Niels Schneider : "Les salauds m'attirent parce qu'on ne les comprend pas"

L'acteur césarisé, révélé par Xavier Dolan, est à l'affiche d'"Un Amour Impossible", où il campe un pervers narcissique coupable d'inceste sur sa fille. Un rôle revêche pour un comédien accommodant. Interview.

Niels Schneider : "Les salauds m'attirent parce qu'on ne les comprend pas"
© Le Pacte

Le Journal des Femmes : Que raconte Un Amour Impossible ?
Niels Schneider : C'est un drame intime, par lequel Christine Angot a voulu raconter sa mère, mais c'est aussi un drame social sur une époque où la domination masculine était très forte. Ça commence à Châteauroux, dans les années 50. Cette femme issue d'un milieu modeste rencontre quelqu'un qu'elle n'aurait pas dû croiser : un traducteur bourgeois. A cause de son complexe d'infériorité, elle est émerveillée par cet homme, son érudition. Il l'emmène au cinéma, lui fait découvrir Nietzsche... Il y a une fusion entre eux. Puis il décide que leur amour est impossible. Il va n'avoir de cesse de l'humilier, de l'inférioriser, de la ramener à sa classe. Cette femme est à la fois soumise et très puissante.

Quel regard portez-vous sur lui, Philippe ?
C'est un pervers narcissique. Je n'ai pas du tout envie de le défendre car c'est un vrai salopard, mais il y a quand même de l'amour au départ. Il va avoir besoin, pendant 30 ans, de perdurer la domination de sa classe et de son genre. C'est très pervers. Il s'absente pendant parfois 7 ans, laissant Rachel vivre dans son culte. Elle le mystifie et à chaque fois qu'il revient, c'est pour mesurer son emprise et la briser dans sa reconstruction.

Où avez-vous trouvé l'empathie pour l'incarner ? A quoi vous êtes-vous raccroché ?
Je pensais à certaines figures de salopards, comme Robert Mitchum dans La nuit du chasseur, ou certains politiques avec leur sang froid, leur atout charme. Comment tout doucement, en caressant, on peut asseoir une ascendance tout en diminuant l'autre, en jouant sur le complexe d'infériorité. Je n'ai aucune empathie pour Philippe. Il se révèle vraiment pervers tard dans le film. J'ai essayé de jouer la séduction. Une fois que l'autre se sent aimé, adulé par lui, c'est à ce moment qu'il devient très cassant. L'air de rien, avec beaucoup de désinvolture, il dit des atrocités.

Virginie Efira et Niels Schneider dans "Un Amour Impossible" © Le Pacte

Qu'est-ce qui vous a attiré chez lui ?
C'est un fabuleux personnage de cinéma qu'on n'a pas envie de croiser dans la vie. Les salauds m'attirent parce qu'on ne les comprend pas totalement. Une part d'eux nous échappe. C'est opaque. Avec les personnages bons moralement, il y a plus de facilité à avoir de l'empathie. Les mauvais, qu'est-ce qui les anime ? Il y a quelque chose de fascinant.

Catherine Corsini dit vous avoir choisi pour "le mal derrière la beauté". Vous en pensez quoi ?
C'est mon premier rôle de vrai méchant. Je ne pense pas avoir l'air mauvais, je pense qu'elle dit ça dans le sens où le personnage est plus intéressant s'il n'a pas une allure brutale, si sa violence est plus insidieuse, retorse. Ce qu'elle voit de moi, c'est peut-être une douceur. La perversité, c'est le mal sans qu'on s'en rende compte.

Quel a été le challenge dans le fait d'incarner quelqu'un tout au long de sa vie ?
Je flippais, notamment pour le maquillage. Je trouve ça rarement réussi. On a pu rester assez sobre, en faire le moins possible, parce que je prends "seulement" 10 ans. Ce qui pouvait être étrange, c'était de se retrouver avec une fille d'1m75... Mais comme elle te regarde comme son père, tu la regardes comme ta fille. J'apprécie les films qui balayent toute une vie quand les ellipses sont réussies. J'aime voir comment les liens se tendent, se distendent, s'altèrent avec le temps.

Qu'est-ce que vous piqueriez bien aux années 50 ?
J'aime bien leur manière de s'exprimer. Ils avaient une vraie classe à l'époque. Quelque chose s'est perdu dans l'éloquence. J'adore aussi la mode des années 50.

Un Amour Impossible, de Catherine Corsini. Avec Virginie Efira et Niels Schneider. En salles.