Charles Berling : "La routine est un tue-l'amour"

Dans "Un Beau Voyou", Charles Berling endosse l'habit d'un flic pas banal à l'aube de la retraite, qui se lance à la poursuite d'un voleur de tableaux. Un personnage loufoque et attachant que cet aventurier du jeu a eu plaisir à incarner. Rencontre avec un amoureux de l'art, de la vie, de l'instabilité, un amoureux... tout court.

Charles Berling : "La routine est un tue-l'amour"
© Pyramide Distribution

Sa gouaille chaleureuse et son désir d'aventure : voilà ce que l'éloquent Charles Berling a en commun avec le commissaire Beffrois, qu'il interprète dans la géniale comédie policière de Lucas Bernard, Un Beau Voyou. On boit les paroles de ce metteur en scène-propriétaire de théâtre, acteur polyvalent, à la fois disert, spontané et réfléchi. Au milieu de notre entretien, il ne peut s'empêcher de taquiner son partenaire à l'écran, Swann Arlaud. Pas de doute : leur alchimie n'est pas feinte. Elle est authentique, comme la passion de Charles Berling pour son métier...

Comment vous êtes-vous retrouvé à interpréter le commissaire Beffrois dans Un Beau Voyou ?
Charles Berling : Lorsque Lucas Bernard m'a appelé pour me proposer ce rôle, cela ne s'est pas bien passé : il m'a dit que j'avais l'âge du rôle, ce policier qui part à la retraite. Ce n'était pas la meilleure façon d'aborder un acteur. Puis, quand j'ai lu le scénario, j'ai compris que c'était un réalisateur qui avait un vrai point de vue, un univers à lui, un décalage humoristique intéressant, et beaucoup d'enthousiasme. À ce moment, j'ai eu envie de faire son film et je me suis retrouvé à tourner sur les toits de Paris avec Swann, Jennifer et les autres.

Qu'est-ce qui vous a plu dans le scénario ?
Charles Berling : J'ai aimé ce ton et cet humour utilisé pour exposer une situation de deux personnages qui ont une volonté de se désinscrire de la société. Lucas Bernard n'a pas un univers qui correspond à une mode, ces jeunes trentenaires sont intéressants par la vision qu'ils ont du monde. On voit tout de suite qu'il est un grand cinéphile. D'ailleurs, comme metteur en scène, il sait s'adresser à ses acteurs. Il a un rapport à l'écriture formidable, il propose des personnages assez romanesques et particuliers. C'est surtout le ton employé par Lucas Bernard qui fait que l'on est sensible à l'histoire.

Vous qui êtes metteur en scène et réalisateur, qu'avez-vous pensé de la façon de diriger de Lucas Bernard ?
Charles Berling : 
C'est un metteur en scène suffisamment intelligent pour se servir de ce que proposent ses acteurs et les inscrire dans son cadre. Il était tout le temps extrêmement précis et inspiré, il avait beaucoup travaillé ses cadrages, les situations, les décors. Lucas Bernard vous met dans un univers suffisamment prenant pour que vous ayez envie de le suivre.  Je n'avais jamais joué comme ça. 

Comment s'est passée la rencontre avec Swann Arlaud ?
Charles Berling : Quand j'ai commencé à tourner avec lui, je ne le connaissais pas, mais cela s'est tout de suite très bien passé. C'est un acteur qui s'intéresse à l'art dramatique, aux histoires, à son métier. Il n'est pas poussé par un quelconque affairisme, il a une grande sincérité avec son métier.  J'aime beaucoup son personnage dans le film et ce qu'il en fait : Swann est doué. D'ailleurs, depuis, j'ai tourné avec lui dans un film d'Emmanuel Hamon. Il est aussi question que je co-produise une pièce de théâtre dans laquelle il va jouer.

