Quand on arrive à la banque avec 5 000, 10 000 ou 20 000 euros à placer, le conseiller commence généralement par poser quelques questions. À quoi servira cet argent ? Pendant combien de temps souhaite-t-on le laisser de côté ? Est-on prêt à prendre un peu de risque pour gagner davantage ? Puis vient le moment des propositions : assurance-vie, PEA, PER, fonds d'investissement… Et là, mieux vaut ne pas se contenter du pourcentage présenté sur la brochure.
L'Autorité des marchés financiers (AMF) s'est justement intéressée à la façon dont se passent ces rendez-vous. Entre septembre 2025 et février 2026, 145 visites mystères ont été réalisées dans 11 grandes banques de réseau. Les faux clients avaient deux profils : certains voulaient jouer la sécurité, tandis que d'autres acceptaient davantage de risque pour tenter de faire fructifier leur épargne. La plupart se présentaient comme de simples prospects, mais certains allaient jusqu'à ouvrir un compte-titres et investir. De quoi voir ce qui se passe vraiment une fois assis face au conseiller.
Dans cette enquête, l'AMF met alors le doigt sur un problème : le conseiller ne donne pas toujours toutes les informations permettant de savoir ce que le placement rapportera vraiment. Mieux vaut donc prendre les devants et lui poser directement la question : "Combien ce placement me rapporte-t-il réellement, tous frais déduits ?" Autrement dit, il ne faut pas seulement demander combien le placement peut rapporter, mais combien il restera vraiment une fois que la banque et le produit auront prélevé leurs différents frais. Le plus parlant reste de demander un exemple avec la somme que l'on compte placer. Sur 10 000 euros, quelle somme part en frais au départ ? Combien sera prélevé chaque année ? Et, si le placement atteint la performance envisagée, combien restera-t-il réellement au bout d'1 an, 5 ans ou 10 ans ?
En effet, les banques ne parlent pas toujours spontanément des frais. Pour le PEA et le compte-titres, ils n'ont été présentés que dans 29 % des rendez-vous avec les profils prudents et 36 % avec ceux prêts à prendre davantage de risques. Pour les produits financiers recommandés, ils ont été expliqués dans moins d'un rendez-vous sur trois. Même les documents permettant de regarder tout cela tranquillement chez soi ne sont pas toujours remis : seuls 9 % des visiteurs prudents et 13 % des profils plus audacieux disent avoir reçu un document d'informations clés.
Le problème, c'est qu'un placement peut coûter de l'argent de plusieurs façons. Il peut y avoir des frais prélevés au moment où l'on verse son argent, puis d'autres chaque année pour gérer le contrat ou les placements choisis. Certains produits entraînent aussi des frais lorsque des opérations sont réalisées. Chaque ligne paraît parfois assez petite prise séparément, mais l'addition peut sérieusement réduire ce que l'épargne rapporte. Un rendement de 4 % n'a évidemment plus la même tête si une partie est mangée par les frais avant d'arriver dans la poche de l'épargnant.