Combien de temps un petit peut-il passer devant sans que cela devienne problématique ? Une étude publiée en 2026 dans Frontiers in Psychology suggère qu'on aurait intérêt à ne pas regarder uniquement l'horloge bien que les spécialistes de la petite enfance recommendent de limiter au maximum le temps d'écran et de l'interdire avant l'âge de trois ans.
Les chercheurs ont étudié 690 enfants âgés de 3 à 6 ans à partir de questionnaires remplis par leurs parents. Plutôt que de simplement compter leur temps d'écran, ils ont évalué leur niveau de dépendance à l'aide de neuf questions portant notamment sur leurs réactions émotionnelles et leurs comportements. Car passer 45 minutes devant un dessin animé et avoir un rapport problématique aux écrans, ce n'est pas forcément la même chose.
Le comportement qui doit particulièrement alerter, c'est la perte de contrôle face aux écrans : un enfant qui développe un besoin excessif et qui n'arrive plus à réguler leur utilisation. Dans la vie quotidienne, cela invite notamment à regarder ce qu'il se passe au moment fatidique, lorsqu'il s'agit d'éteindre la télévision et de passer à autre chose. Deux enfants peuvent avoir regardé exactement le même dessin animé pendant la même durée et ne pas du tout entretenir le même rapport à l'écran. Si l'un l'abandonne pour aller jouer tandis que l'autre peine fortement à s'en détacher, le compteur affiche pourtant le même nombre de minutes. La dépendance étudiée par les chercheurs correspond justement à ce besoin psychologique excessif accompagné d'une perte de contrôle des habitudes d'utilisation.
Et c'est là que l'étude devient intéressante, car elle cherche aussi à comprendre ce qui peut favoriser ce rapport plus compliqué aux écrans. Parmi les éléments qui ressortent, il y a notamment le stress parental. Plus celui-ci était important, plus la dépendance aux écrans mesurée chez les enfants l'était également. Les chercheurs ont aussi constaté qu'un stress parental élevé était associé à des interactions parent-enfant de moins bonne qualité et à de moins bonnes fonctions exécutives chez l'enfant.
Pour améliorer ces fameuses interactions parent-enfant, cela peut se résumer à lire une histoire ensemble, discuter, construire quelque chose, patienter, réfléchir ou encore gérer à deux une petite frustration. Dans l'étude, une meilleure qualité des interactions parent-enfant était justement associée à de meilleures fonctions exécutives. Ces dernières étaient à leur tour associées à une dépendance aux écrans moins importante. À l'inverse, lorsque les parents traversent une période de stress important, ils peuvent avoir moins de temps ou d'énergie disponible pour ces moments. L'écran peut aussi devenir une solution pratique pour souffler, préparer le repas ou simplement terminer quelque chose sans être interrompu toutes les trente secondes. Pas question ici de distribuer les mauvais points : les auteurs décrivent un ensemble de mécanismes qui peuvent s'additionner, et non une équation dans laquelle un dessin animé lancé à 18 heures transformerait automatiquement un enfant en spectateur accro.
L'intérêt est plutôt de déplacer légèrement le regard. Surveiller la durée reste utile, mais les auteurs estiment que la prévention ne devrait pas se limiter à réduire le temps passé devant les écrans. Ils mettent aussi en avant les activités régulières sans écran. Autant de moments pendant lesquels les enfants peuvent exercer leur attention, leur maîtrise de soi et leur capacité à respecter des règles, trois choses plutôt pratiques lorsqu'il faudra ensuite accepter que Peppa Pig aussi a droit à une fin de journée.