El Reino, Seule à mon Mariage... : nos coups de cœur ciné du 17 avril 

Entrez dans la spirale de la corruption, découvrez le quotidien de la lutte antidrogue de Manille, faites la connaissance d'une maman rom en route pour l'exil… "El Reino", "Alpha: the right to kill" et "Seule à mon mariage" sont nos conseils ciné de la semaine.

El Reino, Seule à mon Mariage... : nos coups de cœur ciné du 17 avril 
© Le Pacte

El Reino de Rodrigo Sorogoyen

C'est auréolé d'une réputation en or -7 Goyas (équivalents des César en Espagne) et d'un récent prix de la critique au Festival du Film Policier de Beaune- qu'El Reino débarque sur le sol français. Mis en scène par Rodrigo Sorogoyen, signataire de l'impressionnant Que dios nos perdone en 2017, ce thriller politique centre son attention sur Manuel López-Vidal, un homme politique influent capable de tous les coups bas pour préserver les murs de son pré-carré. Surtout quand une affaire de corruption titanesque s'abat sur un des membres de son parti. Commence alors une course contre la montre et un voyage dans les bas-fonds les plus ignobles du pouvoir. Armé d'une caméra portée, qui donne du rythme et apporte une tension inextinguible, le cinéaste convie le spectateur à un véritable grand-huit, lequel est conduit par des mensonges et crasseries en tous genres. Dans la peau du personnage, dont le point de vue est adopté de bout en bout, Antonio de la Torre prouve qu'il est l'un des meilleurs acteurs en activité. Son basculement, avec l'intrigue, vers la paranoïa pure octroie au long-métrage une force inouïe qui ne fait que gonfler jusqu'à un final en forme de coup de poing. Et de signal d'alarme dans une Espagne régulièrement rattrapée par des scandales de corruption. 

Avec Antonio de la Torre, Monica Lopez, Josep María Pou (2h11)

Alpha : the Right to Kill de Brillante Mendoza

Près de trois ans après Ma'rosa, pour lequel sa comédienne Jaclyn Jose avait remporté un prix d'interprétation féminine à Cannes, le réalisateur philippin Brillante Mendoza nous revient en forme avec un film policier et politique, récemment salué au Festival de Beaune par un prix du jury. Alpha : the right to kill prend racine dans les quartiers défavorisés de Manille, en proie au trafic de stupéfiants. Dans ses rues, la lutte antidrogue bat son plein. Pour nous la faire vivre de près, Mendoza s'intéresse au duo précaire formé par un officier de police et son indic, ancien dealer, et bien décidé à réduire à néant un important trafiquant. Inspiré par le combat actuel et très controversé du président Rodrigo Duterte, visant littéralement à éliminer les trafiquants et les consommateurs de drogues, ce long métrage percutant capte immédiatement notre attention par son souci du réalisme. Ici, c'est carrément de véritables agents des forces de l'ordre qui ont été choisis pour donner vie aux policiers et membres du SWAT. Ajoutez à cela une mise en scène quasi documentaire qui dépeint par le menu le quotidien, dans les bureaux et au-dehors, de la police. Et vous obtiendrez un résultat honorable qui fait converger les trajectoires des méchants et des gentils pour finalement démontrer que leurs problématiques et leurs dilemmes sont souvent liés. 

Avec Allen Dizon, Elijah Filamor, Baron Geisler (1h34)

Seule à mon Mariage de Marta Bergman

Présenté l'année dernière à l'ACID au Festival de Cannes, Seule à mon Mariage navigue entre drame et drôlerie pour raconter la trajectoire mouvementée de Pamela, une jeune Rom impétueuse et indomptable. Lassée par un quotidien dans lequel elle ne se retrouve plus, étouffée par un manque criant de perspectives, la voilà qui prend la direction de la Belgique, sans savoir parler le français, pour se marier et changer son destin et celui de sa fille. Cette postulante à l'exil, illuminée par la fougue et le talent de la comédienne Aline Serban, touche et émeut dans sa volonté farouche de trouver un nouveau cadre de vie, plus respirable, plus prometteur, plus apaisant. La cinéaste Marta Bergman, native de Bucarest et vivant à Bruxelles, puise son inspiration, d'une certaine manière, de ses premières œuvres documentaires. Il y a en effet ici une approche réaliste, surtout dans le traitement de la culture rom, qui confère une force supplémentaire à l'ensemble. Si la partie en Belgique s'avère moins maîtrisée que celle qui la précède, plus nerveuse et passionnante, ce drame mâtiné de rires a le mérite de dresser un joli portrait de femme. Femme debout, en marche, contre cents et marées. 

Avec Alina Serban, Tom Vermeir, Rebeca Anghel (2h01)