Pensez-vous que votre personnage, alors qu'il fait un bilan de sa vie à l'aube de la retraite, s'identifie au voleur qui incarne une certaine forme de liberté ?
Charles Berling : Complètement. Ils sont tous deux attirés l'un par l'autre. Marc Beffrois est un flic qui a vu beaucoup de choses assez terribles dans sa vie. C'est un fonctionnaire de police, donc il ne gagne pas beaucoup d'argent et ne vit pas dans des conditions faciles. C'est quelqu'un qui est assez usé par la vie et qui va, à travers la rencontre de ce "beau voyou", revivre un peu et se retrouver face à lui-même. Il va décodifier sa vie, vivre cette enquête comme un bain de jouvence. C'est comme si une nouvelle vie s'offrait à lui, donc c'est assez beau. 

Comme Beffrois, êtes-vous constamment en quête de sensations, de nouveauté ?
Charles Berling : Oui, c'est pour cela que je fais ce métier. Pour moi, l'art est une aventure fantastique, qui interroge le mystère de la vie et toutes ses composantes. Je mène beaucoup d'aventures en même temps : écrire un livre, diriger des théâtres, faire des films et participer à des productions théâtrales en tant qu'acteur ou metteur en scène… Le problème du travail est qu'il aliène souvent les gens, qu'il leur enlève cet esprit d'aventure, ce goût du risque. Comédien, c'est un métier qui peut vous éteindre, vous tuer, parfois on en vit difficilement. Je suis un suractif, donc j'ai le problème inverse : en faire trop et essayer de ne pas trop en faire, mais je suis comme ça depuis tout petit. 

Dès que Beffrois parle d'un tableau, il évoque sa défunte épouse...
Charles Berling : Il se retrouve à apprécier l'art parce qu'il aimait sa femme et que sa femme aimait l'art. A priori, Beffrois fait partie de la catégorie des gens totalement imperméables à ce genre d'émotion. Comme tous les a priori, ils sont faits pour être dépecés. Il a une faille : l'amour de son épouse. Cette enquête et la rencontre avec ce beau voyou vont l'amener à regarder les peintures comme une curiosité et s'y intéresser. Aujourd'hui, beaucoup de gens pensent, à tort, que l'art ne les regarde pas. 

L'art et l'amour sont-ils indissociables ?
Charles Berling : Totalement. Il y a dans l'art, beaucoup d'amour nécessaire, et il y a dans l'amour, un art. Sans compréhension, sans l'acte de l'amour, il n'y a pas d'art et vice versa. L'amour est traversé par quelque chose de puissant. Comme dans tout art, il y a des moments où il est complètement imparfait, où l'on y arrive pas.

Vous co-dirigez les théâtres Liberté et Châteauvallon. Qu'est-ce qui vous fait le plus "vibrer" : les plateaux de tournage ou les planches ?
Charles Berling : C'est totalement impossible pour moi de faire un choix. Les deux se complètent parfaitement. Depuis 50 ans, le cinéma a beaucoup influencé le théâtre et vice versa. On peut étendre cela à l'écriture, la chanson, la mise en scène. Diriger deux théâtres, se mêler, fabriquer des outils pour ces spectacles, pour comprendre comment l'art s'inscrit dans son propre pays, c'est encore une aventure. Mon métier et les enjeux qui l'habitent sont importants, il faut le décliner de toutes les manières possibles. 

Que vous souhaitez-vous pour la suite ?
Charles Berling : Ce que je voudrais faire, c'est simplement moins en faire. Prendre deux mois où je ne fais que du bateau, par exemple. Malheureusement, ce n'est pas bien parti pour les prochaines années ! 

Vous ne vous ennuierez pas ?
Charles Berling : C'est possible, mais je crois que l'ennui est formidable, aussi. Je ne sais plus m'ennuyer, malheureusement, mais ce n'est pas une qualité. Je suis dans un tel état de suractivité… J'essaie de travailler dessus. J'ai de la chance d'être passionné et d'avoir des gens qui me sollicitent pour plusieurs projets, mais il faudrait que j'arrive à consacrer plus de temps pour faire autre chose. Ce qu'il y a de bien avec le bateau, c'est qu'il s'agit quand même d'une activité. C'est instable, comme la mer. J'ai toujours aimé le mouvement. Je n'aime pas la routine, c'est quelque chose qui a tendance à tuer l'amour. 

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