La routine a mauvaise presse dans le couple. Un dîner devant une série, des week-ends qui se ressemblent ou un mardi soir consacré aux courses suffisent parfois à faire planer le doute : est-ce qu'on ne serait pas devenus un peu trop prévisibles ? Pourtant, une relation longue n'a pas besoin de ressembler en permanence à ses trois premiers mois pour rester amoureuse. Marie Tapernoux, thérapeute de couple, sexologue et autrice de Les secrets des couples durables (Ed. De Boeck Supérieur), insiste justement sur cette distinction. Elle nous a confié : "On peut être ensemble depuis vingt ans, manger tous les vendredis la même pizza devant la même série et être encore profondément amoureux ! La routine n'est pas l'ennemie du couple. Elle peut même être rassurante et participer à son équilibre." Autrement dit, connaître par cœur la commande de pizza de son partenaire n'a rien d'un diagnostic conjugal.
Ce qui compte davantage, c'est ce qui subsiste derrière cette organisation bien rodée. Dans un couple, une grande partie des échanges finit forcément par concerner l'intendance : "Tu vas chercher les enfants ?", "On mange quoi ce soir ?", "Tu as payé la facture ?", "À quelle heure tu rentres ?". Rien d'inquiétant là-dedans, évidemment. Le problème apparaît lorsque ces conversations pratiques occupent quasiment tout l'espace et que disparaissent progressivement les échanges qui n'ont aucune utilité particulière. "Le couple continue à gérer la vie, mais il ne partage plus beaucoup la vie", résume Marie Tapernoux. On ne raconte plus cette anecdote entendue au travail, on ne propose plus un verre à deux, on ne demande plus vraiment comment l'autre va. La relation peut alors continuer à fonctionner parfaitement sur le papier, mais, comme l'explique la thérapeute, "il fonctionne davantage comme une organisation que comme une relation amoureuse".
Pour autant, il serait beaucoup trop rapide d'en conclure qu'un couple qui traverse une période moins complice ne s'aime plus. La fatigue, les jeunes enfants, le travail, la charge mentale ou une période difficile peuvent sérieusement réduire la place disponible pour la relation. Même une baisse importante de la sexualité ne permet pas de trancher. "L'absence de sexe n'est pas un diagnostic de désamour. C'est ce qui l'accompagne qui nous renseigne davantage", précise la sexologue.
Dans ce contexte, le signe numéro un est justement la disparition de l'élan vers l'autre. "Ce qui m'interpelle davantage, c'est lorsque les partenaires ne vont plus spontanément l'un vers l'autre : on ne cherche plus son regard, on ne se réjouit plus particulièrement de le retrouver, on n'a plus vraiment envie de créer des moments ensemble." Et la sexologue rappelle alors un essentiel : "Ce qui se faisait spontanément au début doit parfois devenir intentionnel avec le temps." Le vrai signal d'alerte arrive donc lorsque cette impulsion n'existe plus et que personne ne souhaite réellement la retrouver. La question importante n'est donc pas seulement : "Est-ce que nous sommes tombés dans la routine ?", mais : "Avons-nous encore envie d'en sortir ensemble ?"
Bonne nouvelle, une réponse positive à cette dernière question laisse de la place pour remettre du mouvement dans la relation. Marie Tapernoux conseille notamment de recréer des moments de connexion très concrets : vingt minutes de conversation sans téléphone, un café pris ensemble, une promenade, un geste tendre ou une activité inhabituelle. Elle propose dans son livre la règle du "4×2" : quatre petits gestes de connexion et deux vrais moments de qualité à deux. Pas besoin, donc, de réserver sur-le-champ une semaine aux Maldives. L'enjeu n'est d'ailleurs pas de retrouver exactement les sensations des débuts, mais "de retrouver de l'élan, de la curiosité et de la connexion dans le couple que nous sommes devenus". Avec une condition qui change tout : "Que les deux partenaires aient encore envie de se rejoindre".