peu plus bête que les autres", confie Michel, qui raconte avoir essuyé quelques reproches de la part de son épouse. "Mais mon conseiller m'a aussi aidé à déculpabiliser. Ce sont des arnaques fréquentes, et les personnes âgées y sont particulièrement vulnérables", conclut-il.