Élever un enfant s'apparente à un véritable numéro d'équilibriste : tous les parents souhaitent trouver le juste milieu entre autorité et liberté, sévérité et laxisme. D'un côté, la peur de mal faire pousse certains vers l'hyperparentalité, ces parents qui surprotègent, devancent chaque besoin et aplanissent la moindre difficulté. Mais la crainte d'étouffer son enfant ou d'imposer un cadre trop rigide peut, à l'inverse, conduire à un excès de lâcher-prise. Problème : selon plusieurs travaux en psychologie infantile, ces deux postures nourrissent l'anxiété des plus petits, soit par manque de repères et de limites, soit en leur envoyant le message qu'ils sont incapables de réussir seuls.
Face aux dérives de ces extrêmes, il y a l'entre-deux : le "lighthouse parenting", ou "parentalité phare" en français. C'est le pédiatre américain Kenneth Ginsburg, expert du développement adolescent, qui a théorisé cette approche en 2015. Le concept n'est donc pas nouveau, mais semble connaître un regain de popularité ces dernières années suite au ras-le-bol collectif autour de l'éducation bienveillante ou de la parentalité "hélicoptère", ces deux méthodes opposées qui ont envahi les réseaux sociaux.
Ici, le parent se place dans une position de guide. La métaphore est limpide : le parent doit se comporter comme un phare ancré sur un rocher, qui éclaire les bateaux pour leur montrer le chemin. Il diffuse une lumière constante et rassurante, signale et surveille les éventuels dangers grâce à des règles claires, mais laisse l'enfant piloter son propre bateau au milieu des vagues.
Concrètement, cette posture se traduit par des gestes très simples au jour le jour. D'après les recommandations du Dr Kenneth Ginsburg et d'autres psychologues pour enfants mentionnés dans les médias américains, il s'agit d'offrir un soutien émotionnel sans pour autant se substituer à l'enfant. Si un élève oublie son devoir ou sa tenue de sport par exemple, le "parent phare" ne court pas à l'école pour le déposer à la dernière minute, ou ne le prépare pas à sa place pour éviter ce genre de situation : il le laisse assumer son erreur face à son enseignant, puis fait le point le soir pour l'aider à trouver une meilleure organisation.
À l'instar de la méthode du contrôleur aérien, le "lighthouse parenting" nécessite d'abord de mettre sa propre anxiété de côté pour laisser plus d'autonomie aux enfants et adolescents, tout en restant un filet de sécurité : en clair, le "parent phare" offre un cadre sûr et un amour inconditionnel, fixe des limites, mais sans intervenir systématiquement. En équilibrant soutien permanent et prise de recul, cette démarche favorise l'émancipation naturelle de l'enfant sans jamais altérer son sentiment de stabilité.
Évidemment, cette méthode n'est pas une formule magique universelle, car le tempérament de l'enfant, ses fragilités émotionnelles ou un développement atypique nécessitent parfois un encadrement plus structuré. À chaque famille de déterminer l'approche qui lui convient le mieux, mais garder en tête l'image du "phare dans la nuit" offre une boussole précieuse pour élever des enfants résilients, capables de traverser seuls les tempêtes de la vie.