Les cyberattaques ne cessent de se multiplier en France et les institutions ne sont plus épargnées. Ces derniers mois, les piratages du ministère de l'Intérieur, de l'Éducation nationale, de la DGFiP, ou encore les fuites de données du dispositif Vacaf et dans la grande distribution ont touché des millions de citoyens. Cette explosion du vol de données concerne désormais un Français sur deux et n'épargne plus le secteur privé, exposant chacun à une vague massive d'arnaques, d'usurpations d'identité et de phishing.
Face au piratage récent du fisc, le ministre des Comptes publics, David Amiel, a annoncé un plan d'urgence reposant sur le bug bounty. Ce système de "chasse aux primes", déjà adopté par Apple, Google ou Microsoft, récompense financièrement toute personne qui débusque une vulnérabilité avant les cybercriminels. Pour mener ces assauts légaux, l'État compte s'appuyer sur une communauté très restreinte : seuls 6 000 experts possèdent les compétences nécessaires en France.
Connus sous le nom de "white hats" ou hackers éthiques, ces spécialistes traquent les failles en toute légalité. Parmi les figures de la scène française figurent Kévin (alias "Mizu"), Clément Domingo (alias "SaxX"), qui sensibilise les jeunes cybercriminels pour les faire basculer du bon côté, ou Hanissa (alias "Pwnii"), classée parmi les meilleures du pays avec plus de 300 failles découvertes et une prime record de 50 000 € pour une seule brèche. Selon YesWeHack, il faut généralement moins de 8 heures à ces experts pour débusquer une première vulnérabilité. Lorsque la faille est jugée critique, les primes versées par l'État ou des géants du CAC 40 (Doctolib, Decathlon, Louis Vuitton) peuvent atteindre jusqu'à 500 000 €.
De quoi donner envie à chacun de se reconvertir ou de se lancer dans cette voie. Car l'image du hacker autodidacte opérant seul depuis sa chambre appartient au passé : le métier s'appuie désormais sur des parcours structurés recensés par l'Onisep. Accessible dès Bac+3 (via des BUT en cybersécurité ou des licences professionnelles en sécurité des réseaux), la profession s'exerce fréquemment à Bac+5, avec un diplôme d'ingénieur ou un master spécialisé en cybersécurité. En complément de ce cursus académique, des certifications internationales réputées (comme l'OSCP, le CEH ou le CISSP) viennent attester d'un haut niveau d'expertise technique auprès des recuteurs.
Au-delà de la technique, le métier repose avant tout sur des valeurs strictes : 99 % de ces experts font le choix délibéré de mettre leur expertise au service de la protection de tous. Face à des menaces toujours plus rapides, faire appel à leur agilité n'est plus une option, mais une nécessité pour la sécurité numérique du pays.