Agnès Ledig : "Je cherche la lumière en permanence"

Avec son roman "De Tes Nouvelles", Agnès Ledig parvient à nous transporter dans un petit village des Vosges où plusieurs amis forment une famille recomposée. Rencontre avec l'auteure, qui brille par sa joie de vivre et son envie de transmettre cet enthousiasme au lecteur.

Agnès Ledig : "Je cherche la lumière en permanence"
© LAURENT BENHAMOU/SIPA

Dans De Tes Nouvelles, disponible dans vos librairies aux éditions Pocket, le lecteur suit le parcours de Valentine, une institutrice qui voit son destin chamboulé par l'arrivée d'Eric et de sa fille Anna-Nina. Le Journal des Femmes s'est entretenu avec Agnès Ledig, l'auteure. Bienveillante et pleine d'espoir, l'ancienne sage-femme qui a décidé de vivre de son écriture nous transmet son goût de la vie, son amour pour la nature, son envie de tendre la main. Bouleversante d'optimisme, l'écrivaine, qui a perdu son fils d'une leucémie il y a quinze ans, livre un combat, presque héroïque, pour le bonheur. Elle nous invite à venir voir la lumière, car, dit-elle, "c'est tellement beau". Une joie de vivre que l'on ressent aussi bien en lisant son ouvrage qu'en échangeant avec elle. Rencontre.

Le Journal des Femmes : Dans "De Tes Nouvelles", vous relatez l'histoire d'une sorte de famille recomposée. Qu'est-ce qui vous a donné envie d'écrire sur ce thème ?
Agnès Ledig :
Le sujet est plutôt d'actualité, mais ici, il est raconté dans un contexte particulier, puisque Eric a perdu sa femme et vit depuis 7 ans avec sa fille. Quant à Valentine, elle a peur de se lancer dans une relation. Aucun des deux personnages n'a prévu de refaire sa vie avec quelqu'un. J'ai voulu montrer ce qu'une rencontre peut générer d'imprévu et de nouveau.

Dans ce roman, enfants, adultes et senior se côtoient. Est-ce une manière de montrer que chacun peut apprendre de l'autre ?
Chacun apporte à l'autre quelque soit son âge ou son origine. Anna-Nina donne des leçons d'humilité et d'innocence et en même temps, elle apprend également de Gustave, le grand-père. Celui-ci retrouve son âme d'enfant qu'il n'avait jamais vraiment perdue, au côté de la petite fille. Chaque personnage révèle chez l'autre un petit morceau de sa personnalité qui était enfoui. 

Parlez-nous du titre de l'ouvrage...
Le choix du titre est très particulier chez moi. Je le compare souvent au choix d'un prénom, étant donné que j'étais sage-femme. Lorsque l'on attend un bébé, on cherche, et un jour, on trouve le bon. C'est souvent pareil pour le titre. En général, j'ai besoin de le trouver en cours de route. Même si celui-ci risque de changer après relecture finale, m'accrocher à un titre me permet de donner une identité à l'histoire. "De tes nouvelles", je l'ai entendu dans une chanson. Je me suis dit : "C'est ça" ! Il convient à l'histoire, puisqu'au début, Valentine attend des nouvelles d'Eric et d'Anna-Nina. Quant à Gustave, il a perdu la trace de sa famille, mais n'a pas perdu espoir de la retrouver.

Vous dites que "l'amour, c'est courir pieds nus, savourer quand le sable est fin ou l'herbe douce et accepter le gravier". Comment parvenez-vous à décrire la vie de façon aussi imagée et poétique ?
J'ai la chance d'être hypersensible. Même s'il est parfois difficile d'affronter certaines situations, parce que l'on est comme une tortue sans carapace, l'avantage, c'est que cela permet de capter les émotions des gens de façon assez brute. Puis, je parviens à les décrire de manière poétique grâce à mon amour pour les images et la photo. Les livres à l'écriture imagée me paraissent savoureux. Cela donne une autre sensibilité à l'émotion. On peut la décrire de manière classique, mais quand on la raconte avec "des pieds nus sur de l'herbe fraîche", cela convoque chez le lecteur des souvenirs presque physiques de sensation.

