Dave, confiné : "Ne pas se laisser aller, continuer à plaire et rire !"

Ce soir, Dave participe au Concert des Confinés, à 23h30 sur France 3, un moment de détente et de joie. Jamais avare de plaisanteries et de bons mots, toujours aussi amoureux de la musique... et de son compagnon depuis 50 ans, Patrick Loiseau, le chanteur nous a livré en exclusivité les dessous de son confinement. Savoureux.

Dave, confiné : "Ne pas se laisser aller, continuer à plaire et rire !"
© Clementz Michel/ABACA

Dans Renversant !, ce mercredi 22 avril à 23.30 sur France 3, Élise Chassaing et Raphal Yem ont convié plusieurs artistes à faire de la musique ensemble, mais confinés chez eux.
Selah Sue, Yael Naim, Ayo, Keren Ann, Tim Dup, Tom Leeb, Julie Zenatti, Claudio Capeo, Boulevard des airs, Cali, Gauvin Sers... et Dave, évidemment, nous offrent des duos et trios inédits, des reprises décalées et se lancent un défi : interpréter un titre évoquant cette période si particulière... Avec humour, pétillance et générosité, Dave nous offre un avant goût de cette soirée... 

Parlez-nous de votre confinement…
Je suis dans le Vaucluse, pas très loin de L'Isle sur la Sorgue, dans un pied-à-terre que j'adore, où je passais déjà la moitié de mon temps. C'est une maison qui a plus de 100 ans, au milieu de la garrigue, perdue dans la nature... L'angoisse me prend à la gorge quand je dois descendre faire mes courses ou la nuit, quand je ne suis plus occupé intellectuellement… Le traitement de l'actualité est aussi très anxiogène. Comme je le disais à mon ami Marc-Olivier Fogiel, directeur de BFMTV : j'ai plus que jamais besoin de bonnes nouvelles !

Après 5 semaines loin des regards, cela vous manque-t-il de ne pas être "connu", reconnu ?
Je ne suis pas une star mondiale. Il me suffit d'aller à Berlin ou de partir un mois en Californie, comme tous les ans. Là-bas on m'interdit l'entrée des boîtes car je suis un "nobody". Cela me fait plaisir, non pas de me faire refouler, mais de ne pas être considéré comme une célébrité. La notoriété en soi n'a rien d'agréable. Beaucoup de chanteurs ont des problèmes d'identité et rencontrent des difficultés psychologiques… Ce qui me manque, c'est Paris, l'effervescence de la capitale, mais surtout : le contact physique. Je suis quelqu'un de très tactile, qui aime serrer la main, embrasser ses amis…

"Je suis quelqu'un de très tactile"

Vous n'êtes pas seul ?
Je suis confiné avec Patrick Loiseau, la personne avec laquelle je vis et travaille depuis 50 ans et notre chien ! J'ai la grande chance d'avoir un compagnon qui, non seulement écrit les paroles de toutes mes chansons, mais aussi me coupe les cheveux ! La question du coiffeur est réglée. L'apparence est primordiale dans un couple. Ne pas se laisser aller, continuer à plaire…, mais le plus important, c'est de rire à deux. Ce sont des moments de pur bonheur. 

Craignez-vous la maladie, percevez-vous ce virus comme une menace ?
Je ne me ressens ni fragile ni particulièrement "à risques". Pourtant, j'ai bientôt 76 ans. J'ai subi un double pontage coronarien en 2011. Mais j'ai le cœur bien accroché, aucun problème respiratoire et je ne suis pas diabétique. Ma réponse sera donc contradictoire: je suis totalement prêt à mourir, mais quand il y a des turbulences dans l'avion, j'ai très peur. 

Vous semblez apaisé et serein, où puisez-vous cette énergie positive ?
Comme tous les gens gays de mon âge, j'ai été confronté à la mort à partir de 1984. J'ai perdu 90% de mes amis à cause du SIDA. C'est à ce moment là que j'ai pris conscience du danger, mais aussi de la valeur de la vie. Le Covid-19 ne stigmatise pas. J'ai la chance d'avoir vécu selon mes désirs. Être gay et artiste, ça ne pose aucun problème. Je ne suis pas à plaindre. Je me considère comme un privilégié, je n'ai pas de souci financier, pas de préoccupations de santé. Je suis plein d'espoir en l'avenir.

"Je prends plaisir à passer l'aspirateur !"

Être enfermé nous ramène à des activités concrètes, des routines... Le quotidien est-il un domaine que vous avez investi ou rejeté ?
Je fais la cuisine et la vaisselle et je prends plaisir à passer l'aspirateur ! Sinon ma vie n'est pas très différente. J'ai toujours beaucoup lu, je viens de finir Belle du Seigneur d'Albert Cohen... J'enregistre toujours des émissions télé, je joue de la musique, je regarde des films, enchaîne les parties de Scrabble…

Votre voix n'a pas changé depuis Vanina, vous-êtes vous préservé des excès ?
Ma mère était danseuse de ballet, elle faisait attention à elle par respect pour son public. Je trouve qu'elle était dans le vrai. Je n'ai jamais beaucoup fumé… Plus jeune, je buvais du Calvados parce que je pensais que cet alcool, "le trou normand", ne faisait pas grossir (rires)... Je n'ai plus mon corps de jeune fille, mais je me suis assagi !

La musique vous fait-elle toujours autant vibrer?
La musique est mon viatique et je l'ai encore plus compris à travers le parcours de mon conjoint Patrick Loiseau. Il a été ce que l'on appelle un enfant martyr. C'est écouter de la Variété qui lui a donné envie de continuer à vivre. Pour ma part, j'ai eu la chance d'avoir une éducation équilibrée et heureuse près d'Amsterdam, mais cet art symphonique, mélodique, sa nostalgie, me confèrent un sentiment agréable et rassurant.

Vous êtes-vous mis aux nouvelles technologies, aux réseaux sociaux ?
J'apprécie Twitter qui donne une vision de l'opinion publique. Si je suis plutôt grandes œuvres classiques, j'admire les prouesses de la musique électronique. J'ai enregistré mon dernier album, produit par mon ami Renaud, dans le meilleur studio d'Europe à Bruxelles et l'on a utilisé des instruments à cordes via ordinateur. Bluffant.

On vous attend dans Renversant ! Le Concert des Confinés, ce mercredi 22 avril à 23h30 sur France 3…
Je vais chanter "Du côté de chez Swann" en duo avec Oldelaf. Humoriste gentil, gars bienveillant, prof de guitare... Ce garçon a tous les talents !