Avant d'avoir des enfants, une heure qui se libère reste généralement une heure de libre. Une fois devenue mère, elle peut vite se transformer en passage au supermarché, rendez-vous chez le pédiatre ou occasion parfaite de lancer une machine. Entre le travail, l'école, les repas, les activités et tout ce qu'il faut anticiper pour que la semaine tourne à peu près rond, le temps vraiment personnel se fait rare. Alors certaines mères ont trouvé leurs propres combines. Quitte à prendre quelques libertés avec leur agenda.
Delphine, 39 ans et mère de deux enfants de 5 et 8 ans, reconnaît par exemple inventer des rendez-vous. "Je peux dire que j'ai rendez-vous chez le dentiste ou que je dois passer à la banque alors que je n'ai absolument rien de prévu." Elle ne disparaît pas pour autant tout l'après-midi. "Je gagne une heure, parfois une heure et demie. Je vais boire un café, je regarde les magasins ou je m'assois quelque part avec mon téléphone. Une fois, je suis même allée dans une librairie pendant presque une heure sans rien acheter." Au début, elle trouvait la méthode un peu ridicule. Maintenant, beaucoup moins. "Si je dis simplement que j'aimerais être tranquille une heure, j'ai l'impression qu'il faut une raison. Un rendez-vous médical, personne ne demande pourquoi. C'est quand même assez révélateur !"
Marie, maman d'un garçon de 4 ans, a choisi une autre solution : protéger son 4/5. "J'ai conservé mon 4/5 pour avoir un jour rien qu'à moi, et ça me change la vie." Elle en profite parfois pour expédier quelques corvées et alléger le reste de la semaine, mais refuse d'en faire systématiquement une journée de ménage. "C'est surtout l'occasion de souffler, d'aller voir des amies sans culpabiliser, d'aller au cinéma, d'aller chez le coiffeur ou faire du shopping. Bref, toutes ces choses qui nous font du bien et qu'on ne s'autorise pas alors qu'on le devrait." Pour elle, c'est même l'une des grosses surprises de la maternité. "Le manque de temps pour soi est clairement le plus difficile à vivre quand on devient mère. On a tendance à placer son enfant au cœur des priorités et le piège, c'est qu'on s'oublie parfois au détriment de notre propre bien-être ou de notre santé." Et si une heure tombait du ciel à la fin de la journée ? "Je ne dirais rien à personne. Je serais capable de m'asseoir une heure dans ma voiture avant de monter à la maison et devoir enchaîner la deuxième journée de travail."
Victoire, 36 ans et mère de deux enfants, a justement trouvé sa parade grâce au télétravail. Avant, elle avait environ 45 minutes de trajet pour rentrer chez elle. Depuis qu'elle travaille deux jours par semaine depuis son salon, ce sas a disparu : à 18 heures, elle ferme son ordinateur et peut se retrouver trente secondes plus tard à préparer le dîner. "J'ai fini par recréer mon trajet alors que je ne vais nulle part", raconte-t-elle. Lorsqu'elle termine, elle met ses chaussures et sort marcher seule pendant une demi-heure. "Au début, mon conjoint me disait : "Mais tu vas où ?" Nulle part ! C'est justement tout l'intérêt." Aujourd'hui, cette promenade est devenue non négociable. "Je n'ai pas envie que les 45 minutes que j'ai gagnées en ne prenant plus la voiture deviennent automatiquement 45 minutes de ménage ou de cuisine. Sinon, je n'ai rien gagné du tout."
Pauline, elle, 40 ans et mère de trois enfants, a découvert qu'il lui fallait au contraire un vrai rendez-vous pour ne pas céder sa place dans l'agenda. "Si je me dis que samedi matin je vais prendre une heure pour moi, il y aura toujours quelque chose de plus urgent. Donc maintenant, je m'inscris à des trucs." Pilates, cours de poterie, séance de natation : peu importe, à condition que ce soit réservé et payé. "Le fait d'avoir payé change tout. Je ne peux plus me dire à 9 heures : bon, finalement je vais rester parce qu'il y a les courses à faire." Elle reconnaît même choisir parfois une activité davantage pour le créneau qu'elle offre que par passion. "La poterie, franchement, je n'en rêvais pas depuis mes 12 ans. Mais tous les jeudis soir, pendant une heure et demie, personne ne peut me demander de coucher un enfant. Et finalement, j'adore ça."
Derrière ces différentes stratégies, la répartition du quotidien revient forcément dans les conversations. Marie explique gérer les vacances scolaires, les modes de garde, le pédiatre, les courses, le ménage, le bain, les repas, l'école, le sport du samedi matin et tous les couchers. Son conjoint récupère leur fils trois soirs par semaine, mais elle estime que le compte n'y est toujours pas. "Malgré tous les efforts des hommes à la maison, ce n'est à mes yeux pas assez." Cette organisation a même pesé dans sa réflexion sur un deuxième enfant : "Je ne me vois pas avoir à gérer deux petits quasiment seule."
Et ce sentiment ne repose pas uniquement sur des expériences personnelles. Selon une étude de la Drees publiée en 2025, lorsque les deux parents travaillent à temps complet et que tous leurs enfants ont moins de 6 ans, les mères passent en moyenne une heure de plus par jour avec eux que les pères. Elles restent également seules avec leurs jeunes enfants environ 23 heures par semaine, soit quatre fois plus longtemps que les pères. Le manque de temps personnel ne se joue donc pas seulement dans le partage du ménage ou des bains, mais aussi dans toutes ces heures où l'un des deux parents reste disponible pour les enfants.
Bref, Delphine a ses faux rendez-vous, Victoire son trajet qui ne mène nulle part, Pauline ses cours réservés et Marie son jour protégé. Des méthodes très différentes pour arriver finalement au même résultat : réussir, de temps en temps, à garder un créneau rien que pour soi.