Roger Michell (Coup de Foudre à Notting Hill) réalise avec BLACKBIRD, un opus magistral

Après "Coup de Foudre à Notting Hill" (1999) ou "Morning Glory" (2010), Roger Michell nous revient avec un des très beaux films de cette rentrée: "Blackbird". Ce drame plein d'espoir offre à Susan Sarandon le rôle d'une mère de famille qui, souffrant d'une maladie incurable, convoque ses proches le temps d'un ultime week-end. Pour le Journal des Femmes, le cinéaste sud-africain commente trois aspects du projet.

Roger Michell (Coup de Foudre à Notting Hill) réalise avec BLACKBIRD, un opus magistral
© Andrew H. Walker/REX/SIPA

Parler de gravité sans gravité

Blackbird est davantage un film sur la famille que sur l'euthanasie. La fin de vie est un outil qui nous permet de creuser dans la complexité des relations familiales et de scanner les dysfonctionnements qui la peuplent. Je ne voulais pas tomber dans le piège du pathos. Il s'agit d'y savourer la vie plus que d'y voir la mort. Ce qui est génial dans le script, c'est que les débats sur l'euthanasie ont déjà commencé au moment où commence l'action. On n'est pas dans une problématique de ce qu'il faut faire ou non. Ça existe déjà. Les personnages sont au fait de tout ça. C'était un bon choix car il n'était pas question d'en faire un débat pro ou anti-euthanasie.

Ce n'est pas un film qui essaye de politiser ce sujet ou d'encourager des gens à sauter le pas. C'est d'ailleurs dur d'être critique vis-à-vis du choix de l'héroïne. L'euthanasie est pratiquée depuis des centaines d'années et continue de l'être un peu partout dans le monde quand des gens sont trop vieux ou trop fatigués. C'est un sujet bien trop complexe et c'est pour ça qu'il est difficile de l'encadrer avec une législation globale. Le danger était en tout cas de devenir sentimental ou ridiculement misérabiliste, deux côtés horizons que j'ai fuis. Encore une fois, c'est un film sur la vie, sur comment la vivre, sur le fait de profiter du temps présent…

Il y a de l'espérance aussi… Très présent, l'humour le traverse comme un vaccin… Il provoque le rire qui est une drogue palliative. Je dirais même que c'est la première défense contre les difficultés de la vie. Et ce film parle du soulagement qu'il provoque.

Un casting haut de gamme

Susan Sarandon et Sam Neill dans "Blackbird". © Metropolitan FilmExport

A l'origine, j'avais choisi Diane Keaton pour le rôle principal. Mais elle n'a pas pu honorer ses obligations pour des raisons calendaires. Susan Sarandon est arrivée sur le projet une semaine après. Et quelle bénédiction ! Je me dis que personne n'aurait pu jouer ce personnage comme elle.

Susan est une femme forte, elle n'est pas dupe, elle est une enfant des sixties, issue d'une génération particulière, rebelle… Elle fait partie de ces gens des années 60 qui ont changé le monde sur d'innombrables questions de société…

Pour préparer le rôle, elle a rencontré des personnes souffrant de la maladie de Charcot, celle qui a notamment tué Stephen Hawking. C'est une pathologie rare et d'autant plus cruelle qu'elle n'a pas de traitement. 1000 jours s'écoulent entre le moment où on vous l'annonce et celui où vous en mourrez. En une vie, un médecin n'en diagnostique qu'une… Elle est d'ailleurs difficilement diagnostiquable et revêt plusieurs phases, dont une qui veut que vous soyez intubés et nourris avec des liquides… (…) Vous savez, avec l'épidémie de la Covid, les familles ont été forcées à une proximité comme jamais, parfois positive, parfois néfaste…

Ce qui distingue ou caractérise les vieux qui en sont morts, c'est le fait de s'en être allés seuls dans un hôpital. C'est horrible de ne pas pouvoir dire au revoir dignement… L'héroïne de Blackbird, elle, est entourée. (…)

Pour être honnête, je suis même surpris d'avoir obtenu un tel casting (Kate Winslet, Mia Waskikowska, Rainn Wilson, Sam Neill). Pour info, Kate Winslet est arrivée en premier et c'est toujours génial de l'avoir dans un projet.

Les mots du silence

Nous avons tourné Blackbird dans l'ordre chronologique, ce qui est rare… Et c'était un facteur génial car ça nous a permis d'être encore plus en connexion avec l'histoire. A l'issue du tournage, je dirais même qu'on a même souffert du syndrome de Stockholm ; nous étions devenus accrocs les uns des autres.

C'est Kate Winslet qui a trouvé la maison où se déroule l'action. Au départ, j'étais suspicieux car elle n'est pas loin de la sienne (rires). Mais elle avait raison. En découvrant cette bâtisse, j'ai su qu'elle deviendrait un personnage à part entière, une présence spéciale. J'avais pourtant peur qu'elle soit trop belle et que ça en fasse un récit de privilégiés.

Mais l'universalité de l'histoire l'emporte. La temporalité resserrée, puisque l'héroïne convoque ses proches sur trois jours, renforce les liens. La difficulté, c'était par ailleurs de rester cinégénique alors qu'on demeure dans un seul espace avec les mêmes personnages. Je devais donc réfléchir au cadre, aux focales etc… Je ne voulais pas avoir recours systématiquement aux gros plans répétés.

Il était aussi nécessaire que tous les personnages soient égaux. Les silences y sont enfin primordiaux. Toutes les relations humaines sont faites de silences interrompus par des mots. Je pense que le silence est aussi expressif que les mots, voire plus. C'est quelque chose qu'on filme comme une partition de musique ; il fait partie de la symphonie collective. (…) C'est drôle, quand on fait un drame sérieux, il y a beaucoup plus de rires au moment du tournage que sur les comédies, qui sont dures à faire, très techniques, à l'instar de mon expérience sur Coup de Foudre à Notting Hill… Pour Blackbird, a entendu beaucoup de rires entre les prises.    

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