Il y a d'abord les cris, les pleurs, les "non" à répétition et parfois une porte qui claque. Puis, enfin, le calme revient. L'enfant s'éloigne, arrête de crier ou se remet tranquillement à jouer et, côté parents, le réflexe est assez naturel : maintenant qu'il m'écoute, on va pouvoir parler de ce qui vient de se passer. Après tout, cinq minutes plus tôt, essayer d'expliquer la situation n'aurait servi à rien. Sur ce point, l'intuition est plutôt bonne. Pendant une grosse colère, un enfant n'est pas dans les meilleures dispositions pour écouter une explication sur les règles de la maison ou réfléchir à la façon dont il aurait pu réagir. Il est surtout occupé à gérer ce qu'il ressent.
Mais il y a un piège : arrêter de hurler ne signifie pas retrouver instantanément toutes ses capacités d'écoute. Il existe un petit temps de décalage entre le moment où la crise semble terminée et celui où l'enfant est vraiment capable de reparler calmement de ce qui s'est produit. Jeffrey Bernstein, docteur en psychologie, insiste précisément sur l'importance de ce moment dans un article publié dans le magazine Psychology Today. Le spécialiste explique que l'enfant "commence à peine à se calmer" et qu'une intervention trop rapide peut transformer ce qui semblait être le bon moment pour discuter en une nouvelle phase de conflit.
C'est donc là que se trouve l'erreur : dans les dix minutes qui suivent la colère, mieux vaut ne pas exiger immédiatement des excuses, annoncer les conséquences de son comportement ou lancer le grand débriefing familial. Pour l'expert, demander "Tu as compris pourquoi je me suis fâché ?", réclamer un pardon sur-le-champ ou repartir sur tout ce qui n'allait pas, peut remettre l'enfant sous tension alors qu'il commençait seulement à en sortir. Le problème n'est donc pas d'en reparler, bien au contraire, mais de vouloir le faire tout de suite.
Le plus utile consiste donc à laisser passer ce court sas sans chercher à obtenir quoi que ce soit. Pas besoin pour autant d'ignorer l'enfant ou de transformer le salon en monastère. Jeffrey Bernstein conseille plutôt une réponse courte du type : "Nous sommes tous les deux contrariés par cela. Parlons-en plus tard." On peut alors reprendre une activité normale, proposer un verre d'eau s'il en veut, s'occuper du repas ou simplement laisser chacun retrouver ses esprits. Puis, lorsque l'ambiance est vraiment redescendue, la conversation peut alors être beaucoup plus concrète.
Enfin, le moment venu, inutile de ressortir l'intégralité du dossier depuis la maternelle : mieux vaut revenir précisément sur ce qui vient de se passer. "Tu avais le droit d'être en colère parce qu'on arrêtait le dessin animé, mais tu ne peux pas me taper" est beaucoup plus clair qu'un long discours sur le respect. On peut ensuite chercher avec l'enfant ce qu'il pourrait faire la prochaine fois : dire qu'il est en colère, demander encore une minute, aller se calmer dans sa chambre ou venir chercher de l'aide.