Le roman se déroule dans les Vosges. Accordez-vous une place importante à la nature, pourquoi ce choix ?
Je suis tombée dedans quand j'étais petite. J'ai grandi à la campagne. On partait le samedi dans la forêt pour chercher du bois, avec mon père, équipé de sa tronçonneuse, et ma mère, parée de sa serpette. Plus le temps passe et plus j'ai besoin de la nature. C'est mon oxygène, comme l'écriture. Le fait de s'y promener, de la respirer, a un effet de régénération sur l'être humain assez exceptionnel. Je suis fascinée par ce milieu naturel exceptionnel et j'ai envie de le transmettre dans mes romans.

La nature est-elle volontairement un personnage de votre roman ?
Oui, l'arbre que construit Anna-Nina l'est aussi. Il existe vraiment, au fond de la vallée de la Bruge. Les arbres sont des êtres vivants qui ont beaucoup à nous apprendre d'humilité. Dans le livre que je suis en train d'écrire, je vais encore plus loin dans cette personnification de la nature qui me semble tellement importante. Mon côté un peu militant ressort à travers mes romans. Je me dis que c'est en permettant aux gens de s'évader à travers des histoires auxquelles ils s'identifient que l'on éveille les consciences. On a envie d'apprécier cette nature car on s'attache aux personnages qui l'aiment. 

Diriez-vous de votre roman qu'il invite à l'introspection ?
Comme tous mes romans. Je travaille beaucoup sur moi. C'est passionnant de voir comment l'on peut se révéler par rapport aux casseroles que l'on traîne derrière nous. Valentine a des choses à régler avec elle-même, de l'ordre de sa difficulté à s'attacher à un homme. Je créé des personnages qui se cherchent, comme Gaël, qui se demande ce qu'il souhaite faire de sa vie, ce dont il a besoin pour aller bien.

Cela touche au développement personnel…
Oui, mais sans que je sois donneuse de leçon. Le fait de s'identifier à un personnage va peut-être éveiller certaines consciences. Quelques fois, on m'a parlé de cette relation "interdite" entre Valentine et le bûcheron, en me remerciant d'avoir mis des mots sur cette situation et de l'avoir "dédramatisée". Ces personnes m'ont dit : "C'est ce que j'ai ressenti et j'ai beaucoup culpabilisé. Ce livre m'a permis de me dire que cela existe". Ce sont des choses de l'ordre du physique que l'on ne contrôle pas forcément. Nous ne sommes pas seulement une raison, mais aussi un corps avec des émotions.

Vous abordez cette dualité entre le corps et le cerveau tout au long de l'ouvrage, comme avec Gaël qui tente de prendre le contrôle sur sa faim pour perdre ses kilos superflus...
Gaël incarne l'exemple d'une quête vers quelque chose de mieux. On n'est pas sur Terre pour traverser un calvaire, je suis plutôt du genre à dire que si cela ne va pas, il faut chercher à aller mieux. J'essaie de le faire à travers mes personnages dans leur petit cheminement. C'est pour cela que mes romans sont assez positifs, j'enfonce rarement mes personnages dans la noirceur, ou alors s'ils tombent, ils remontent après, car le bonheur, c'est mon moteur. J'ai cette chance d'avoir envie de chercher en permanence la lumière, donc je veux rameuter les gens et leur dire : "venez, c'est tellement beau."

Pensez-vous écrire une suite ?
Pour l'instant, ce n'est pas prévu, mais je ne quitte pas mes personnages, je les garde au fond de moi, plus ou moins endormis. Parfois, ils se réveillent. Qui sait, peut-être que ceux-ci se ranimeront...

Si l'on devait retenir une idée du roman ?
C'est un petit hymne à la nature humaine et à la nature alentour. Les deux sont tellement liés.

Quel est votre credo ?
Faire prendre conscience de l'importance des petites joies simples. C'est notre fils qui nous l'a appris. Qui s'émerveille encore d'un papillon sur une fleur ? Un enfant qui sort de l'hôpital après une greffe de moelle le fait. Il vous donne une sacrée leçon, une claque. 

De Tes Nouvelles, éditions Pocket, 7, 20 euros.

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